La vie cachée du bord des mers

A marée basse, on aperçoit la mer au loin. Seuls quelques promeneurs matinaux animent ce décor si calme. Pour se tremper les pieds, il va falloir traverser cette étendue sans vie de rochers et de sable. Sans vie ? Pas si sûr... Regardons de plus près...

Cette zone de balancement des marées (ou zone intertidale), entre terre et mer, immergée puis émergée deux fois par jour, est peuplée d'animaux et végétaux marins. Marins? Eh oui, ils ne peuvent normalement respirer et vivre que dans l'eau. Bien sûr, ceux qui se trouvent très bas sur la plage restent hors de l'eau très peu de temps à marée basse mais ceux qui vivent en haut de la plage passent la majorité du temps émergés ! Comment font-ils pour résister au manque d'oxygène et de nutriments (apportés normalement par l'eau), à la dessiccation, aux rayons du soleil et à la chaleur d'un après-midi d'été ?

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Photo H. Courvoisier
Estran à marée basse

La plupart d'entre eux rusent et vont trouver des endroits humides abrités sous les rochers, sous les algues ou encore dans les vasques, ces flaques d'eau dans les rochers que laisse la mer en se retirant. Cependant, on trouve des crustacés comme les crabes hors de ces vasques. Pourtant, ils respirent bien par des branchies et non par des poumons ! Comment font-ils pour respirer hors de l'eau ? Le crabe vert (Carcinus maenas) garde un fond d'eau dans ses cavités branchiales. Même si le corps de l'animal est hors de l'eau, ses branchies, sous la carapace, sont donc toujours immergées et fonctionnelles. Avec des appendices situés autour de sa bouche (les maxilles), il crée un courant d'eau qui facilite encore sa respiration.

Et les petits tortillons éparpillés sur la plage ? Ils signalent la présence d'un annélide : l'arénicole (Arenicola marina). Ce ver filtre le sable et se nourrit des animaux et végétaux microscopiques qui s'y trouvent. Tout ce qu'il n'ingère pas est rejeté sous la forme d'un tortillon sableux. A marée basse, l'arénicole reste dans son tunnel humide et rentre en vie ralentie jusqu'à ce que la mer remonte. L'animal arrête de se nourrir, ses branchies se rétractent et son système circulatoire s'arrête quasiment.

Et ces petites boules gluantes rouge foncé qu'on voit dans les vasques ou dans les anfractuosités des rochers ? Animal ou végétal ? Il s'agit d'une anémone de mer, Actinia equinia, qui appartient au même groupe d'animaux que les coraux ou les méduses : les cnidaires. Les anémones de mer ressemblent à des sacs avec un seul orifice. Elles filtrent l'eau pour se nourrir. Comme une fleur déploie ses pétales, elles étalent, sous l'eau, autour de leur orifice, de nombreux tentacules souvent très colorés et surtout urticants. A marée basse, plus question de faire la belle ! L'anémone de mer rentre tous ses tentacules et se recroqueville en attendant que l'eau revienne.

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Photo H. Courvoisier
Traces laissées par des patelles lors de leurs déplacements dans une vasque

En tout cas, pour se protéger de conditions de vie hostiles, rien de tel que de s'enfermer bien hermétiquement ! Heureux, donc, les mollusques gastéropodes qui peuvent se réfugier dans leur coquille avec un peu d'eau de mer ! Ainsi le bigorneau (Littorina littorae), rentre son corps dans sa coquille et –clac !- ferme celle-ci avec son opercule calcaire qui sert de porte. Un peu plus haut sur la plage, on distingue à peine la patelle (Patella vulgata) du rocher sur lequel elle est collée. A marée haute, comme son cousin le bigorneau, la patelle se déplace et broute les algues microscopiques à la surface des rochers. Mais dès que la mer se retire, elle retourne vite à sa place favorite. En effet, avec le temps la patelle se colle tellement au rocher qu'elle y creuse un emplacement adapté à la taille et à la forme de sa coquille. Là, adhérant parfaitement à la surface du rocher, la patelle peut résister à la dessiccation pendant deux fois six heures par jour, même pendant l'été !

Mais la vie sépare ceux qui s'aiment,
Tout doucement, sans faire de bruit
Et la mer efface sur le sable
Les pas des amants désunis.
Les feuilles mortes, Jacques Prévert
Publié le - Mis à jour le 03-03-2016

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