Lire, comparer, découvrir des contes de références

Le Petit Chaperon rouge

Jean-Luc Buquet, Le petit chaperon rouge. La scène de la chemise de nuit, éditions Autrement, 2006, 48 pages, 26 x 26 cm.
Age : école maternelle (Cycle 1)

Voir une scène inédite du Petit Chaperon rouge

Image Contenu Pour les tout petits et les plus grands, cet album carré offre une scène unique du célèbre conte (dans la version des frères Grimm) : celle de la chemise de nuit. Comment le loup, animal sauvage et robuste, peut-il se déguiser en grand-mère en enfilant son vêtement ? Le texte du conte, tel un rideau de théâtre, encadre une série d’images qui relate l’instant précis où le loup est aux prises avec la chemise de nuit de la grand-mère. L’écrit s’arrête à la rencontre du loup avec la grand-mère pour laisser place à une première double page sur laquelle en regard de l’heure, 10h00, on voit, page de droite, l’ombre du loup se superposer à la silhouette de la grand-mère dans son lit. S’ensuivent une vingtaine de double pages sur le même principe : temps s’égrenant sur la page de gauche tandis que les illustrations au pastel et à l’aquarelle de la page de droite montrent le loup tentant désespérément de s’habiller. Au bout de deux heures arrive le petit chaperon rouge dont on voit la frêle ombre se dessiner sur le loup, goguenard. Le texte reprend alors l’espace de la page et le conte peut se terminer.

Pour des enfants qui connaissent déjà le conte de Grimm, cet album propose une lecture originale : alternance entre lecture à haute voix et images que l’on montre simplement, tel un petit film muet, rythmé par la voix de l’adulte égrenant l’heure. Pistes pour permettre à des tout petits de s’approprier une séquence visuelle dans un album : • Présenter l’album en lisant le début de conte puis montrer les images en ponctuant chaque double page par l’heure, faire verbaliser les élèves sur la série des illustrations sans texte
• Reprendre la comptine "Promenons-nous dans le bois pendant que le loup n’y est pas..." et inventer de nouvelles strophes
• Développer la gestualité en mimant le loup en enfilant à son tour un vêtement inadapté, éventuellement chronométrer chaque enfant
• Chercher dans d’autres adaptations illustrées du conte la façon dont le loup est habillé
• Faire une composition plastique ou ludique en habillant une silhouette de loup avec différentes matières (morceau d’étoffe, feutrine, fourrure synthétique, papier calque, crépon ...)
• Imaginer et décrire d’autres instants du conte, la promenade du petit chaperon rouge dans la forêt, la grand-mère dans le ventre du loup ...
• Imaginer des scènes inédites d’autres contes
• Imaginer d’autres fins au Petit Chaperon Rouge
• Prolonger le plaisir de cet album avec : Loup d’Olivier Douzou, aux éditions du Rouergue ; Le loup et le petit chaperon rouge, de Claude Delafosse et Sabine Krawczyk, chez Gallimard Jeunesse ;  Petits Chaperons Loups de Christian Bruel et Nicole Claveloux dans la collection "Vis-à-vis" aux éditions Être.

Les trois petits cochons

Variations

• Walt Disney, Les Trois Petits Cochons, Disney Hachette, 2006
• Leslie Brooke, Les trois petits cochons, Circonflexe, 1992 (ou bien l’édition plus récente illustrée par Paul Galdone, Les trois petits cochons, Circonflexe, 2006)
 • Jean Claverie, Les 3 petits cochons, éditions Nord-Sud, 1989 (ouvrage épuisé mais très souvent disponible dans les écoles ou en bibliothèque).
Age : école élémentaire, Cycle 2

Image Contenu Cet ensemble d’albums fait apparaître que les contes ne sont pas figés dans une version unique, mais peuvent faire au contraire l’objet de variations ou de variantes.

On trouve en effet pour Les trois petits cochons, des variations qui peuvent aller jusqu’à proposer des fins totalement différentes. Ainsi dans une version proche de la tradition orale comme celle des éditions Circonflexe (1992 ou 2006), tous les personnages sont mangés (y compris le loup) sauf le dernier petit cochon.

Dans le dessin animé de Walt Disney, repris dans un album Disney Hachette en 2006, tout le monde (y compris le loup) reste bien en vie.

