Témoignages de déportés

Témoignages de déportés

Pendant la guerre

« On est allé faire tamponner la carte avec la mention "juif" et je me souviens très bien de l'employé disant à ma mère : "Est-ce que vous y tenez vraiment ?" Et ma mère disant : "Je ne sais pas, j'ai vu que c'était obligatoire, dans le journal, qu'il y avait une loi". Et l'homme insistant : "Mais vous le souhaitez ?" Et ma mère disant : "Mais écoutez, je ne sais pas. Je crois que c'est obligatoire". Et le bonhomme, exaspéré, mettant un tampon sur la carte de ma mère, sur celle de mon père, et disant à son voisin : "Ecoutez, ils sont indécrottables. Tant pis pour eux, ce qui leur arrive, c'est bien fait pour les Juifs". »
« Tous les patrons et petits artisans d'entreprises juives doivent placarder sur leurs vitrines des affiches jaunes portant l'inscription Judisches Geschaft, signalant ainsi à tous que le local appartient à des juifs. A partir du jour où l'inscription a recouvert notre vitrine, les clients, certains surpris, d'autres pleutres, se font plus rares. Un homme particulièrement arrogant s'est octroyé le commerce de mes parents. Pour mieux se démarquer, quelques commerçants affichent ostensiblement une pancarte tricolore avec ces mots "Maison essentiellemnt française". »
« Chaque jour, les mesures discriminantes s'alourdissent : interdiction d'exercer une profession en rapport avec le public (avocat, médecin, enseignant). »

« Nous assistons, dans notre ancienne école, quelques mois plus tôt, au départ de notre chère directrice, sommée de quitter l'école où elle habitait. Elle attendait un bébé et pleurait. Nous n'avons plus le droit d'aller au cinéma, dans les parcs, dans les musées, tous les lieux publics nous sont interdits, même les bains-douches municipaux. Au Casino de Paris est apposée l'affiche "Interdit aux chiens et aux Juifs". Seules quelques heures sont autorisées pour aller faire nos provisions, quand beaucoup de magasins sont fermés ou qu'il n'y a plus rien. Les postes de TSF nous sont confisqués, nous ne pouvons plus sortir après 8 heures du soir. Mais le plus éprouvant est l'obligation de prendre le dernier wagon du métro, afin d'être séparés des autres voyageurs. Je n'ose même plus lever la tête. Quand je monte dans ce wagon ; je colle mon visage à la vitre et m'efforce de ne regarder que la réclame qui défile sous mes yeux dans le tunnel : "Dubo... Dubon... Dubonnet" et j'ai hâte de sortir. »
Claudine

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« Avant la guerre, dans les quartiers populaires, l'antisémitisme était déjà bien développé. Les insultes et le mépris à notre adresse étaient monnaie courante, les expressions "sale juif, sale youpin, retourne dans ton pays" revenaient très souvent. Le fascisme en Allemagne et en Italie, ainsi que la guerre civile en Espagne, ne faisaient que l'amplifier. »
Lazare

 

« La maîtresse a dit : "Deux de vos camarades portent une étoile. Soyez gentilles. Rien ne doit être changé entre elles et vous". Mais immédiatement, il y eut une barrière, une mise à l'écart. Robert déserta notre maison, Janine, ma meilleure amie, avec qui j'allais au patronage, ne vint plus chez moi et je ne retournai plus chez elle. Un jour, j'entendis deux femmes discuter sur le trottoir : "Vous vous rendez compte, disait l'une d'elles, un homme qui avait l'air si bien, si correct. Il a fait un mouvement et sous sa veste, devinez ? J'ai aperçu l'étoile. Un juif ! Qui l'aurait cru, il avait l'air si correct !" Et l'autre femme hochait la tête, marquant son approbation. »
« En écoutant les deux femmes, j'ai eu conscience de ce qu'être juif comportait de sale, de dégradant, de honteux. Cette honte, je la ressentais dans la rue, quand les gens détournaient leur regard devant l'étoile qui nous marquait d'une tache ignoble et puante. L'étoile jaune humiliante. C'était donc ça être juif ? Et moi, je l'étais et j'en avais honte. J'aurais tant voulu être comme les autres, les gens bien, propres et corrects ! »
Annette Muller, La Petite Fille du Vel' d'Hiv' (éd. Encre bleue, 1999)

 

