Le système féodal et ses contradictions

Le système féodal assure la position dominante d'une aristocratie foncière, qui en nourrit cependant imperfections et contradictions.

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Hommage d'Edouard III à Philippe VI de Valois,
enluminure de Pierre Remiet, vers 1400,
Grandes Chroniques de France. © BnF

Un premier écueil est assez net : l’attache personnelle qui est l’essence du lien féodal se dénature lorsque dans le contrat lui-même, on porte de plus en plus d’intérêt au fief et de moins en moins à la foi du serment. Dès le XIe siècle, l’élément matériel du fief a pris le premier rôle : on fait hommage pour tel fief et non pour tel homme. Comme l’on peut faire hommage à plusieurs seigneurs et donc posséder plusieurs fiefs, on a certes distingué l’hommage-lige, primant tous les autres, avec un suzerain principal ; mais on a vu alors des vassaux tenir plusieurs fiefs liges… La pluralité de fidélités contractées dans le but d’acquérir de nouveaux fiefs dissout la part de dévouement personnel, qui s’affaiblit aussi par le glissement vers une succession héréditaire.

Dérive héréditaire

L’héritier du vassal, qui devait faire hommage au seigneur s’il voulait récupérer le fief, ne pas avoir à lui rendre armes et équipement du défunt, put vite s’en acquitter dans l’établissement du droit de relief : une simple taxe lui permet de « relever », de reprendre le fief. De même la transmission héréditaire autorisera de mettre une femme à la tête d’un fief, si le seigneur la remarie, si elle est la veuve du vassal ou lui choisit un mari si elle est sa fille. Dérive héréditaire qui peut voir aussi le seigneur en position de prendre en charge et former un héritier mineur. Du coup celui qui va porter, s’il le peut, les armes pour le seigneur, n’a pas avec lui une fidélité décidée de son propre chef et le seigneur reçoit dans son hommage un être qui ne l’a pas choisi.

Une pyramide sociale fragile

Au sein de cette aristocratie, on verra progressivement que, sur l’ensemble du système, le lien féodo-vassalique est impuissant à établir un vrai rapport de subordination lorsqu’il est passé entre seigneurs de force à peu près égale, que ce soit entre grands princes des régions ou entre petits chevaliers fiéfés : les agressivités de l’époque sont certes atténuées, mais les puissances rivales restent dans une paix fragile. Le lien féodal ne « marche » bien que là où le vassal est nettement inférieur à son seigneur, lequel peut le soumettre alors au véritable service contracté. Dès le XIIe siècle, les cadres féodaux fléchissent sous l’ensemble de leurs possibilités d’écarts et abus, et, au XIIIe, au sommet, princes et rois finissent par voir dans le système l’obstacle de toute une série d’intermédiaires peu dociles, dont ils ne peuvent atteindre et régler les disputes sans passer au-dessus de la tête de leurs propres vassaux directs. L’ensemble du « grand pays » leur échappe : la pyramide féodale, bâtie de pierre en pierre sur le ciment fragile des rivalités des petits pagi (les pays : cantons, régions), voit posée à son sommet la question de la nécessité de la reprise en mains « étatique », à laquelle s’emploie la royauté depuis les premiers signes du dysfonctionnement.

 

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Publié le - Mis à jour le 07-05-2018

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