Les dessins animés de Walt Disney jouant un rôle important dans la connaissance que les enfants d’aujourd’hui peuvent avoir des contes traditionnels, on peut partir de la version de Disney pour aller vers les autres versions (ou du moins quelques-unes).

Depuis Disney, en effet, pour le jeune public et même pour les plus grands, les trois petits cochons s’appellent Nif-Nif (le flûtiste à la hutte en paille), Nouf-Nouf (le violoniste à la cabane en bois) et Naf-Naf (le pianiste à la maison en briques). Leur mésaventure, sans conséquence et sans gravité, s’achève en musique et dans la joie et les enfants sont en général bien surpris de voir qu’il existe une version beaucoup plus dure dans laquelle le seul survivant est celui qui a su faire preuve de prévoyance et de ruse. La leçon du conte en est du coup totalement changée.

Découvrir des variantes d’un conte :

Image Contenu L’album reprenant le dessin animé de Walt Disney (Walt Disney, Les Trois Petits Cochons, Disney Hachette, 2006) présente une version légère, de type comédie musicale, que les enfants peuvent assez facilement mimer pour mieux repérer les grands moments de l’action.

En contraste, Les trois petits cochons, illustré par Leslie Brooke (Circonflexe, 1992 - ou l’édition de 2006) et une version "optimiste" comme celle de Jean Claverie ( Les 3 petits cochons, éd. Nord-Sud) offrent des visions différentes de l’intrigue et des caractères, que les enfants découvriront par comparaison.

La comparaison de ces trois versions peut aboutir à une réflexion sur la morale qui se dégage de chacune des histoires en fonction des variations de l’intrigue et du caractère des personnages et être l’occasion pour les enfants d’exprimer leurs préférences.

Au loup !

• F’Murrr, Au loup !, Dargaud, 1993
Age : Collège
 
Repenser la "paternité" d’un conte - avant tout universel ! - et mesurer les libertés que l’on peut prendre avec

Image ContenuF’Murrr, auteur de bande dessinée contemporain, est surtout connu pour sa série à l’humour décapant Le Génie des Alpages.

La bande dessinée Au loup ! reprend sur un ton parodique des épisodes narratifs des Contes de Perrault, des Contes de mon Moulin ou encore des Fables de la Fontaine, dans lesquels de célèbres personnages, en particulier Le Petit Chaperon rouge, sa grand-mère et le loup, mènent la vie dure à leur histoire, à leur auteur, mais explorent également de nouveaux rapports les uns avec les autres : renversement du bourreau et de la victime (p.34), multiplication d’un même personnage qui se retrouve handicapé par ses pairs (p.3 ou 37) ou au contraire qui forme une armada avec eux pour mieux combattre l’adversaire (p.40) ; amitié entre personnages adversaires : le loup et le chaperon rouge devenus grands-parents (p.39), ou encore réconciliation de ces deux mêmes et de la grand-mère autour de la dégustation des trois petits cochons, (p.31).

Découvrir les ressorts de la parodie :

1."Qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur raconter ?..."
L’auteur tourné en dérision

F’Murrr introduit dans la dimension fictionnelle de la bande dessinée, à travers des représentations graphiques souvent humoristiques, l’illustre écrivain Charles Perrault. Mais il laisse apparaître certaines faiblesses en mettant en scène l’auteur en panne d’inspiration ou en le révélant sous un nouveau visage, à travers des dialogues où la censure et le beau parler ne sont plus les mots d’ordre.

Perrault assiste en spectateur au déroulement des scènes pour essayer de renouveler ses idées, interpellent les personnages pour prendre conseil, quand ce ne sont pas eux qui l’assaillent pour réclamer des dédommagements en regard de leur sort ou simplement critiquer l’homme et son travail.

Ironie et critiques sont au célèbre rendez-vous - du petit chaperon rouge, du loup, et de la grand-mère -, et permettent au lecteur d’assister aux coulisses du spectacle (on retrouve dans certains gags de véritables mises en scènes théâtrales) propres à susciter des réflexions sur le processus de re(ré ?)création des contes populaires, finalement ouvert à tous.

