Le terrorisme au journal télé

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Le terrorisme au journal télévisé, ça fait 70 ans que ça dure ! Quelles que soient les époques, les chaînes, les plateaux, les présentatrices et les présentateurs, au JT, on a toujours dû témoigner de l’horreur des attentats.

Quand une attaque terroriste frappe, le journal télé suit un bien triste rituel. Après avoir rendu compte de l’attentat, il essaie rapidement d’en comprendre les implications. Il relaie les réactions politiques et populaires avant de témoigner du relatif retour à la normale d’une société bouleversée. Une séquence médiatique devenue malheureusement récurrente au fil des décennies, même si les causes du terrorisme en France ont profondément changé.

Dans les années 1950 et 1960, tous les acteurs du conflit algérien commettent de très nombreux attentats, qui feront en métropole près de 4 000 victimes civiles. La terreur est renforcée par un langage officiel très dur, que le JT reprend à son compte. Même après l’indépendance algérienne, les nostalgiques du passé colonial choisissent encore la violence, jusqu’au fameux attentat raté contre la voiture du général de Gaulle au Petit-Clamart.

un terrorisme régional et politique

Le souvenir du conflit algérien finira par s’estomper, mais pas les violences. La France va connaître, jusqu’à la fin des années 1980, ses années de plomb. Les groupes d’extrême droite visent les institutions étrangères et juives. Le terrorisme d’extrême gauche s’en prend, quant à lui, à des cibles diverses, allant du patron de Renault à de simples civils, comme lors de l’attaque du Drugstore Publicis.

A partir des années 1970 se développe également le terrorisme régional en Bretagne, dans le Pays basque, mais surtout en Corse, qui connaît certaines années plusieurs centaines d’attentats. En 1975, le FLNC signale sa naissance par une « nuit bleue », une série d’attaques coordonnées qui attire forcément l’attention du JT.

ATTENTATS : LA course au scoop

La très haute fréquence de ces attaques fait du terrorisme sous toutes ses formes un sujet incontournable du JT. Et cela jusque dans les années 1990, où quelque chose évolue drastiquement. Lors de la prise d’otage d’un avion Air France par des terroristes islamistes, il existe désormais une chaîne d’information en continu, LCI. Elle obtient un scoop mémorable en diffusant en direct l’assaut du GIGN sur l’avion. Des images qui seront ensuite reprises dans tous les JT des chaînes traditionnelles. Cette prime au direct va devenir la norme, mais bien des années plus tard. Car, de 1997 à 2011, le terrorisme fera en France moins d'une victime par an. Pendant cette période, le vrai choc viendra d’ailleurs, le 11 septembre 2001. Proche de la culture américaine, les Français ressentent avec force la déflagration de ces images ahurissantes, désormais gravées dans notre inconscient populaire.

En France, ce ne sera qu’en 2012 que les chaînes vont tenir de longues éditions spéciales suites aux attaques d’un jeune terroriste contre des militaires et une école juive. En attendant l’assaut des forces de l’ordre, les JT meublent. Les experts occupent les temps morts, les témoignages s’enchaînent. Les journalistes sur place rendent compte du moindre détail, préférant l’emploi du conditionnel à la vérification systématique des informations. Les éditions spéciales jouent sur un sentiment d’urgence, mais les images sont souvent lentes et répétitives.

DEs images SUFFISAMMENT FILTRées ?

A vouloir nourrir l’antenne avec d’autres images que le sinistre ballet des ambulances, les rédactions s’emballent, oubliant régulièrement de prendre du recul sur les images et les informations qu’elles diffusent. Pendant l’attaque de l’Hypercacher en 2015, un journaliste dévoile en direct que des otages se cachent dans une chambre froide. Par chance, le terroriste n’aura jamais vent de l’information. A Nice, le 14 juillet 2016, un camion fonce dans la foule et fait 86 victimes et des centaines de blessés. Les équipes du JT seront lourdement critiquées pour avoir osé interroger des victimes en état de choc, aux côtés des cadavres de leurs proches.

De tout temps, les images choquantes ont trouvé leur place au JT, faisant de lui l’instrument involontaire des organisations qui cherchent à semer la terreur. Alors le JT doit, régulièrement, faire son introspection. Faut-il donner les noms et visages des terroristes au risque de les glorifier ? Faut-il montrer les vidéos d’endoctrinement djihadistes ? Est-il légitime de davantage parler des victimes françaises, européennes et américaines que celles du reste du monde, que l’on mentionne à peine alors qu’elles sont des centaines de fois plus nombreuses ? Ces questionnements sont fondamentaux car le traumatisme causé par le terrorisme, ses images et ses instrumentalisations politiques est considérable. Surtout depuis les évènements de la terrible année 2015.

échapper à l'instrumentalisation 

Le 7 janvier, les images amateurs de l’attaque contre le journal « Charlie Hebdo » et contre des policiers provoquent un émoi sans précédent. Une séquence médiatique qui s’achève deux jours plus tard avec une double prise d’otage par les terroristes en cavale. Mais, davantage que l’effroi de l’attentat, c’est peut-être l’élan populaire qui restera l’image marquante de ces terribles journées. Quatre millions de Français descendent dans la rue pour dire leur refus de plier face aux attaques. Le JT relaie les beaux gestes et les paroles d’espoir. Une solidarité dans l’adversité que l’on ne retrouvera malheureusement pas lors des attaques du 13 Novembre, plus tard la même année. Séquence sans précédent, alors que les attentats sont encore en cours, le président François Hollande apparaît en direct pour rassurer les Français.

Les spectateurs du Bataclan en fuite. Les terrasses de café prises pour cible. Le bruit d’une bombe pendant un match de foot au Stade de France. Face à ces horribles images, comment ne pas sombrer dans la rhétorique de l’horreur et de la peur ? Dans une société où la peur est devenue une arme, la place du JT et de son traitement des attentats doit sans cesse être interrogée. Comment raconter sans dramatiser ? Comment montrer sans traumatiser ? Comment alerter sans être instrumentalisé ? Et comment continuer… sans jamais oublier ?

 

JT'm, ce sont 11 épisodes de 5 minutes sur la façon dont le JT a, depuis 70 ans, traité les grands sujets de scoiété.

 

Réalisateur : Benjamin Hoguet

Producteur : France Télévisions, INA

Auteur : Benjamin Hoguet

Production : 2019

Publié le - Mis à jour le 08-07-2019

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