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« Il y avait une marchande de poissons, qui était vraiment comme on pouvait se la représenter : la marchande de poissons grosse, forte, avec des joues rouges, des tabliers bleus, des jupes longues. Et elle était vraiment profondément antisémite ! Nous avions des WC à mi-étage et c'était toujours 'cette juive qui avait mis quelque chose dans les WC et qui les rendait inutilisables'. Il y avait aussi une crémière qui était rue de Tourtille; dans sa crémerie, tout brillait, tout était astiqué... C'était aussi quelqu'un de profondément antisémite." "Ma mère était très propre ; on allait chercher du lait avec le broc à lait, et quand je faisais la queue, la crémière ne regardait même pas le pot et me disait : 'Moi, je ne mets pas de lait dans un pot qui n'est pas propre. Tu retournes chez toi et tu demandes à ta mère de le relaver'. Je repartais en pleurant. Ma mère ne relavait pas le pot parce qu'il était propre, mais il fallait y retourner... C'était le genre de vexation que nous subissions... »
Lola

 

« On n'avait pas de jouets et quand j'avais 5-6 ans, me revient le souvenir qu'une petite fille, une petite Française que gardait madame F. avait une jolie poupée avec une petite croix. J'ai volé la petite croix. Le soir, madame F. a dit : 'Oh, c'est même pas la peine de chercher bien loin qui a volé, la petite croix. C'est la youpine'. » Ça m'est resté... 'Hein que tu l'as volée !' J'ai dit oui. Alors j'ai reçu une gifle, une petite gifle, et puis j'ai rendu la croix. Tout le monde avait des jouets et moi, je n'avais rien. On est fait de notre enfance, de nos souffrances, de nos joies... »
Sonia

 

« On me disait : "Ne va pas au cinéma". Parce qu'à l'époque, on allait au cinéma seuls, même à 9 ans. Alors, chacun commençait à donner son opinion de ce qu'il avait entendu, de ce qu'il avait vu. "Alors, on n'a plus le droit d'aller à l'école, chouette !" Certains disaient ça. Mais non, il n'y avait pas d'interdiction d'école. Voilà comment les choses ont débuté. »
François

 

« A cause de l'étoile jaune, ma tante, esthéticienne, cours de l'Intendance, a perdu son emploi. Elle est revenue au salon pour se faire coiffer. La personne qui lui faisait son shampooing s'est exclamée : "Et puis merde, je refuse de laver la tête d'une juive !". Ma tante est sortie avec un foulard sur la tête pleine de savon. »
René

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Photo : BHVP/France Soir

« Un juif, c'est facile à reconnaître d'après Radio-Paris, les journaux collabos et les affiches, à cause du nez crochu, des grandes oreilles décollées. Nous, avec Jeannot, on a beau se regarder, il n'y a rien de tout cela, ni pour le nez ni pour les oreilles. C'est pas le cas de Carasco ou de Lopez, avec leur teint basané et leurs cheveux crépus tellement visibles qu'on dirait des Arabes.»

« Dans un premier temps, le commissariat n'a accordé qu'une étoile à notre famille : la mienne... A ce moment-là, le port de l'étoile n'était pas obligatoire pour "les Israélites d'origine hongroise" et pour les enfants de moins de 6 ans... Mais comme je ne voulais pas être la seule à porter cette marque distinctive, mon père est allé au commissariat pour demander qu'on lui donne "des suppléments d'étoiles". Le commissariat les lui a refusées et lui a conseillé de les acheter au marché noir... Donc, toute la famille a acheté des "broches" de contrebande, comme disait ma petite sœur, et nous les avons tous portées. »
Jeannette

 

 

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Photo : Mémorial de Caen

la libération

« Et puis un jour, la Libération est arrivée. Plus de soldats allemands. Plus de bombes. On a crié, dansé, pleuré. La folie. La ville s'est remplie de soldats américains et de jeunes femmes tondues, la tête serrée dans un foulard aux pointes attachées au-dessus du front. » 
Rachel

 

« On a vu arriver les soldats américains, les Yankees qui amenaient avec eux leur chewing-gum, leur corned-beef et leur be-bop. Et bien sûr qu'on a dansé. Il n'y avait pas de joie plus grande au monde que celle des juifs et des enfants. »
Gabrielle

 

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photo : k/l'Illustration

« Le jour de la libération de Lyon, Christian était assis en face de moi, en kaki, avec un brassard FFI. Je lui dis : 'Tiens, t'as changé d'uniforme !'. Parce que la veille, je l'avais vu en bleu, avec le béret et l'uniforme de milicien. Là, il était en kaki, il avait une blessure à la main et il était devenu FFI dans la nuit, je ne sais pas comment. Toujours est-il que ces gens-là ne nous ont jamais dénoncés. Alors, on est là."
Georges

 

