Les éditeurs à la portée des enfants : Traduire, Abréger, Simplifier

Mettre à la portée des enfants

Comment s’y prennent les éditeurs pour mettre à la portée des enfants des textes du patrimoine littéraire ? Le risque n’est-il pas d’abréger ou de simplifier les œuvres ? Comment, dans ce contexte, trouver des adaptations de qualité ? Liliane Cheilan, Professeure de lettres à l’IUFM d’Aix-en-Provence, nous livre son analyse sur ces questions et propose une réflexion sur les créations originales que constituent les transpositions de ces textes en albums ou en bandes dessinées.


Dans l’édition pour la jeunesse, la pratique de l’adaptation s’entend d’abord comme une façon de mettre à la portée d’un lectorat jeune et inexpérimenté des œuvres (des romans surtout) trop difficiles d’accès. Cette pratique conduit à traduire, abréger ou simplifier des textes du patrimoine littéraire.

Chercher à "mettre à la portée des enfants" relève d’une visée pédagogique. Et, de fait, les enseignants sont souvent utilisateurs d’œuvres adaptées pour leurs élèves. Il est parfois difficile de faire autrement : est-il pensable de faire lire à des collégiens l’Odyssée dans le texte grec ou même en texte intégral traduit ? Dans un tel cas, c’est le texte adapté ou rien. Or chacun sait l’importance, pour l’enfant, d’une familiarisation précoce avec les héros de la littérature universelle.

Mais en même temps, les pédagogues s’inquiètent de la vision altérée qui est donnée de l’œuvre et craignent que l’on passe, dans certains cas, du simplifié au simpliste. Trouver des adaptations de qualité, c’est-à-dire qui respectent l’œuvre d’origine et ne la réduisent pas trop, reste donc un problème.

 

Un autre type d’adaptation : l’image

Image ContenuParallèlement, depuis quelques années, l’explosion éditoriale de l’album pour la jeunesse et le renouveau de la bande dessinée ont favorisé l’émergence d’un autre type d’adaptation : l’adaptation en images.

Sans parler des innombrables versions de contes en images, on trouve à présent des adaptations comme : Moby Dick ou Gulliver chez Albin Michel, Sans famille ou A laRecherche du temps perdu, chez Delcourt. Ce même éditeur vient de lancer une nouvelle collection dédiée aux grands romans adaptés en bandes dessinées qui comporte des titres comme Robinson Crusoé, Les trois Mousquetaires, Olivier Twist, Frankenstein, Les derniers jours d’un condamné

On ne saurait citer tout ce qui paraît aujourd’hui, du Roman de Renart ou Don Quichotte chez Milan, jusqu’à La Farce de Maître Pathelin aux éditions de l’AN 2 ou Robin des Bois chez Quiquandquoi, en passant par les nouvelles fantastiques ou les romans publiés chez des éditeurs comme Mosquito, Casterman, Denoël, etc.   

     

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Transposer l’oeuvre source en album ou BD : une création originale

Ces adaptations en images renouvellent la problématique de l’adaptation pour la jeunesse. L’image, conçue en particulier comme une illustration du texte, a toujours été considérée comme un moyen de rendre la lecture plus aisée et plus agréable. En ce sens, elle concourt à l’entreprise qui consiste à mettre une œuvre à la portée des jeunes lecteurs.

Mais dans le cas de l’album ou de la bande dessinée, les images ne se contentent pas d’illustrer simplement quelques scènes, comme les gravures de Doré pour les Contes de Perrault, elles constituent la base d’une transposition dans un autre mode narratif. Lorsqu’un texte est abrégé ou simplifié pour être mis à la portée d’un jeune public, il est en quelque sorte dans un rapport de subordination par rapport au texte d’origine. Au mieux, il sera jugé fidèle par rapport à l’œuvre source.

Lorsqu’il y a transposition en album ou en bande dessinée, même si cela s’accompagne d’une simplification de l’œuvre source, il y a nécessairement aussi, du fait même du changement de mode d’expression, une création originale. Dès lors, ces adaptations ne seront plus évaluées en fonction du seul respect de l’œuvre source, mais en prenant en compte les caractéristiques propres aux littératures graphiques, c’est-à-dire en interrogeant les relations complexes qui s’établissent, dans l’album comme dans la bande dessinée, entre le support, le texte et l’image.

Par Liliane Cheilan, Institut international Charles Perrault

En partenariat avec Institut Charles Perraultinstitut charles perrault

l'institut international charles perrault est une association qui a un triple objectif de recherche, de formation et d'animation. Il propose notamment un programme international de recherche sur la littérature de jeunesse.

Publié le - Mis à jour le 12-03-2015

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