Les procès de Nuremberg

Devant l’énormité des crimes, la justice tente de comprendre le mécanisme du génocide.

« des exécutions très cruelles pas seulement pour les victimes »
extrait du septième volet de jusqu’au dernier. la destruction des juifs d’europe de William Karel et Blanche Finger (Zadig Productions).


Les Alliés ont décidé très tôt de juger les criminels nazis : la déclaration de Moscou (30 octobre 1943) dispose qu’ils passeront devant la justice dans les pays où ils ont commis leurs crimes, tandis que les hauts responsables (accords de Londres, août 1945) comparaîtront devant un tribunal international, à Nuremberg, ville symbole du nazisme.

Le procès principal se  tient de novembre 1945 à octobre 1946, pour quinze accusés, dont Göring – plus haut responsable du IIIe Reich encore vivant –, les deux chefs de l’armée – Keitel et Jodl – ainsi que d’anciens ministres et responsables régionaux.

De 1946 à 1949 se tiennent ensuite douze autres procès, contre des médecins, des juristes, de hauts responsables de la police et de la SS, des industriels, des hauts gradés de l’armée. Durant ces procès, la Shoah est certes abordée, mais reste mal connue et confondue avec les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. sa spécificité, comme génocide, n’apparaît pas clairement aux juges, peu aidés par des accusés qui se gardent de trop en parler. par exemple, le rôle d’un fonctionnaire aussi important qu’eichmann reste mal connu. À cela, une raison matérielle simple : dans une europe ravagée, les enquêteurs ne sont pas parvenus à rassembler suffisamment de preuves, d’autant plus que les nazis ont détruit tout ce qu’ils pouvaient : le protocole de la conférence de Wannsee, qui existait en trente exemplaires, demeure inconnu jusqu’en 1947.

Dans les années 1950, l’État d’Israël ainsi que des particuliers devenus chasseurs de nazis tentent de combler cette lacune. La RFA organise des procès contre des acteurs de la Shoah dans les années 1960 et crée un parquet spécial pour les crimes du nazisme, à Ludwigsburg.

Le moment le plus important reste, en Israël, le procès d’Eichmann. Responsable de la « question juive », ce SS a plongé dans la clandestinité en 1945. Il parvient à fuir, grâce à un réseau bien organisé, en Argentine, où le Mossad le capture en 1960. Son procès se déroule à Jérusalem en 1961 : les audiences sont télévisées et retransmises dans le monde entier, ce qui fait du procès Eichmann un événement planétaire. Le grand public en apprend bien plus sur la Shoah qu’auparavant : l’obsession antisémite et l’ampleur des crimes nazis sont désormais bien mieux connues.
 

Image Contenu

Document de la police israélienne : empreintes digitales, empreintes de mains et photographies signalétiques du criminel de guerre nazi Adolf Eichmann.
Jusqu’au dernier. La Destruction des juifs d’Europe. Crédit Photo : © David Silverman / Getty Images.

L’auteur

Image Contenu

Johann Chapoutot, historien

Professeur à la Sorbonne, Johann Chapoutot est un grand spécialiste de l'idéologie nazie.

Extrait du no 818 du magazine Historia.

 

En partenariat avec Historiahistoria







Le passé éclaire le présent.

Publié le - Mis à jour le 15-02-2016

Recommandations

Je t’accompagne dans
tes révisions du bac