Au cœur de la relation entre les adultes et les jeunes enfants

S’intéresser au répertoire des formulettes, comptines et chansons adressées aux jeunes enfants c’est d’abord s’intéresser à la relation entre grands et petits. Les jeux, les refrains que nous transmettons sont au cœur de notre relation aux bébés. Nous retrouvons ce que nous avons reçu autrefois, mais aussi ce que nous avons engrangé au fil des ans. Chacun porte alors dans sa besace un répertoire plus ou moins riche qui permet de s’adresser aux plus petits dans une relation ludique. Quels que soient les vecteurs de la transmission, il en va ainsi depuis bien des générations. Parlant de son enfance au début du XXe siècle, Pierre-Jakez Helias écrivait « Quand ma sœur viendra au monde, quelques années plus tard, j’entendrai ma mère lui débiter les mêmes rimailleries et lui chanter les mêmes chansons avec quelques autres qu’elle aura apprises entre-temps1 ». En plus du bouche à oreille, les feuillets vendus par des colporteurs dans les rues et les villages, trace de l’oralité, étaient alors un moyen de faire circuler les nouvelles chansons. Aujourd’hui, alors que l’apport des livres et des supports enregistrés est indéniable dans la transmission, que « débitons »-nous à nos petits ? Quels sont les mots qui nous viennent à la bouche dans les moments d’intimité partagés avec eux ? À chacun son imaginaire, ses mots, ses notes et ses gestes. Il semble que celles qui s’imposent soient souvent les formes les plus simples, celles qui ont le plus servi (comme l’écrivait Claude Roy2), celles qui ont été polies par le temps. « La Petite bête qui monte », « Bateau sur l’eau », « À cheval gens d’armes », « Les Petites marionnettes » restent des classiques indémodables : « Ainsi font, font, font, Les petites marionnettes, Ainsi font, font, font, Trois p’tits tours et puis s’en vont »

Image ContenuÉlisabeth Ivanovsky : Les Très petits d’Élisabeth Ivanovsky : Jean de la lune, MeMo (Collection Les Trois Ourses)

Quelle merveille ! Rythme, sonorités, gestuelle, jeu sur le « coucou-caché » indispensable aux bébés : tout y est en quatre vers. Il existe des variantes. Ce sont parfois des petites hirondelles qui font, font, font. Mais la forme est stable. Une ronde se chantait sur les mêmes notes et avec le même rythme au XVe siècle : « Delà la rivière sont les trois gentes demoiselles, delà la rivière sont, font un saut et puis s’en vont ». La ronde est oubliée. Le jeu chanté de la petite enfance est toujours bien présent. Si l’on y est attentif, dès les premiers mois, les bébés attendent que nous ayons chanté l’ensemble de la ritournelle pour nous répondre en donnant de la voix, avant de nous inciter à recommencer. Car ils sont éloquents ces petits, et les bijoux sonores que nous avons à notre disposition et qui ont fait leurs preuves sont un support de relation irremplaçable.

1. Pierre-Jakez Helias, Le Cheval d’orgueil, Plon, 1975 et 2001.

2. Claude Roy, Trésor de la poésie populaire, Plon, 1997.

retrouvez l'article complet dans le n°258 de La Revue des livres pour enfants, avril 2011 (BnF/Centre national de la littérature pour la jeunesse-La Joie par les livres)

 

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Publié le - Mis à jour le 12-12-2012

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