Le capitaine Nemo, personnage de fiction de Vingt mille lieues sous les mers

Lorsqu’il découvre le premier état du manuscrit de Vingt mille lieues sous lesmers, Jules Hetzel, l’éditeur de Jules Verne, est effrayé par le capitaine Nemo. Il fait alors pression sur le romancier pour qu’il adoucisse cette figure de justicier implacable et désespéré. Mais Verne résiste. Ses lettres montrent la conviction et la persuasion qu’il saura déployer pour imposer le personnage, invention magistrale.

Il le défend d’autant plus ardemment qu’il en fait, par certains goûts, certaines qualités, un être proche de lui-même, proche aussi du professeur Pierre Aronnax. Tous trois ont la même passion pour la connaissance, les savoirs encyclopédiques, les sciences, les lettres, la philosophie… Symbole de cette passion : la gigantesque bibliothèque de douze milles volumes qu’abrite en ses flancs le Nautilus. Verne y place des ouvrages qu’il admire et dont il se sert sans doute lui-même pour écrire ; au passage, il glisse un hommage à George Sand – on a vu pourquoi –, qu’il associe à des « monstres » littéraires comme Homère, Rabelais ou Hugo. Comme Verne, Nemo aime les arts : les tableaux de maîtres qu’il possède le prouvent. Surtout, il consacre du temps à la musique. Il la pratique, jouant d’un orgue prodigieux, un peu comme le romancier, qui voulait, jeune homme, se lancer dans une carrière lyrique comme auteur de livrets et qui, vers la fin de sa carrière, accordera à la musique une place de choix dans ses romans.

Image ContenuCapitaine Nemo observant le soleil,Vingt mille lieues sous les mers

Mais la principale passion commune à l’écrivain et à sa créature, c’est la mer et le voyage. Verne pourrait reprendre à son compte la devise latine de Nemo, « Mobilis inmobile » : « Être mobile dans ce qui est mobile » (c’est-à-dire dans l’élément marin). Il montrera toute sa vie un amour de l’escapade maritime. Très jeune, vivant à Nantes, il fugue vers le port de Saint-Nazaire pour tenter – vainement – de partir à l’aventure. Plus tard, en 1867-1868, quelques mois avant l’écriture du roman, il traverse l’Atlantique sur le Great Eastern, le plus grand paquebot de l’époque. Plus significatif encore, à partir de 1866, il fait l’acquisition successive de bateaux (tous nommés Saint-Michel), qu’il utilise pour la plaisance pendant presque vingt ans ; il aime y faire des croisières, il aime y écrire, se laisser inspirer par ce qui est un espace de liberté pour le corps et l’esprit. La profession de foi qu’il prête à Nemo est aussi, en grande partie, la sienne : « La mer n’appartient pas aux despotes ; à sa surface, ils peuvent encore exercer leurs droits iniques, s’y battre, s’y dévorer, y transporter toutes les horreurs terrestres. Mais à trente pieds au-dessous de son niveau, leur pouvoir cesse… Au sein des mers, là seulement est l’indépendance ! Là, je ne reconnais pas de maître ! Je suis libre ! » Liberté totale du capitaine, mais soumission complète (et volontaire) des hommes d’équipage…

 

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l'éléphant est une nouvelle revue de culture générale qui paraît tous les trimestres. Elle traite à la fois de sujets de culture générale « classique » (sans lien avec une actualité) et de thèmes qui font écho à un événement contemporain.

Publié le - Mis à jour le 10-02-2016

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