L'égalité filles garçons, une priorité pour l'école républicaine

Les programmes de l’école républicaine affirment clairement la nécessité de lutter à tous les niveaux contre les discriminations et les préjugés sexistes. 

Au delà de la transmission des connaissances disciplinaires, l'école républicaine est le lieu d'appropriation des idéaux des Lumières. L'égalité entre les Hommes et entre les sexes est une de ses missions fondamentales :

"C'est à l'école, et dès le plus jeune âge, que s'apprend l'égalité entre les sexes. L'apprentissage de l'égalité entre les garçons et les filles est une condition nécessaire pour que, progressivement, les stéréotypes s'estompent et d'autres modèles de comportement se construisent. Basée sur le respect de l'autre sexe, cette éducation à l'égalité implique aussi la prévention des comportements et violences sexistes."1

Le socle commun de connaissances et de compétences identifie précisément " le respect de l'autre sexe et le refus des stéréotypes parmi les compétences sociales et civiques que tout élève doit acquérir."2

Les séances de réflexion sur l'égalité Hommes/femmes peuvent s'organiser dans un travail interdisciplinaire mêlant l'histoire, la littérature, les sciences, l'instruction civique et bien sûr la philosophie.

"On ne nait pas femme, on le devient" (Simone de Beauvoir)

Par cette célèbre phrase, Simone de Beauvoir et tout le mouvement féministe affirment que les caractéristiques du masculin et du féminin sont d'abord des constructions culturelles et sociales. 

Le mouvement féministe tout au long du  XXe siècle va affirmer que notre identité sexuelle - féminine ou masculine - est avant tout une construction sociale. Les rôles que les femmes doivent assumer dans la société leur sont imposés non par une nécessité biologique (la "nature féminine") mais par un système complexe de contraintes éducatives, législatives, sociales, culturelles, économiques. Nos caractéristiques dites "féminines" (sensibilité, souci de l'autre, de l'apparence physique, etc.) ou "masculines" (force, raison, etc.) ne nous sont pas données à la naissance - elles se sont pas innées - mais se développent par l'éducation familiale et sociale (les jeux que nous donnent nos parents, les modèles médiatiques, etc.). Elles sont donc essentiellement acquises et relèvent ainsi plus de la culture que de lanature.

Le concept même de "nature féminine" est très sévèrement remis en cause à la fin du XXe siècle avec les écrits de Simone de Beauvoir ou les analyses d’ElisabethBadinter ou de Pierre Bourdieu sur la déconstruction de la notion "d’instinct maternel" et l'explication des processus de la "domination masculine".

Etre un garçon ou une fille, c’est donc avant tout apprendre à se comporter de certaines façons, à se conformer à certaines normes socialement déterminées. Françoise Héritier écrit dans Masculin-Féminin :la pensée de la différence :"Les catégories de genre, les représentations de la personne sexuée, la répartition des tâches, telles que nous les connaissons dans les sociétés occidentales ne sont pas des phénomènes à valeur universelle générées par une nature biologique commune, mais bien des constructions culturelles".

C’est pourtant bien au nom des "lois de la nature" que les femmes ont été assignées à l’infériorité tout au long de l'histoire. Depuis le XVIIIe siècle, les femmes ont été exclues de l’universalisme (de la citoyenneté, du droit de vote, de l’éducation), leur soumission étant inscrite dans l’affirmation d’une "nature" radicalement différente, vouée à la maternité et inapte à faire preuve d’une intelligence et d'une rationalité "d’essence masculine".

Philosophiquement, c'est donc bien l'opposition Nature/Culture et la construction des stéréotypes de genre qui sont à interroger avec les élèves.

Un exemple de stéréotype de genre dans PBLV : les mères sont envahissantes

Des préjugés tenaces dans le monde d'aujourd'hui

Malgré des avancés considérables ces dernières décennies, les préjugés restent tenaces dans le monde d'aujourd'hui.

Droit de vote, indépendance financière, contraception, avortement, les droits des femmes ont connu des avancés historiques dans la seconde partie du XX siècle. Pourtant les stéréotypes et les inégalités persistent toujours.

De nombreux philosophes et sociologues continuent de dénoncer la façon dont les stéréotypes de genre se développent dans notre société. Le sociologue Pierre Bourdieu par exemple explique cette perpétuation par la notion d'"Habitus". Les habitus sont les gestes, les attitudes, les manières d’être que l’on a acquis et incorporé au point d’en oublier l’existence, mais qui sont à la source de nos comportements, de nos pensées, de notre identité. Ce sont des routines mentales, devenues inconscientes ou imperceptibles (comme la respiration), qui nous permettent de penser le monde et d’y agir. Un milieu social aura ses propres habitus (le monde enseignant, les ouvriers, les aristocrates ont  des modes spécifiques d'appréhender le monde et d'y agir).

Les hommes et les femmes possèdent aussi des habitus différents : nous sommes «conditionnés » (par la famille, l’école, la société, les médias, etc.) pour répondre à une certaine définition du masculin et du féminin : les hommes sont sensés être forts, courageux, indépendants et les femmes sensibles, coquettes, dépendantes, maternelles. C’est ainsi tout un processus de "naturalisation du culturel". Ce que nous appelons, et surtout à l’école, des "dons", des "talents" ne sont en fait que des aptitudes sociales acquises.

Un autre exemple de stéréotype de genre dans PBLV : les garçons sont sales

 Pour se rendre compte de la persistance de ces préjugés, il suffit de consulter un catalogue de jouets pour les jeunes enfants : les pages roses renvoient les filles à l'intérieur, à l'apparence et à la sensibilité (appareils ménagers miniatures, trousses de coiffure et de maquillage, déguisement de princesses) et les garçons à l'extérieur, à la force et à la rationalité (jeux de transports - voitures, trains, avions- accessoires de guerre, de bricolage, de petits scientifiques).

Les contenus des magazines "féminins" renvoient aussi à ces stéréotypes : la femme s'intéresse essentiellement à l’apparence, à la futilité, à l’irrationalité, à la maison mais jamais à la chose politique, à l’économie, à la réflexion, à la culture, etc. Au final, c'est toute la société, de façon plus ou moins perceptible, qui contribue à la construction des stéréotypes de genre et aux inégalités.

Nous parlons beaucoup des filles, victimes des préjugés et des inégalités, mais les garçons subissent aussi ces normes. Le film Billy Eliott, par exemple, met en scène un jeune garçon qui doit se battre contre les conventions de la société et les idées reçues de son entourage pour s'adonner à sa passion pour la danse classique. 

Publié le - Mis à jour le 05-03-2019

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