2."Tire la moulinette et - le truc hum - cherra..."
Déclinaison d’un épisode narratif sous de multiples formes de réécritures

On retrouve ce procédé dans Au Loup ! en ce qui concerne principalement trois scènes : la rencontre du petit chaperon rouge et du loup dans la forêt, la scène dans la maison de la grand-mère, ou encore celle du corbeau de La Fontaine laissant choir son fromage.

On pourra apprécier le comique de Au Loup ! en comparant la narration originelle et les multiples variantes proposées par F’Murrr (du point de vue de l’issue narrative, de la tonalité de la scène, de la présence ou non de dialogue, etc.). Par la suite, on peut imaginer écrire de nouvelles parodies de contes sous un traitement bénéficiant d’une grande liberté, parmi lesquelles l’usage du dessin.

3."Salut la Mèr’Grand. Et vlà ton dû. M’excuse. Suis pressée. Réunion syndicale. Bye"
Un conte de Perrault revu au XXe siècle

La force de F’Murrr est d’insérer à ses parodies, donc sous une tonalité heureuse, de nombreuses pistes de réflexion sur des problèmes ou évolutions du monde moderne. L’auteur sème dans ses planches nombre d’objets, concepts ou faits contemporains aux jeunes lecteurs : usage de la voiture (p.29), référence à la S.P.A (p.41), dénonciation du phénomène de disparition des forêts liées à l’urbanisation (pp.18-19 ou 48), mise en scène de syndicats montés par les personnages pour exercer une pression sur l’auteur...

Le public des adolescents d’aujourd’hui est particulièrement convoqué dans certains gags où éclatent les évolutions des relations intergénérationnelles, et ce, à travers le personnage du Petit Chaperon rouge et de sa grand-mère.

C’est aussi le langage moderne (utilisations d’abréviations et du langage familier, moindre rigueur dans la construction des phrases ou le choix du vocabulaire) qui contamine la plume de Perrault et qui nous permet de penser à l’impact qui réside dans le choix de la tonalité d’écriture lors de la transmission d’un conte classique, mais aussi par extension, de toute communication.

L'Enfant Océan / Le Petit Poucet

• Jean-Claude Mourlevat, L’Enfant Océan, Ed. Pocket Jeunesse, coll. Pocket Junior, 1999
Age : Collège

La rencontre du roman et du conte : mieux saisir les spécificités de chaque genre

Image Contenu Jean-Claude Mourlevat, homme de théâtre (comédien, formateur, metteur en scène), traducteur, auteur contemporain de romans pour adultes et pour la jeunesse, signe avec son roman L’Enfant Océan une très belle réécriture-réappropriation, selon les termes de Christiane Pintado, du conte du Petit Poucet.

Le conte est transposé dans notre monde, dans une famille en difficulté sociale. La richesse de l’œuvre tient tout autant dans la finesse du dévoilement du conte - oublié parfois, présent en filigrane à d’autres moments, éclatant par endroits, que dans l’écriture de Mourlevat, tissu littéraire et intertextuel de choix, auteur qui a, de plus, élu comme forme narrative un récit original à multiples voix, déclinant les points de vue de tous les personnages et offrant ainsi une lecture dynamique et surprenante du texte.

Découvrir un mode de narration complexe :

L’Enfant Océan peut certainement entrer avec profit dans une série de lectures consacrées au conte, soit qu’on fasse précéder sa lecture par celle du conte de Perrault Le Petit Poucet, soit au contraire qu’on laisse aux jeunes lecteurs la possibilité de reconnaître eux-mêmes la transposition du conte dans le roman, en faisant lire le roman d’abord.

La confrontation du roman et du conte pourra permettre de mieux saisir des spécificités propres à chaque genre et de comparer les effets d’écriture dans chaque cas. On peut observer par exemple, les libertés que Mourlevat a pu prendre en écrivant son histoire (multiplication des personnages et des narrateurs ; le mystère autour de la phrase qui a déclenché le départ de la fratrie : "il faut les tuer tous les 7 !", variation de la fin, etc.).

L’Enfant Océan permet également de se confronter à un mode de narration complexe et d’observer la façon dont l’auteur organise son récit à plusieurs voix et gère les différents points de vue narratifs.

 

Publié le - Mis à jour le 16-02-2015

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