La collection Autrement Junior

Destinée aux 9-13 ans, la collection "Autrement Junior Société" comporte aujourd’hui 23 titres. Anne de La Roche Saint-André et Brigitte Ventrillon, qui dirigent cette série, évoquent ici leur démarche. 

Image Contenuquelle est l'originalité de votre collection dans le champ éditorial ?

Cette collection "Société" est fondée sur l'idée qu'il n'y a pas à imposer une pensée, la nôtre, à des enfants au moment où ils entrent dans l'adolescence. En effet, c'est le moment de la remise en question salutaire des principes des parents.

Il nous semblait plus judicieux de sensibiliser les enfants aux problèmes de société, de leur faire comprendre qu'ils ont un rôle à jouer et de les aider - avec des repères précis comme la loi - à former leur propre jugement.  Dans les livres de cette collection, l'enfant peut trouver des informations diverses, quelquefois contradictoires, afin d'être en mesure de réfléchir par lui-même. Cela demande de faire confiance à son intelligence.

Beaucoup d'éditeurs ont été intéressés par notre projet, mais ils ont reculé devant l'aspect novateur de notre point de vue. Ils n'osaient pas se lancer. Henry Dougier des éditions Autrement n'a pas hésité : notre propos rejoignait le sien.

Aux côtés des séries "Junior Ville" et "Junior Histoire", quel est l'objectif de cette série "Société" ?

La série "Société" est la première qui ait vu le jour. La collection "Histoire" et celle de "Ville" sont venues dans un deuxième temps. Elles ont été conçues par des directeurs de collection différents. Mais ce qui est semblable, c'est la démarche : amener l'enfant à se poser des questions, plutôt que d'y répondre.

Image Contenurécits, illustrations originales, paroles et questionnements d'enfants, documents, rappel de texte de lois, lexique… : votre collection offre des points de vue et des sources d'information très complémentaires. Comment avez-vous réfléchi la construction des titres de cette série ?

Les enfants vivent des expériences fortes ou assistent à des événements qu'ils rapportent chez eux sous le coup de l'émotion, de l'enthousiasme, de l'indignation. Nous sommes parties de cette réalité : ces livres démarrent avec une histoire qui met en scène un événement. Les enfants réagissent par des réflexions ou des questions à partir desquelles il nous a paru essentiel d'amener l'enfant à se poser d'autres questions, à poursuivre leur réflexion.

Dix chapitres font l'état des lieux du thème traité. Le texte principal pose la problématique. Il est éclairé, soutenu ou contredit par trois informations sous forme de "brèves". Le but n'est jamais d'apporter une réponse, une "vérité", mais plutôt de confronter les points de vue, les faits, les informations, de débattre avec soi-même et avec les autres.

Dans le même registre, on trouve en deuxième partie du livre, un dossier : deux double pages sur le droit ont pour intention de montrer à l'enfant que les lois évoluent au cours du temps ("la loi bouge") avec l'évolution des moeurs, et  aussi que "la loi se discute" à l'Assemblée nationale avant d'être votée. L'enfant prend alors conscience que les députés n'ont pas tous la même opinion : la majorité l'emporte et la minorité se plie aux règles démocratiques. Deux autres double pages apportent des éclairages thématiques ou géographiques afin de terminer le livre par une mise en perspective du problème traité.

Comment imaginez-vous la lecture concrète de l'enfant ?

La structure même de ces livres - un événement, des réactions, des informations, des discussions - correspond à ce qui se pratique quand un professeur travaille avec nos livres.

Un professeur d'une classe de primaire nous a fait parvenir une vidéo qui montrait la classe discutant autour d'un de nos livres, après que le professeur leur a lu l'histoire du début. Nous avons eu la satisfaction de voir que ce système marchait très bien : il y a un débat qui s'installe et les enfants en ressortent avec beaucoup moins de certitudes, et une idée plus claire des problèmes posés.

Les entrées par le récit et par les images sont fondamentales dans votre collection. Quelles sont les indications que vous donnez à l'auteur, à l'illustrateur ?

Image Contenul'illustrateur a carte blanche pour traiter le sujet. par ces images, il apporte des "signes" à un autre niveau que celui du texte. Son travail participe au principe de base de notre collection qui est de faire dialoguer le cœur, les sentiments, les émotions avec la raison, dans le but de mettre en œuvre sa capacité à penser.

Deux auteurs (au moins) travaillent sur ses livres : le (ou les) premiers construisent le documentaire et écrivent les textes.

Le deuxième écrit la fiction du début à partir de ces textes. Pour l'auteur de la partie documentaire, le travail est particulièrement lourd, il faut bien l'avouer. A la lecture, tout semble simple ; l'écriture, les idées, la construction. Dans la réalité, nous avons, auteurs, éditeurs, invités et nous, des discussions acharnées lors d'une réunion préparatoire qui grâce à ce premier débat, donne une bonne idée des problèmes qui se posent. Puis l'auteur ou les auteurs construisent les chapitres, cherchent des informations, fouillent le Journal Officiel ou celui des débats à l'Assemblée nationale.

Il leur faut une grande culture, un esprit spéculatif, la capacité à remettre leurs idées en question. Une culture ou un goût pour la philosophie et le droit sont un avantage. Ils doivent assimiler une grosse documentation, synthétiser, aller à l'essentiel, être intéressant. De plus, les textes sont très courts, donc très difficiles à écrire.

Quel peut être le rôle de l'enseignant pour l'approche et la lecture de vos ouvrages en classe ?

Certains enseignants peuvent être rebutés par la démarche assez philosophique de ces livres : des questions plutôt que des réponses, pas beaucoup de certitudes. Il faut sûrement que l'enseignant, comme c'est souvent le cas, ait du goût pour les débats d'idées. Donc qu'il soit en mesure d'entendre des idées différentes des siennes, et qu'il n'ait pas l'intention d'imposer un "catéchisme" moderne.

Il doit pouvoir amener les élèves à distinguer les idées des sentiments, à écouter et comprendre un point de vue différent, à débattre des arguments. Le titre provisoire de cette collection a été "le cœur et la raison" : c'était aussi un programme.

Propos recueillis par Sophie Van der Linden, directrice de l'Institut Charles Perrault, mars 2007.

Les éditions autrment sur le web : http://www.autrement.com/

 

En partenariat avec Institut Charles Perraultinstitut charles perrault

l'institut international charles perrault est une association qui a un triple objectif de recherche, de formation et d'animation. Il propose notamment un programme international de recherche sur la littérature de jeunesse.

Publié le - Mis à jour le 02-11-2012

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