« Les Américains sont arrivés. On a vu les Allemands qui fuyaient. Nous étions ravis, bien sûr, ils partaient sous les huées des paysans. Les Américains ont continué à avancer ; ils se sont installés dans la région ; ils ont campé dans les champs ; ils ont été reçus en libérateurs. Ça été quelque chose d'extraordinaire. C'était la liesse. Et puis, on a vu aussi des femmes qui avaient collaboré avec les Allemands se faire tondre sur la place publique, se faire huer, promenées, torse nu, dans la rue avec une croix gammée dessinée sur la poitrine. »
« Il était effrayant de voir comment les gens pouvaient faire volte-face, d'apercevoir simultanément leur bon et leur mauvais côté. Ils pouvaient être à la fois extraordinaires et monstrueux. Et nous, pendant ce temps-là, on ne voyait qu'une chose, c'est qu'on allait rentrer à Paris, reprendre notre vie normale, et retrouver nos parents. Tout ça ferait partie d'un cauchemar qu'on finirait par oublier. »
Hélène

 

« Nous avons vécu la Libération dans ce village, et c'était épique car effectivement la moitié des villageois étaient collaborateurs et l'autre moitié résistants, et il y a eu des règlements de comptes sanglants. Il y a eu immédiatement des poursuites en voiture de certaines personnes du village qui ont mitraillé celles qui étaient considérées comme collaborateurs. Et c'était quand même très dur parce que c'était des personnes que nous côtoyions journellement, et on les a vues mortes sur le bord de la route ; on a vu ce village tout petit et qui paraissait si paisible tout d'un coup devenir sanguinaire." Dans un sens, on trouvait que c'était très bien parce que ces gens avaient fait du mal, mais c'était très choquant de voir que c'était par la mort que ça se traduisait. Moi, je ne savais pas encore que ma famille était morte. Je pensais que j'allais la retrouver après la Libération, que nous allions rentrer à Paris et que tout le monde serait libéré. Donc, je me trouvais confrontée à la mort à ce moment-là et j'ai trouvé ça terrible. Un village de trois cents habitants, avec une moitié qui a tué l'autre moitié, c'était vraiment épouvantable. »
Rosette


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Photo : Keystone

« Ma mère est venue me voir très vite. Entre-temps, elle avait été soignée. Ses cheveux avaient repoussé, elle avait repris un poids normal. Elle est venue me voir mais je n'ai pas gardé un bon souvenir de sa visite, qui m'a semblé plutôt inopportune, parce que j'étais un peu gêné vis-à-vis des autres enfants d'avoir encore une mère. C'était la seule visite de mère que j'avais vue. [...] Elle s'est assise à table avec moi dans le réfectoire. Elle a mangé, j'ai mangé ; je ne me souviens pas avoir échangé des mots. Je ne me souviens d'aucun dialogue, d'aucune communication. Sauf qu'à la fin du repas, j'ai vu qu'elle ramassait toutes les miettes avec son doigt qu'elle avait préalablement humecté. J'étais très offusquée, parce que les enfants ont cette sensibilité de ne pas supporter que les parents ne se conduisent pas d'une façon tout à fait rigoureuse. Et j'ai souhaité qu'elle s'en aille, assez vite, ce qu'elle a fait d'ailleurs. Et après, je l'ai revue, bien sûr ; j'ai réappris à l'aimer, mais ça été lent. Et malheureusement, je n'y suis vraiment parvenue qu'après sa mort. J'ai pris conscience alors de ses qualités exceptionnelles, mais aussi de la difficulté que l'on peut avoir à renouer des liens soudainement interrompus. Mon père n'est jamais revenu, je ne sais pas exactement quand j'ai compris qu'il ne reviendrait pas. »
Lou

 

« Un jour, je reviens de l'école et les gens me disent : "Mado viens vite, devine qui est là ?". Et moi je dis : "C'est ma maman !". "Non, ça n'est pas ta maman, viens voir". C'était un homme maigre, rabougri, complètement... Il sortait d'un camp. C'était mon père. Et moi, j'ai eu un véritable dégoût pour cet homme. Mon père, c'était tout autre chose, c'était un homme fort. Cette blessure, je ne m'en suis jamais remise. Mon père sanglotait parce qu'il était heureux... Plus il sanglotait, plus j'étais dégoûtée... »
Larissa

 

« On a vu arriver les soldats américains, les Yankees qui amenaient avec eux leur chewing-gum, leur corned-beef et leur be-bop. Et bien sûr qu'on a dansé. Il n'y avait pas de joie plus grande au monde que celle des juifs et des enfants. »
Gabrielle

 

« Nous sommes tous les cinq totalement pétrifiés. C'est par un immense cri de désespoir que je romps ce silence. "C'est faux, vous êtes un menteur, mon papa est toujours vivant". Je me précipite sur lui pour le taper. C'est tellement injuste ce qu'il dit. Maman m'empêche de faire une bêtise, laissant le monsieur lui dire de passer à la mairie pour régulariser la situation, avant d'ouvrir la porte pour qu'il s'éloigne en vitesse. Faut qu'il s'en aille car j'ai une envie folle de le tuer, cet oiseau de mauvais augure ! Nous restons là, seuls avec notre chagrin infini. [...] Papa où es-tu à présent ? Le monsieur de la mairie nous a laissé le document officiel. Jean reprend le texte et s'étonne que le décès remonte à quatre longues années et que nous n'en ayons jamais rien su. Nous avons vécu quatre ans dans l'espoir de son retour et ce n'était qu'illusion ! »
Marcel

