Des funérailles monarchiques aux funérailles nationales

À la révolution, en 1793, l'abbaye de Saint-Denis est soumise au vandalisme des révolutionnaires, les caveaux des rois sont ouverts et leurs restes dispersés. Le rituel des funérailles royales ne disparaît cependant pas avec la fin de l'Ancien Régime.

Le retour des Bourbons sur le trône, lors de la Restauration (1814-1830), rétablit Saint-Denis dans sa fonction. Des funérailles royales sont organisées a posteriori pour Louis XVI et Marie-Antoinette. La magnificence des cérémonies organisées pour le duc de Berry et Louis XVIII rehaussent le prestige d’une dynastie contestée. Les accessoires du rituel, alors recréés, sont les seuls permettant aujourd’hui d’évoquer ce cérémonial monarchique séculaire.

Hormis durant la période de la Restauration, le rituel funéraire  « à la royale »  persiste jusqu'à nos jours et s'accompagne, selon les contextes, de transformations, d'appropriations, ou d'adaptations. Bien des traits lui sont empruntés pour honorer la dépouille des grands personnages. 

Observé comme une pratique en soi, il devient indépendant de la qualité de la personne, s'appliquant selon les régimes, aux princes, aux présidents ou aux grands hommes. Il peut être suivi dans toutes ou parties de ses composantes, avec une prédilection pour les cortèges. De Voltaire à Victor Hugo, le convoi funèbre traversant la capitale retrouve sa fonction d’origine. Il redevient un instrument de cohésion nationale, autour de figures comme Napoléon ramené de Sainte-Hélène, autour des hommes politiques, des savants, des poètes...

À côté des questions du rituel et de qui en bénéficie, se pose celle de la nécropole. Saint-Denis apparaît trop associé aux Bourbons. Les Invalides, dédiés aux soldats, sont préférés pour Bonaparte. L’église Sainte-Geneviève devient, dès la fin de l’Ancien Régime, le Panthéon des grands hommes ; la IIIe République officialise ce choix en 1885. La panthéonisation des présidents de la République morts en exercice, comme Sadi Carnot en 1894, apparaît comme l’apothéose des rois de jadis.

 

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Les Funérailles de Sadi Carnot (1837-1894) au Panthéon en 1894 - Georges Bertrand, 1903 - Huile sur toile - (c) EPV
Château de Versailles

Lors des obsèques du président assassiné, la IIIe République inaugure un rituel qui s’inscrit dans la tradition des fastes monarchiques : exposition solennelle du corps à l’Elysée, convoi funèbre par l’avenue des Champs-Élysées et la rue de Rivoli (avec le corbillard de Louis XVIII) devant une foule estimée à deux millions de personnes, célébration religieuse à Notre-Dame, puis cérémonie laïque au Panthéon. C’est cette dernière étape que décrit cet immense tableau, commande de l’État jamais exposée. Au centre, sous le portique drapé de noir et au-devant du catafalque, les représentants des puissances étrangères conduits par le nonce apostolique quittent le monument après avoir été accueillis par les officiels français et avoir rendu hommage au défunt. Les fleurs, les couleurs des uniformes, la lumière vive de juillet confère à cet événement civique une dimension festive.

Le roi est mort
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Découvrez l’exposition Le Roi est mort au château de Versailles, jusqu’au 21 février 2016. Elle retrace les détails, étrangement peu connus, de la mort de Louis XIV, et à les mettre en regard avec celles des souverains européens de la Renaissance au siècle des Lumières. En accès libre, pour les visiteurs munis d’un billet, tous les jours, sauf les jours de fermeture du Château, de 9h à 17h30.

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Publié le - Mis à jour le 25-01-2016

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