Le coup d'arrêt à la politique d'immigration

Le choc pétrolier de 1974 met un coup d'arrêt à l'immigration économique. Dans ce contexte de crise, les réflexes de protection réapparaissent. Les mesures de restriction du gouvernement français consistent à suspendre totalement les entrées de travailleurs étrangers permanents.

Entre 1975 et 1982, le nombre d'immigrés ne s'accroît plus que de 7 %, contre 31 % entre 1968 et 1975. La réglementation reste malgré tout libérale sur le séjour en France des membres de la famille immédiate du travailleur étranger en situation régulière. La France veut fixer ses travailleurs étrangers et favoriser leur intégration en faisant venir leur famille. Désormais, on justifiera la fermeture des frontières par la volonté de mieux intégrer les travailleurs immigrés. En 1981-1982, 130 000 personnes seront régularisées. Le mythe du retour au pays touche à sa fin : l'immigration de main-d'œuvre se transforme en immigration de peuplement.

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Dans le même temps, les demandes d'asile s'envolent, émanant notamment de réfugiés du sud-est asiatique connus sous le nom de boat people. Dans ce contexte, la part des ressortissants d'origine européenne est en baisse constante. La composition de l'immigration non européenne a connu elle-même une évolution importante. Essentiellement maghrébine (60 % des Algériens en France sont arrivés entre 1962 et 1975) elle s'est depuis diversifiée en s'ouvrant à l'Afrique subsaharienne, en particulier.

En 1999, dans son rapport sur l'évolution de l'immigration sur dix ans, l'Insee répartit la population immigrée en trois catégories :

  1. Les immigrés originaires de l'UE représentés par 1,6 million d'individus, soit une baisse de 10 % sur dix ans. On peut leur ajouter 400 000 autres immigrants originaires des pays européens hors UE ;
  2. Les Maghrébins au nombre d' 1,3 million, soit une hausse de 6 % au cours des dix dernières années, essentiellement due aux arrivées marocaines ;
  3. Les immigrés venant du reste du monde au nombre d' 1,1 million, soit 20 % de plus en dix ans.

La politisation du dossier de l'immigration

Le vrai changement consiste en un retournement de la principale raison des mouvements migratoires : l'initiative n'appartient plus aux employeurs, mais aux candidats à l'immigration eux-mêmes. Une nouvelle notion s'ajoute alors à celles de regroupement familial et de demande d'asile : l'immigration clandestine. La « forteresse France » a déjà cherché à se prémunir des immigrants en situation irrégulière dans le passé. La loi du 9 septembre 1986 instaure l'obligation du visa pour les étrangers hors CEE et la loi du 24 août 1993 restreint les possibilités d'accès à la carte de séjour. La loi du 26 novembre 2003 (relative à la maîtrise de l'immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité) vise essentiellement, quant à elle, à réduire l'immigration clandestine. Avec l'envolée des chiffres du chômage, le débat sur l'immigration clandestine s'est fortement politisé. 25 % des ressortissants des pays situés hors de la communauté européenne sont sans emploi. Chez les jeunes appartenant à ce dernier groupe, le taux monte à 36 %. L'inactivité frappant davantage les immigrés, les inégalités entre les « nationaux » et les étrangers accroît la  fracture sociale. La pauvreté se concentre dans des zones géographiques spécifiques. Le dossier de l'immigration glisse, en vingt ans, du champ social au champ politique : la loi du 24 juillet 2006, intitulée « loi relative à l'immigration et à l'intégration », a pour objectif de maîtriser à la fois quantitativement et qualitativement les flux migratoires et de passer « d'une immigration subie à une immigration choisie ».

Le nombre de premiers titres de séjours délivrés se stabilise : passé de 118 750 à 159 000 de 1997 à 2002, il culminait en 2004 à 167 570. En 2005, ce dernier est en légère régression avec 164 234 titres enregistrés. Aujourd'hui, les immigrants qui ont accès au territoire national appartiennent à cinq catégories bien distinctes :

  1. Les immigrants régulièrement autorisés à résider en France avec leur famille.
  2. Les familles d'étrangers déjà installées en France, autorisées à les rejoindre en application des principes du regroupement familial.
  3. Les conjoints étrangers de ressortissants français autorisés à les rejoindre. Il s'agit principalement d'unions d'enfants d'immigrés nés en France et de citoyens du pays d'origine.
  4. Les réfugiés, c'est-à-dire les étrangers dont la demande d'asile a connu une issue favorable.
  5. Les clandestins qui étaient déjà sur le territoire national et dont la situation a été régularisée.
Publié le - Mis à jour le 17-05-2018

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