Art et architecture romans

Le terme « Art roman » apparaît après 1800 et veut diviser ce temps bien trop long, pointer un moment plus précis : celui où l’architecture médiévale, du Xe au XIIe siècle, est encore en continuité avec la tradition « romaine », avant l’époque des grandes cathédrales.

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Abbatiale de Saint-Austremoine d'Issoire (Auvergne),
photo 2005 © Thierry Bézecourt

L'architecture

Ses églises adoptent le plan basilical, copie religieuse de la basilique civile romaine. Ce sont les maçons lombards, corporation d’artisans qui parcourra l’Europe, qui imposent à son axe une forme de navire renversé (la nef), et aux murs extérieurs ces motifs de bandes lombardes, restes décoratifs des arcatures qui renforçaient les églises paléochrétiennes. Un témoin de ce premier roman du Sud est l’église Saint-Vincent de Cardona, dans la province de Barcelone. Le succès du culte des reliques entretient la mode des cryptes, celui des pèlerinages fait naître les vaisseaux collatéraux, comme à Saint-Martin du Canigou, dans les Pyrénées, puis mènera jusqu’à la construction de déambulatoires dans les chevets. Les églises étant dirigées chevet vers l’orient (orientées donc), les transepts apparaissent de ce côté et traversent la nef pour évoquer la forme d’une croix. Au Nord, l’art ottonien insuffle aussi son apport novateur et Saint-Pantaléon de Cologne est une transition entre architecture carolingienne et romane : on ajoute un transept occidental, représentant à l’entrée le lieu symbolique du pouvoir temporel impérial, faisant face au pouvoir céleste du chevet. La France du Nord est au milieu de ces évolutions romanes et contribue à leurs ajustements au culte. La place croissante de la célébration du pain et du vin suscite un complément d’autels : dans le chevet à déambulatoire s’ajoutent alors des chapelles rayonnantes (absidioles), comme à l’église Saint-Etienne de Vignory, en Haute-Marne. Les grandes églises de pèlerinage, comme Saint-Sernin de Toulouse, possèderont enfin des tribunes, augmentant la capacité de circulation des fidèles.

 

 

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Chœur vu de la nef, abbatiale
Saint-Austremoine d'Issoire (Auvergne),
photo 2009 © Jeanne et Romain Boiteux

La sculpture

L’architecture romane offre un support privilégié à de vastes programmes de sculpture. Les thèmes les plus fréquents des tympans des portails sont le Christ en majesté, entouré des quatre animaux évangéliques (Moissac), et le Jugement dernier (Conques), vraies Bibles de pierre. Les chapiteaux, aux surfaces moins aptes aux narrations, facilitent l’accroche d’une ornementation végétale et plus encore d’un bestiaire roman prolifique. Un exemple en est Vézelay, représentatif de son lien à l’ordre de Cluny qui essaime en Europe et influence les programmes architecturaux. Le monde des monastères fournissant à l’homme roman son système de valeurs, c’est un autre ordre qui va prospérer en réaction, celui de Cîteaux, dont Saint-Bernard prend la direction : l’art cistercien prône un retour à l’épure, à une sculpture dont doivent être absentes, selon lui, les « monstruosités ridicules ». Les mêmes enjeux sacrés résonneront à propos des vitraux,  des ivoires, émaux et orfèvrerie (au développement suscité par les Trésors des cryptes de pèlerinage), des miniatures des manuscrits.

Un art roman profane

Il faut s’arrêter sur la tapisserie, car celle de Bayeux, bien que commandée pour une contemplation pédagogique dans la cathédrale, est un des rares exemples d’un art roman profane. Elle figure la conquête normande de l’Angleterre, et, outre des faits d’armes, montre toute une suite de scènes civiles : construction de châteaux et de navires, observation d’étoiles, etc. Ses broderies sont d’un style documentaire proche de certains pavements romans de mosaïque, comme celui de la cathédrale d’Otranto, en Italie, riche aussi en sujets profanes : vie du roi Arthur, calendrier des travaux et des mois.

Publié le - Mis à jour le 16-04-2019

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