Les pépites venues du fond de l'océan

Peut-être avez-vous déjà joué à ces jeux de stratégie et de commerce international, tels le "Cosmail" ou "Les Richesses du monde" ? Si oui, vous vous souvenez sans doute que la Nouvelle Calédonie est le premier producteur de nickel, le Chili, de cuivre, l'Afrique, de cobalt... Des données qui pourraient être bouleversées par l'exploitation possible de ressources minières au fond des océans !

Tout comme le pétrole, le gaz naturel et l'uranium, combustibles utilisés pour produire l'énergie de notre monde industriel, les réserves de métaux s'épuisent. Les nouveaux pays émergents comme la Chine sont de très grands consommateurs. Les prix flambent. L'acier est omniprésent dans toutes nos constructions et dans de nombreux objets manufacturés. A la base, l'acier est un alliage de fer et de carbone mais, pour obtenir les propriétés voulues (solidité, résistance à la corrosion...), il faut lui ajouter d'autres métaux.

Les sociétés minières pourraient bien se tourner vers le fond des mers où reposent, à demi enterrées, des petites boules de couleur brun-noir, les nodules polymétalliques. Ces nodules sont formés de couches concentriques successives qui se sont agrégées, à raison d'un centimètre par million d'années, autour d'un noyau central : débris rocheux, morceau d'un ancien nodule, dent de requin... Ils renferment différents métaux, le principal étant le manganèse (30%), mais également du cuivre, du nickel, du cobalt, ainsi que des métaux plus rares comme le titane ou le magnésium.

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Les nodules polymétalliques
se présentent sous la forme de petites boules
de couleur brun-noir légèrement aplaties
de 5 à 10 centimètres de diamètre.

Les premiers nodules ont été découverts en 1868 dans la mer de Kara, dans l'océan Arctique, à proximité de la Sibérie. Dans les années qui suivirent, de 1873 à 1876, la frégate océanographique Challenger en ramassa de nombreux tout autour du monde. On sait aujourd'hui que ces nodules sont présents un peu partout sur les fonds marins et même dans certains lacs d'Amérique du Nord mais les gisements les plus intéressants - parce que le minerai y est concentré - se situent dans les plaines abyssales du Pacifique, à des profondeurs de 4000 à 6000 m.

Depuis les années 1960, plusieurs sociétés minières, américaines et russes notamment, se sont lancées dans l'exploration des gisements potentiellement exploitables. Parallèlement, des études ont été menées pour comprendre l'origine de ces nodules - précipitation des métaux à partir de l'eau de mer, dissolution de la roche basaltique, débris d'organismes vivants... - et comment il serait possible d'en extraire les précieux métaux. Comment aller récupérer ces nodules à de si grandes profondeurs ? Les ingénieurs ont imaginé des petits robots aux bras articulés et munis de puissantes torches.

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Croquis des premiers nodules polymétalliques
découverts dans la mer de Kara en 1868

A l'heure actuelle, on estime que de 5 à 10 millions de tonnes de nodules pourraient être extraites par an mais ces gisements ne sont toujours pas exploités, le seuil de rentabilité n'étant pas encore franchi. Pourtant dès 1987, des permis d'exploitation de zones de 100.000 kilomètres carrés - un peu moins d'1/5 de la superficie de la France métropolitaine - ont été délivrés par les Nations Unies dans le Pacifique. La France en particulier a obtenu des droits dans la "province à nodules" de l'océan Pacifique Nord-Est dans la zone de Clarion-Clipperton. En préambule à toute exploitation, des scientifiques de l'Ifremer ont mené une campagne, baptisée Nodinaut, pour établir un état de référence de la biodiversité du milieu.

Un autre type de gisement pourrait offrir de nombreuses perspectives d'avenir. Au niveau des dorsales océaniques, la forte activité volcanique fragilise la croûte terrestre ; l'eau de mer peut alors s'engouffrer dans des fissures. Elle se réchauffe, s'acidifie et dissout des constituants basaltiques, se chargeant ainsi en métaux et minéraux. Lorsque l'eau ressort, les minéraux précipitent au contact de l'eau plus froide, formant des cheminées pouvant atteindre 20 m, du haut desquelles s'échappent des panaches de liquide épais et chaud. Près de ces sources hydrothermales, les gisements polymétalliques - dits "sulfures massifs" - semblent plus riches et plus facilement exploitables que les nodules. A de telles profondeurs, les conditions de vie semblent particulièrement hostiles ... Et pourtant y vit une faune insoupçonnée, qui ne verrait peut-être pas d'un bon œil débarquer nos petits robots !

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Répartition des nodules polymétalliques.
En 1973, Horn a montré la prédominance de la "ceinture Est-Ouest de la partie Sud du Pacifique Nord",
comprise entre les fractures de Clarion et de Clipperton,
connue par la suite comme la "Horn zone".
C'est dans cette zone que la plupart des groupes miniers ont déjà travaillé.

On prétend que là-bas l'argent coule à flot
Hissez haut Santiano
On trouve l'or au fond des ruisseaux
J'en ramènerai plusieurs lingots
Santiano, Hugues Aufray
Publié le - Mis à jour le 03-03-2016

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