Le Grand Canal dans l'axe du château de Versailles

Louis XIVfut le roi de France le plus averti de ses ports. Il en visita onze. C'était exceptionnel dans un pays de tradition continentale gouverné aussi loin que possible de la mer. L'intérêt royal pour la marine ne signifiait pas que la France était une puissance maritime : l'effort initié par Richelieu avait porté des fruits mais il restait beaucoup à faire. Jean-Baptiste Colbert, en charge de la marine pour « rétablir la gloire et l'honneur du royaume sur mer », avait trouvé une vingtaine de vaisseaux usés. La flotte marchande comptait quelque huit cents navires contre cinq fois plus en Angleterre et seize mille sous pavillon des Provinces-Unies. Il fallut d'abord établir des arsenaux et des fonderies de canons, organiser l'exploitation des bois de marine et apprendre l'art de construire des vaisseaux.

Une ère d'expérimentation scientifique s'ouvrit au moment où l'on achevait de creuser le Grand Canal dans l'axe du château. Cette perspective structurant l'architecture des jardins offrait un magnifique plan d'eau aux embarcations de parade et d'agrément. Des vaisseaux en réduction, un brigantin, des galiotes dont la Dunkerquoise, la Mignonne ou Grande Galère de cinquante rames amenée « en fagot » de Marseille se mêlaient aux gondoles et faisaient remonter la mer jusqu'à Versailles. Le Grand Vaisseau long de soixante-dix pieds, mis à l'eau en 1670, le Vaisseau de Versailles quinze ans plus tard, puis le Triomphant étaient de vrais petits navires de haute mer portant la marine sous les yeux de la Cour.

Image Contenu

vue perspective du bassin d'Apollon et du Grand Canal avec sa flotille
XVIIe siècle, École Française
Gouache et rehauts d'or sur papier. H. 12,5 cm ; l. 16,5 cm
Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon,
© RMN (Château de Versailles) / Gérard Blot

Le rôle de la Petite Venise n'était pas seulement d'offrir une attraction nautique : les dimensions imposantes du Grand Canal (1 800 mètres sur 62) croisé par un bras d'un kilomètre et demi lui donnaient une capacité de bassin d'essais de modèles. Tandis que Abraham Duquesne préparait un règlement pour encadrer la construction navale, deux modèles furent mis en chantier pour le Grand Canal en 1678 sous le contrôle de Jean-Baptiste Colbert de Seignelay. Trois ans plus tard, deux navires de guerre en réduction arrivèrent à Versailles : une frégate conçue à Toulon par le maître Chapelle sur les idées de Duquesne mesurait quinze pieds de quille et un vaisseau à deux ponts à l'échelle du quart, long de trente-cinq pieds, avait été construit à Rochefort par le maître napolitain Biagio Pangallo selon les directives de Anne Hilarion de Costentin de Tourville, alors que s'ouvrait dans ce port une école de construction approuvée par le roi.

Ces deux modèles préfabriqués, remontés sur la berge par les charpentiers de la Petite Venise, étaient explicitement destinés à essayer des projets de navires types. D'autres bateaux à vocation expérimentale furent commandés pour Versailles : une felouque napolitaine, un caboteur hollandais et deux yachts anglais. À une époque tâtonnante où tout était à inventer, la confrontation du savoir-faire des constructeurs, des arsenaux de la marine et des expériences étrangères eut pour cadre imprévu le Grand Canal, nouveau laboratoire royal d'hydrodynamique sous le ciel de l'Île-de-France.

Amiral François Bellec

En partenariat avec Château de Versailleschâteau de versailles

résidence officielle des rois de france, le château de versailles et ses jardins comptent parmi les plus illustres monuments du patrimoine mondial et constituent la plus complète réalisation de l'art français du XVIIe siècle.

Publié le - Mis à jour le 03-03-2016

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