La vie en ville au Moyen Âge

En contrepoint de la cathédrale ou du château fondateurs, la cité a ses nouvelles architectures de commerce et de pouvoir : la grande halle, l’hôtel de ville, le beffroi. Si les cloches de la cathédrale sonnent encore les heures du clergé, comme celles agraires de l’église de village, le beffroi, au XIVe siècle, devient peu à peu le lieu de l’horloge mécanique, celui du nouveau « temps civil » de la ville.
Les commerçants s’installent près des axes fréquentés, des portes et sur les ponts des villes bâties autour d’un cours d’eau. On demandera alors aux tanneries, source de pollution et d’odeurs, de s’installer en aval. Ainsi les artisans se regroupent par métiers : rue des drapiers, des teinturiers, de la bûcherie (marchands de bois), dont les noms persistent aujourd’hui. Les rues marchandes sont animées de l’aurore à la nuit. Les enfants, les humbles, les femmes y descendant pour jouer, discuter, lessiver, pouponner, s’aérer tous de leur logis étroit. Boutiquiers et artisans empiètent sur une rue souvent mal chaussée ou fangeuse, séparée en deux par une rigole centrale. De part et d’autre, les façades trop rapprochées sont renforcées de bois, dont l’ennemi est l’incendie. Le débouché sur la place laisse entrevoir l’échafaud ou le gibet…

 

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Carcassonne, cité médiévale © Jean-Pol GRANDMONT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est en ville que l’univers des marchés offre aux gens fortunés venus de la campagne une vitrine et un accès aux produits d’échanges entre nations, étalant par exemple des épices, cannelle, poivre, safran, clous de girofle, purs produits de luxe à cette époque. Les marchés finissent par dessiner une place centrale dans les bourgs anciens, qui s’orne souvent d’une halle pour protéger les marchands. Autour d’elle, les riches commerçants essaient d’établir leurs demeures, les échevins du nouveau pouvoir administratif d’installer un monument où délibérer.

L’espace public de la ville se dessine dans la coexistence de ce gouvernement municipal avec celui du seigneur local, des ordres religieux, de l’épiscopat. Cette gestion complexe se reflète même dans les fêtes : entrées triomphales, processions religieuses ou civiles. La ville y expose ses groupes sociaux : les dignitaires déambulent en costumes d’apparat, l’ordre de leur défilé donnant à lire les hiérarchies. On voit aussi défiler des métiers derrière la statue fleurie de leur saint patron, et des processions religieuses.
Les grandes villes sont découpées en paroisses, où église et cimetière sont des foyers de sociabilité de quartier. On se rencontre aux offices, mais aussi au cimetière : en plein cœur de Paris, le cimetière des innocents, qui comporte un prêchoir pour prédicateurs itinérants, est un lieu où s’installent des marchands, et où l’on trouve écrivains publics comme prostituées... Ces abords comme ceux des tavernes sont le repaire des malandrins, qui se déguisent en faux infirmes et arrachent les bourses de ceux qui s’avancent pour leur faire aumône. La nuit, les portes de la ville sont fermées et les rues parcourues par des rondes, mais ne peuvent s’y déplacer sans crainte que ceux qui ont une escorte portant torches et armes.

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Publié le - Mis à jour le 04-05-2018

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