Les instruments scientifiques à Versailles

Comment imaginer et penser la construction de Versailles sans les plombs, équerres, règles, niveaux et graphomètres ? Comment régler les centaines de pendules à Versailles sans cadrans solaires ? Comment éduquer les princes sans les cabinets d’instruments de physique, d’astronomie et de chimie ? Comment le roi peut-il gouverner son royaume sans le secours des cartes et des globes ?

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Graphomètre à pinnules à échelle transversale et carré des
ombres avec pied monopode XVIIe siècle
Michael Butterfield (1634-1724)
Laiton, verre, acier, bronze
Ø 33 cm, pied : H. 155 cm Collection particulière
© château de Versailles, Jean-Marc Manaï

Les nombreuses commandes royales d’instruments scientifiques répondent soit à un besoin des, architectes, jardiniers, médecins, apothicaires etc., soit à un intérêt personnel du souverain et des princes pour les disciplines scientifiques.

Dès 1679, des fondeur-graveur et fabricant d’instruments de mathématiques reçoivent diverses commandes d’instruments nécessaires au nivellement. Ces fournisseurs se sont vus souvent gratifiés par le monarque du titre « d’Ingénieur du roi », ou d’un logement au Louvre, voire même des deux.

Il peut s’agir d’élégants ensembles d’instruments à dessiner et à tracer, les trousses de mathématiques comprenant porte-plume et porte-crayons, règles, compas et compas de proportion ; de pendules à combinaisons, de montres en or, de baromètres et thermomètres mais aussi de pèse-monnaies et balances pour les métaux précieux ou les médicaments, de lunettes, de télescopes et de cadrans solaires, et enfin, de graphomètres, niveaux, règles, alidades, équerres et plombs pour les arpenteurs, maçons et menuisiers.

Les instruments pédagogiques tenaient une place à part entière à Versailles. Leur présence s’accroît surtout pour les besoins de la formation des enfants de Louis XV et Louis XVI. Le jeune Louis XV, sans doute influencé par le Régent, est initié aux sciences grâce aux précepteurs. En 1722, Pierre Polinière lui donne un cours de physique expérimentale dans lequel le roi « y prit un plaisir infini ». Plus tard, féru de chimie comme le Régent, il fait installer son propre laboratoire de chimie dans les petits appartements de la Cour des Cerfs, tout en s’intéressant autant à l’horlogerie, qu’à l’astronomie et à la géographie, science qui devient sa passion, avec ses cartes, ses sphères et ses globes.

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Centrifugeuse fin XVIIIe siècle
D'après le modèle de l'abbé Nollet (1700-1770)
Laiton, métal, bois verni, cordes. H. 125 cm ; L. 109 cm ; l. 58 cm
Montréal, musée Stewart, © Musée Stewart, Montréal

Louis XV tient aussi à transmettre ses nouvelles connaissances à ses enfants. En 1737, un planétaire est livré pour le Dauphin Charles Louis (1729-1765), âgé de huit ans. L’année suivante, après la présentation au Dauphin d’un cours de physique expérimentale par Jean-Antoine Nollet, les instruments de physique de Louis XV sont mis à la disposition de ses enfants. Nollet n’obtiendra le brevet de « Maître de physique » qu’en 1758 et constituera alors pour le duc de Bourgogne puis pour le futur Louis XVI un cabinet avec des instruments achetés sur les comptes des Menus-Plaisirs dont quelques-uns ont été conservés.

Un plan incliné, un pluviomètre, un mortier, une presse à deux vis, une vis d’Archimède, un éolipyle, tous probablement sortis de l’atelier de Nollet ainsi qu’un télescope de Passemant faisaient partie de ce « Cabinet des Enfants de France ». Une boussole de marine à carte flottante signée « Le Maire le fils, quay de l’Horloge à Paris 1744 », aurait pu figurer parmi les instruments de Louis XV.

A titre d’exemple, un télescope, saisi au château de Bellevue en 1792, et portant l’inscription « Fait par Madame Sophie de France », semble le produit des leçons de démonstration prodiguées aux filles de Louis XV. Cet instrument aurait pu être fabriqué pour partie par Mme Sophie dans son atelier de tournage au rez-de-chaussée du château, sans doute sous l’œil attentif de son maître à tourner, Voisin. Apprécié des souverains de toute l’Europe, l’art du tour est un passe-temps apprécié par Louis XV et Louis XVI. Une pendule en ivoire, figurant dans l’inventaire des pendules de Marie-Antoinette du 18 février 1794 est donnée comme « ouvrage de Louis XV».

L’intérêt que portait Louis XVI à l’horlogerie, la serrurerie et au tour est bien connu. Il existe un tour à guillocher qui aurait pu être celui de Louis XVI. Il est représentatif des loisirs d’un roi qui a regroupé dans ses cabinets cartes, globes et machines mécaniques. Spécialisé plus particulièrement dans ces domaines, le roi est le mieux placé pour les encourager, faisant de Versailles une vitrine où se mariaient luxe, ingéniosité et utilité.

La démonstration au Roi ou à un membre de sa famille d’une invention ou d’un nouvel instrument scientifique, ouvrage d’exception est gage de renommée. Son auteur doit pour cela être lui-même présenté soit par un courtisan averti ayant accès au Roi, soit par l’Académie des Sciences. L’inventeur sort alors avec une pension généreuse et l’espoir de recevoir des commandes voire même des honneurs.

Anthony Turner

En partenariat avec Château de Versailleschâteau de versailles

résidence officielle des rois de france, le château de versailles et ses jardins comptent parmi les plus illustres monuments du patrimoine mondial et constituent la plus complète réalisation de l'art français du XVIIe siècle.

Publié le - Mis à jour le 03-03-2016

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