In memoriam

Livres d’histoire, documentaires et fictions redonnent une place à toutes les victimes.


Parce que le crime fut caché, parce que la mauvaise conscience des Alliés et des populations européennes était grande, parce que les survivants ne voulaient pas raviver leurs traumatismes en en parlant, la mémoire de la Shoah a mis du temps à gagner droit de cité. En France, le début des années 1970 en marque la naissance, avec le film de Marcel Ophüls, Le Chagrin et la Pitié, le livre de Robert Paxton (La France de Vichy, traduit en 1973), ainsi qu’avec les premières actions judiciaires visant des collaborateurs impliqués dans la Shoah, comme Paul Touvier. Le grand public est sensibilisé à la question par la série télévisée américaine Holocauste (1978). Ce feuilleton évoque l’histoire d’une famille juive fictive de Berlin, de 1935 à 1945. Fortement incarnée, mélodramatique et souvent imprécise, cette série a touché un large public et a eu le mérite de provoquer des débats sur l’histoire du nazisme et de ses victimes juives.

En 1993, c’est La Liste de Schindler, de Steven Spielberg, qui, en connaissant un succès mondial, insiste à nouveau sur la spécificité de la Shoah. Cette fois-ci, le film est inspiré de l’histoire vraie d’un industriel allemand, ambitieux et sans scrupule, Oskar Schindler, qui profite de la main-d’œuvre concentrationnaire mise à sa disposition par la SS en Pologne pour produire des ustensiles à l’usage de la Wehrmacht. Peu à peu, le personnage évolue : à travers ses yeux, le spectateur découvre la violence des nazis, notamment au moment où la SS vide le ghetto de Cracovie. Dès lors, l’homme d’affaires médiocre devient un Juste en tentant de sauver le plus grand nombre de ses employés et ouvriers. Le film se termine par l’hommage des rescapés sur sa tombe, à Yad Vashem. La qualité de ce film émeut considérablement et contribue à relancer les débats autour de la Shoah. En France, par exemple, les poursuites contre Maurice Papon reprennent après l’assassinat de René Bousquet (1993), et les débats abondent sur le passé vichyste du président de la République, François Mitterrand (1994).

Mais le film le plus important consacré à l’assassinat des Juifs d’Europe demeure Shoah (1985), le documentaire de Claude Lanzmann. Ce monument de neuf heures et demie est composé d’interviews, de longs plans sur les lieux d’assassinats et sur les trajets qui y conduisent. Le grand mérite de Lanzmann est, entre autres, d’avoir insisté sur des sites comme Sobibor et Treblinka, car la mémoire commune retenait surtout Auschwitz.

Une connaissance plus approfondie de la Shoah est désormais possible grâce aux nombreux travaux des historiens qui, après 1990, ont eu accès aux archives qui se trouvaient dans les pays de l’Est, notamment en URSS. Ce n’est plus le seul destin des Juifs de l’Ouest qui a ainsi été mis en lumière, mais celui de tous les Juifs d’Europe : la meilleure connaissance des pratiques criminelles nazies à l’Est a ainsi permis de brosser un tableau d’ensemble de la politique nazie et de restituer à la Solution finale son caractère central dans les projets du IIIe Reich.

Publié le - Mis à jour le 04-03-2019

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