 

« Un jour, j'avais 13 ans, et ma mère m'a dit qu'elle allait se remarier. Je l'ai vécu comme une trahison. Ça voulait dire qu'elle ne croyait plus que mon père allait revenir. Et là aussi, j'ai fait des cauchemars. On parlait beaucoup de gens qui étaient en Russie, et je me disais que mon père allait revenir, que ma mère serait bigame... J'ai fait ce cauchemar pendant des mois et des mois. »
Micheline

 

« J'écrivais à papa. J'avais l'impression que j'avais besoin de lui écrire. Et après la guerre, je... Quand je me promenais dans la rue, je regardais tous les hommes et je me disais : "C'est peut-être mon père cet homme-là, il lui ressemble". Et quand quelqu'un lui ressemblait, que je le voyais, j'avais envie de m'approcher de lui, je pensais : "Peut-être il a perdu la mémoire, peut-être il ne se souvient pas de nous, est-ce que je ne dois pas aller vers lui ?". Je ne pouvais pas imaginer qu'il ne soit plus là, parce qu'il me manquait terriblement. Et je n'ai jamais voulu admettre qu'il était mort. Je ne l'ai fait que beaucoup plus tard, lorsque j'ai vu noir sur blanc le numéro du convoi, son immatriculation. »
Renée

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Photo : AFP

« Un dimanche matin, on sonne à la porte. J'étais encore couchée avec une de mes sours adoptives. C'était ma tante... Et j'ai entendu dire : "La mère de Luce est revenue". Alors, ma sour adoptive a commencé à danser parce qu'elle était contente pour moi. J'ai commencé à pleurer parce que je voyais tout mon avenir s'écrouler ; je devais quitter ma famille adoptive. Ils pensaient que ma mère était revenue, que c'était bien pour moi, mais ils n'ont pas pensé que j'allais les quitter aussi. Le même jour, nous sommes allées chez une autre tante. Ma mère était là et je me suis dit : "C'est qui ?". Et ma mère a pleuré. Je pensais : "Elle est émue, ça doit être elle". Et j'ai été obligée de l'embrasser, alors que je ne la reconnaissais plus. Ensuite, ma mère est allée dans ma famille adoptive pendant deux semaines. Je l'observais. Elle n'avait pas mangé pendant des années ; elle ne se conduisait pas comme tout le monde. Elle mangeait comme quelqu'un qui a toujours faim. Elle se jetait sur son assiette. Tout le monde la regardait... »
Louise

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ORT France

« C'est dans ce pensionnat que je revois mon père pour la première fois. Il est rentré de déportation depuis de longs mois, sur une civière, ne pesant que 40 kg. Des retrouvailles dans un parloir noir, nous étions empruntées, ne sachant que dire. Nous apprenons ce que nous pressentions, Maman n'est pas revenue, partie on ne sait où, en fumée dans l'azur, et peu à peu, mon père se met à raconter : Paris, Vel' d'Hiv', Drancy, le train, le convoi, la chambre à gaz, les fours crématoires, la fumée âcre... A partir de ce jour, après cette descente aux enfers, j'ai tout fait pour ne plus l'écouter. Pourtant, il avait besoin de parler. Mais ciel ! Je ne pouvais devenir sa mère, moi qui en manquais. La sélection, la sélection surtout le hantait. Debout, dès le petit matin, des heures durant, par tout les temps, sans vêtements, sans manger, on en tuait tous les jours je ne sais combien, on lâchait les chiens. Et les tentatives d'évasion, pendu trois fois, les expérimentations, le typhus, la stérilisation... Arrête mon père, je veux vivre, je ne veux rien avoir à faire avec ça. Ou je t'écoute et sombre encore une fois, ou je regarde le ciel et tente de vivre ; je pars loin, loin, dans les galaxies où, je l'espère, personne ne me retrouvera. Oh que les corps sont lourds, que la pesanteur nous écrase ! Le rêve éveillé, il n'y a que ça. Partir loin, là-bas, dans la galaxie d'Andromède, il y aura bien, au centre, un trou noir où tout est inversé... C'est peut-être le paradis, les humains ne sont plus fous, ils s'aiment, tout est fleuri ; les luths, les harpes chantent et accompagnent ma voix. Je ne fais plus de couacs. Une berceuse endort les enfants. »
Simone

Contenus extraits de l'ouvrage Paroles d'étoiles : L'album des enfants cachés (1939-1945), Jean-Pierre Guéno, Jérôme Pecnard. Ed. Librio
Publié le - Mis à jour le 17-01-2019

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