Les poètes et les comptines

La liste est longue des poètes qui ont aimé l’évidence, l’authenticité et la simplicité des comptines : Victor Hugo, Apollinaire, Max Jacob, Robert Desnos, Léon-Paul Fargue... Norge a écrit de belles pages sur ce qu’il appelle la langue verte3 au cœur de laquelle il place les rondes enfantines. Ce sont les comptines dont Paul Éluard vante les qualités dans Les Chemins et les routes de la poésie4. Philippe Soupault a collaboré à une édition de référence publiée chez Seghers5: Les Comptines de langue française. Il a lui-même écrit de nombreux poèmes directement inspirés par les Nursery rhymes que lui disait sa jeune nurse anglaise6. Car nombreux sont les poètes qui ont recherché une part d’enfance à travers cette forme poétique. Les Chantefleurs et Chantefables de Desnos restent une référence. Une comptine d’Hugo circule encore, mais tant qu’on continuera d’en préciser l’auteur, elle restera un curieux poème de Victor Hugo, elle ne sera pas à proprement parler populaire : « Mirlababi surlababo Mirliton ribon ribette Surlababi mirlababo, Mirliton ribon ribo.

Image ContenuRobert Desnos : Chantefables et Chantefleurs, ill. O. Kowalevsky, Gründ, 1945

Vous avez dit : populaire ?

Si la poésie populaire est anonyme, chaque formulette, devinette, rimaille ou chanson a son histoire. Une longue transmission orale a pétri une pâte sonore, modifiant mots et notes en chemin. C’est le règne des variantes et de leur richesse. Après les avoir entendus ici ou là, nous colportons des refrains modernes, que nous croyons populaires et anonymes alors que nous aurions pu rencontrer leurs auteurs. La chanson « Colchiques dans les prés » est signée Francine Cockenpot7 pour la musique et Jacqueline Debatte pour les paroles. À partir de 1945, cette chanson a d’abord circulé dans les mouvements scouts avant de diffuser plus largement. Plus près de nous, une comptine à gestes célèbre dans tous les lieux de la petite enfance a un auteur méconnu. « J’ai un gros nez rouge », a été enregistré par son créateur, Jean-Naty Boyer, en 1970 et personne, alors, n’aurait pu prédire l’avenir de cette chanson, reprise anonymement dans des livres et sur les sites Internet qui diffusent des formes orales de l’enfance. D’autres formulettes sont créées à partir de génériques de dessins animés (eux-mêmes souvent inspirés par des livres). « Maya, maya l’abeille », par exemple, est chantée comme support de tape-mains dans les cours de récréation.

4. Paul Éluard, Les Sentiers et les Routes de la Poésie, Gallimard, 1954.

5. Philippe Soupault, Comptines de langue française, Seghers, 1961 et 1970.

6. Évelyne Resmond-Wenz, Rimes et comptines une autre voix, Éres, 2008 p.129

7. Francine Cockenpot, Chansons d’une vie, Seuil, 1992.

retrouvez l'article complet dans le n°258 de La Revue des livres pour enfants, avril 2011 (BnF/Centre national de la littérature pour la jeunesse-La Joie par les livres)

 

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Publié le - Mis à jour le 12-12-2012

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