Fin du système communiste : témoignages

Ils sont nés dans l'un des pays du bloc de l'Est. Ils nous racontent les souvenirs de leur enfance et de leur jeunesse au sein de l'Union soviétique et ce que l'ouverture à l'Ouest a changé dans leur vie.  

« On a pu découvrir et surtout lire plein de livres. »

« J'avais 9 ans à la chute du mur de Berlin. Je me souviens des jours où ma mère redoublait d'efforts pour nous trouver des bananes ou de bons gâteaux pour fêter nos anniversaires. A cette époque, il était très difficile, par exemple, de trouver du bon chocolat... Avec l’ouverture du mur, on a pu découvrir et surtout lire plein de livres. Avant, on avait toujours les mêmes histoires, un peu monotones, un peu patriotiques. On savait que la grande littérature existait, mais ailleurs ! Pour moi, l'Ouest, c'était un peu exotique, puisque nous n'avions pas vraiment le droit au voyage, sauf dans les autres démocraties populaires. Mais je ne savais pas que nous étions contraints de rester à l'Est. Sans être dans une famille politisée, je me rappelle du grand soulagement de mes parents en novembre 89, de leur envie de rencontrer, de discuter avec "ceux de l'Ouest"... et puis aussi de l'empressement de ma sœur à vouloir s'acheter des jeans !
Aujourd'hui, pour moi, la réunification de l'Allemagne a été une ouverture nécessaire mais aussi une petite désillusion, parce que la vie est dure, partout, et qu'il n'y a pas un monde enchanté, là, de l'autre côté... »

Nicole, 29 ans, étudiante allemande, vit à Berlin-Est.

« Il y avait une vraie entraide entre "pays frères". »

« Chez nous aussi, se nourrir, s’habiller... C’était compliqué. On avait des tickets de rationnement et on ne se permettait que très rarement une petite fantaisie. Je me souviens très bien de ma première BD en couleur qui venait de l’Ouest, une sorte d’imitation de Disney, et de l’effet qu’elle a eu sur toute la famille ! A l’école, on apprenait le russe bien sûr. Les journées en classe étaient parfois glaciales, la discipline extrêmement rigide, mais ça ne nous empêchait pas de chanter en cœur les grands hymnes soviétiques ! On défilait consciencieusement, habillés dans de pseudo tenues militaires plusieurs fois par an. Et du jour au lendemain, plus rien... En Mongolie, nous étions loin et isolés. C'est d'ailleurs pour cela sans doute que, pour nous, le basculement n'a eu lieu qu'en 1990. Il n'y a pas eu de transition : notre économie était féodale, elle est devenue subitement capitaliste. Alors que quelques semaines avant, c'était interdit, immoral. De la période communiste, je me souviens tout de même du puissant dispositif d'échanges d'étudiants, de voyages d'apprentissage à Berlin, Varsovie ou Prague. On allait faire des études médicales à Cuba, on recevait de jeunes ingénieurs du Laos, du Cambodge ou du Vietnam. Il y avait une vraie entraide entre "pays frères"... Une sorte d'Erasmus dans un pays où la télévision – unique –, le cinéma et les journaux étaient totalement contrôlés ! »

Udval, 36 ans, née en Mongolie, vit et travaille en France.

« Le mouvement libertaire a commencé avant la fin du communisme. »

« En Pologne, le changement a été plus précoce et plus doux aussi. Finalement, je ne me représente plus vraiment le bloc soviétique. Je n'ai pas l'impression d'avoir été soviétisée. Je n'y pense même plus. C’est peut être de l’autocensure… Je ne sais pas. Le mouvement libertaire a commencé avant la fin du communisme, à partir du moment où on a commencé à le combattre. Finalement, c'est pour ça qu'on se souvient davantage des différences matérielles entre l'Est et l'Ouest. »

Agnieska, 39 ans, Polonaise, vit en Allemagne.

« Nous acceptions des choses inadmissibles parce qu’on n’avait pas le choix. »

« La vie quotidienne était très dure. Mais les Russes sont résistants ! Nous acceptions des choses inadmissibles parce qu’on n’avait pas le choix. Mes parents fêtaient l’anniversaire de Lénine, mais je n’ai jamais su s’ils y croyaient ou s’ils le faisaient pour ne pas être dénoncés par des voisins. Autre histoire dingue : officiellement, on devait faire du sport et faire attention à l’hygiène de vie, tout le temps. Les Jeux olympiques étaient une fierté nationale. Par exemple, on allait souvent à la piscine, parce qu’il y avait de l’eau propre et un peu chaude. On en profitait pour se laver ! Mais en réalité, tout dépendait du bon vouloir des fonctionnaires ou des membres du Parti. Pour faire une course de vélo, on me prêtait un vélo, puis on me le reprenait… Et on crevait les pneus ou on l’abîmait un peu. Comme ça, officiellement, il allait être "réparé" ! A la chute du mur, il était difficile de résister à la tentation... Toute ma génération est partie travailler à l'Ouest. Il n'y avait pas le choix. Aujourd'hui, les jeunes restent et investissent en Russie. Ce qui m'a le plus troublé en arrivant, c'est que je croyais faire partie d'une "génération sacrifiée" et, finalement, les jeunes en Allemagne et en France, eux aussi, disaient être une génération sacrifiée... Je crois que mes parents avaient un immense espoir en un avenir meilleur, qu'ils voyaient l'histoire comme un long, très long chemin. Alors que maintenant tout le monde vit au jour le jour. En définitive, j'ai arrêté de faire des comparaisons parce que je n'aboutissais à aucune conclusion... »

Dimitri, 49 ans, Russe, vit à Paris.

Publié le - Mis à jour le 04-10-2019

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