La dégradation progressive de l'image des immigrés

Les années 1980 ont vu l'immigration maghrébine s'imposer comme un thème d'actualité. Jusqu'alors, les médias ne s'étaient jamais fait l'écho des conditions de vie pour le moins difficiles des immigrés.

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L'installation dans le paysage urbain et social de ces derniers a progressivement fait naître un intérêt particulier pour les banlieues puis, pour ce que l'on a appelé les « quartiers » et pour les problématiques liées aux HLM. Plus tard, cette nouvelle visibilité se traduit par la participation de cette frange de la population à différents événements fortement médiatisés, comme les Marches des Beurs, les concerts de SOS-Racisme, la réforme du code de nationalité, l'affaire Rushdie, l'affaire du tchador, les émeutes de Vaulx-en-Velin et les incidents de banlieue qui ont émaillé le début des années 1990. Les analyses de presse de l'époque montrent ainsi, qu'au cours des années 1980, le volume rédactionnel traitant de l'immigration dans la presse écrite française augmente. Dans les journaux, les sujets d'immigration passent des pages intérieures à la Une des grands quotidiens, des rubriques « faits-divers » et « social » aux rubriques « société » et « politique ». Ils font la couverture de nombreux magazines et donnent lieu à la réalisation de dossiers et de numéros spéciaux. La télévision relaye largement les sujets sur l'immigration, autant dans les journaux d'actualités que dans les émissions de type « magazines ». La modification des approches journalistiques va de pair avec un glissement du champ sémantique des qualifications désignant les différentes parties des populations immigrées ou issues de l'immigration. Progressivement, experts et historiens constatent que l'on assimile fréquemment l'expression « travailleurs immigrés » au terme de « beurs », le terme « clandestins » à celui de « sans-papiers ». Plus récemment, les événements relatifs au port du voile dans les écoles publiques et le terrorisme islamique ont également contribué, dans l'opinion publique, à la création d'un amalgame entre les termes « immigrés » et « musulmans ».

 

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Une étude de référence (Patrick Weil, La France et ses étrangers, éd. Calmann-Lévy, 1991) avait déjà souligné un changement dans la perception de l'immigration maghrébine et notamment algérienne. Ce changement s'est peu à peu imposé auprès du grand public à mesure que les images télévisuelles mettaient l'accent sur la concentration résidentielle des familles immigrées et sur certains quartiers périphériques des grandes villes. « Sous de nouvelles formes (...), écrivent Alain Battegay et Ahmed Boubeker, les immigrés et les générations issues de l'immigration sont devenus visibles aux regards des citadins : par voisinage dans les quartiers d'habitat social et les banlieues, par co-présence dans les rues des villes, les transports en commun, les centres commerciaux, dans le cadre de leurs activités professionnelles, notamment dans les secteurs de l'action éducative ». (Les Images publiques de l'immigration, éd. l'Harmattan-Ciemi, 1993.) Peu à peu, la confusion s'est installée entre les problèmes sociaux de la jeunesse française issue de ces quartiers et la notion d'immigration d'une manière générale. Cette confusion a été récemment mise en lumière par le Centre de Liaison de l'Enseignement et des Médias d'Information (CLEMI), dans une étude sur la perception des enfants de l'immigration dans les médias télévisés. À partir d'une analyse des images diffusées entre 2005 et 2006, les auteurs ont pu identifier l'amalgame qui est fait entre « immigrés », « beurs », « jeunes de banlieue » et « jeunesse musulmane », désormais perçus indifféremment par le grand public.

 

Retrouvez des extraits d'un débat sur les médias et l’immigration, organisé par Curiosphere.tv et le CLEMI et animé, le 23 mars 2011, par Audrey Pulvar à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration.

Publié le - Mis à jour le 17-05-2018

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