Pêche et capital

Un article paru dans la célèbre revue Science, et largement repris par tous les médias début novembre 2006, annonce que dans moins d'un demi-siècle, si rien n'est fait pour y remédier, la quasi-totalité des poissons et des crustacés pêchés pour la consommation aura disparu des océans.

Il est des ressources que nous savions non renouvelables (comme certaines sources d'énergie : pétrole, gaz, uranium), mais l'immensité des océans semblait pouvoir nourrir l'humanité indéfiniment. Erreur ! L'homme, en surexploitant les ressources marines, est en train de faire disparaître les espèces qu'il consomme les unes après les autres. La morue de l'Atlantique Nord, par exemple, fait partie des 29% d'espèces dont les prises de pêche ont chuté de 90% ces dernières années. Le thon rouge de haute mer sera-t-il le prochain sur la liste ?

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FAO

Les ¾ des stocks de pêche surveillés sont exploités au maximum de leurs possibilités, dont ¼ surexploités (c'est à dire que les quantités péchées sont trop grandes pour assurer la survie des espèces). Et la surpêche n'est pas la seule action néfaste de l'homme sur les habitants des océans ; la pollution aussi, en fragilisant les écosystèmes, entraîne la disparition d'espèces. Or, la biodiversité est indispensable à l'équilibre de la faune marine. Si la pollution détruit une espèce, même non comestible, c'est tout l'écosystème qui en pâtit ! Ainsi, depuis 1950, les zones de l'océan à faible diversité ont souffert d'un effondrement de 34% de leurs stocks de poissons commerciaux contre "seulement" 24% pour les zones à plus grande biodiversité.

En dehors des aspects écologiques qu'il est de notre devoir de considérer avec la plus extrême attention, les conséquences économiques de la raréfaction des poissons seraient catastrophiques. Les ¾ des poissons pêchés servent à l'alimentation humaine avec une moyenne de 16,2 kg par an et par habitant, mais la quantité consommée peut atteindre 100 kg dans les pays asiatiques. La pêche est l'un des secteurs d'activité primordiaux des pays en voie de développement, permettant de réduire la pauvreté – les revenus issus du poisson sont beaucoup plus élevés que ceux des produits de base (riz, café, thé...) – et d'atteindre une sécurité alimentaire. Ces mêmes pays fournissent 70 % des poissons consommés par l'homme, la Chine étant devenue, en 2002, le premier exportateur devant le Pérou et la Thaïlande.

Les différents Etats ont pris conscience de ces problèmes, mais ils tardent à mettre en place des politiques suffisamment efficaces. Un exemple révélateur : fin 2006, les Nations-Unies n'ont pas réussi à se mettre d'accord pour imposer un moratoire sur le chalutage des grands fonds marins.

Depuis le début des années 90 pourtant, les organismes de pêche – à l'échelle de pays ou de fédérations de pays - ont renforcé leur réglementation : quotas de prises, interdiction de certaines pratiques comme les filets maillants - trop peu sélectifs -, interdiction d'accès aux zones de reproduction, octroi d'aides pour la restructuration et la diminution des flottes de pêches... Les contrôles ont été renforcés. Ainsi la France, mauvaise élève, a été épinglée par l'arrêt dit "merluchons" de la Cour de Justice européenne pour son manquement répété aux règles communautaires.

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Quelles solutions ? Limiter les prises en mer et renforcer la part de l'aquaculture, déjà en forte progression depuis le début de ce siècle (220 espèces de poissons sont concernées) ? Créer des réserves protégées pour restaurer une plus grande biodiversité et permettre l'augmentation de population des espèces menacées (actuellement, seulement 1% des océans est protégé) ? Même si tous ne partagent pas l'extrapolation faite pour les années 2050 par les auteurs de l'article de Science, la plupart des scientifiques s'accordent à trouver la situation actuelle très préoccupante.

Après des mois de mauvais coups,
De filets pleins de goémons,
Quand le marin compte ses sous
Sur la table de la maison,
Il a le cœur gros.
Le cœur gros, Hugues Aufray
Publié le - Mis à jour le 03-03-2016

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