Les personnages du Grand Meaulnes : des personnages familiers

Le Grand Meaulnes est une manière de roman autobiographique puisque les lieux mêmes de l’action sont ceux où Henri-Alban Fournier, né en 1886, a vécu sa propre enfance. Le récit commence lors de la dernière décennie du XIXe siècle, en « novembre 189… », et consigne donc l’air de ce temps-là, avec ses odeurs et ses saveurs : l’école, sa cour et son préau ; le poêle qui chauffe les salles et les bougies qui les éclairent ; les pommes séchant dans les greniers ; le bruit des sabots portés par les élèves ; le maréchal-ferrant dans sa boutique ; les calèches et les voitures à cheval… Les parents d’Henri Fournier, Augustin et Albanie (Monsieur Seurel et Millie dans le roman), sont, comme ceux de François, instituteurs. Si Henri n’a guère de maladie l’empêchant, enfant, de courir par monts et par vaux, en revanche, Isabelle, sa cadette de trois ans, souffre d’une malformation des hanches. Le roman lui est dédié. Elle épouse en 1909 le meilleur ami de son frère, Jacques Rivière, rencontré au lycée Lakanal, à Paris ; et il est clair, bien que François Seurel soit enfant unique dans l’histoire, qu’Isabelle figure au moins un peu en François et aussi en Yvonne de Galais.

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École fréquentée par Alain-Fournier dès 1891 à Épineuil-le-Fleuriel. cliquer pour agrandir l'image.
Direction des Archives départementales et du patrimoine du Conseil général du Cher.

Un coup de foudre dans la vie d’Henri Fournier préside à la naissance du roman et y est narré à l’identique : il rencontre une jeune noble, Yvonne de Quièvrecourt, qu’il suit sur un bateau-mouche puis dans la rue, osant même lui parler et lui demander son nom, puis l’attendre sous ses fenêtres. Il apprend ensuite, avec douleur, qu’elle s’est mariée. L’auteur aura une aventure houleuse avec une jeune modiste issue d’un milieu populaire, Jeanne Bruneau, qui campe le modèle de Valentine, la fiancée de Frantz. Quant au héros qui donne son titre au livre, il porte le prénom du père d’Alain-Fournier, Augustin, et Meaulne sans s est le nom d’un village de l’Allier. Ses origines paysannes le situent dans la lignée familiale des Fournier et il est certainement le composite de personnages réels (le père et le grand-père…), littéraires (Robinson Crusoé, Peter Pan…) et rêvés : un grand frère tel que se voulait Henri pour Isabelle, ou le grand frère qu’il n’a jamais eu…

La correspondance abondante échangée entre l’auteur et Jacques Rivière entre 1905 et 1914 donne les clés de la part de réalité qui habille la fiction. Elle révèle aussi la soif de lecture et de culture d’un jeune homme qui a côtoyé les grands écrivains de son époque, tels Charles Péguy, André Gide, Marguerite Audoux et Paul Claudel. Elle apporte la clé des influences – Charles Dickens, Robert Louis Stevenson, Daniel Defoe (dont une phrase, tirée de Robinson Crusoé, sert de titre à un chapitre), Francis Jammes, Maurice Maeterlinck, Thomas Hardy, Arthur Rimbaud et tant d’autres qui ont présidé à la longue gestation du roman durant huit années.

Géographies, ou comment se perdre au pays du Grand Meaulnes

Situé dans le bas Berry, sillonnant les régions de la Sologne et du Cher, le pays du Grand Meaulnes recèle des lieux réels, tels Bourges et Vierzon, et d’autres dont les noms ont été transformés.

Le roman commence à Sainte-Agathe, en réalité Épineuil-le-Fleuriel, situé au nord-est de Montluçon et à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest de Bourges. C’est là que les parents de l’auteur s’installent alors qu’il a 5 ans, dans une maison toujours visible aujourd’hui et qui fait office de musée : la maison-école du Grand Meaulnes. Henri-Alban Fournier est né le 3 octobre 1886 dans la maison de ses grands-parents maternels à La Chapelle-d’Angillon, à trente kilomètres au sud de Bourges. Dans le livre, ce village est rebaptisé La Ferté-d’Angillon : Augustin Meaulnes y vit avec sa mère, dans la maison qui ressemble à s’y méprendre à celle qu’habitent Monsieur et Madame Fournier après avoir quitté Épineuil. À une vingtaine de kilomètres à l’est se trouve Nançay – Le Vieux-Nançay dans le roman –, où résident les oncles, tantes, cousins et cousines Seurel, chez qui François a souvent passé ses vacances. Le domaine des Sablonnières y est situé dans le livre. En réalité, il n’existe pas. Ce lieu magique est, comme le personnage d’Augustin Meaulnes, un composite de plusieurs châteaux de la région. Mais il ressemble beaucoup à celui de la Verrerie à Oizon, que découvrent enfants Henri et Isabelle, à quarante kilomètres à l’est de Nançay, et dont ils garderont toujours un souvenir émerveillé. C’est là que la première adaptation cinématographique du Grand Meaulnes est tournée en 1967.

Crédits du bandeau : détail d'une photo de l'Abbaye de Loroy prise par la sœur d'Alain-Fournier. Cette abbaye cistercienne sise à Méry-ès-Bois, près du village natal d'Alain-Fournier, fait partie des lieux qui ont vraisemblablement inspiré le « domaine mystérieux ». Collection privée.

Retrouvez le dossier complet dans le n°4 de L’Éléphant, la revue de culture générale, octobre 2013.

 

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l'éléphant est une nouvelle revue de culture générale qui paraît tous les trimestres. Elle traite à la fois de sujets de culture générale « classique » (sans lien avec une actualité) et de thèmes qui font écho à un événement contemporain.

Publié le - Mis à jour le 16-02-2016

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