La mondialisation, créatrice d'inégalités ?

Decod'éco - Saison 1

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Moins d’inégalités entre pays… mais plus d’inégalités à l’intérieur des pays

La mondialisation récente a-t-elle augmenté les inégalités entre pays, fabriquant des pays riches et des pays pauvres ? A priori, il y a de bonnes raisons d’en douter. 
Alors que les écarts de revenus entre pays riches et pays pauvres augmentaient sans interruption depuis le début de la révolution industrielle jusqu’aux années 70 , ils diminuent depuis ; ce rattrapage s’est même accéléré depuis 1988, date à partir de laquelle la mondialisation s’est étendue avec la chute du mur de Berlin. Depuis cette période, des pays très pauvres et très peuplés, comme la Chine, l’Inde, et autres pays d’Asie du Sud-Est, ont vu leur revenu croître très rapidement . Le nombre de pauvres et la proportion de pauvres dans le monde, ont chuté .
Le problème, c’est qu’en même temps, les inégalités se sont accrues à l’intérieur des pays : la part du revenu national capté par les plus riches, a augmenté , que ce soit dans les pays émergents ou dans les pays riches. 

L’économiste serbo-américain Branko Milanovic , spécialiste des inégalités et auteur d'un livre récent sur le sujet "global inequality",a résumé ces effets de la mondialisation sur les inégalités avec un graphique devenu célèbre, appelé graphique de l’éléphant. 

On lit sur ce graphique les gains de revenus entre 1988 et 2008 de la population mondiale, classée des plus pauvres aux plus riches du monde. On y voit par exemple que le revenu des 10% les plus pauvres au niveau mondial a augmenté en moyenne de 40% pour cette période . Il en ressort trois grandes catégories, gagnants et perdants. Le point A correspond à un premier groupe de gagnants de la mondialisation : il s’agit des nouvelles classes moyennes des pays émergents, ces catégories en Inde, en Chine, qui ont quitté la très grande pauvreté. Le point C correspond à la catégorie des 1% les plus riches du monde, qui ont eux aussi bénéficié de la mondialisation ; Mais le point B décrit les perdants de la mondialisation, dont le revenu n’a pas augmenté pendant la période : Il s’agit des classes moyennes et populaires des pays riches. 

L’explication serait la suivante : la mondialisation a brutalement mis sur le marché du travail mondial près d’un milliard de travailleurs des pays émergents, qui sont entrés en concurrence avec les salariés exposés à la mondialisation des pays riches : ouvriers et employés du textile et du secteur manufacturier . Les premiers ont bénéficié de la mondialisation qui les a sortis de la pauvreté; pour les autres cela s’est traduit par des délocalisations et une forte pression sur les salaires.  Les riches de tous les pays, détenteurs de capitaux, entrepreneurs ou dirigeants de grandes entreprises ont massivement bénéficié de cette réallocation mondiale de la production. 

Mais la mondialisation est-elle la seule responsable de ces faits ? 

Ce n’est pas sûr. Premièrement, il est difficile de distinguer la part de ces tendances due à la mondialisation et la part due à d’autres phénomènes, comme le progrès technique et la mécanisation dans l’industrie : les robots aussi sont les concurrents des ouvriers !

Deuxièmement , cela ne s’est pas passé de la même manière dans tous les pays. La redistribution et la fiscalité jouent un rôle pour réduire l’effet inégalitaire de la mondialisation. De ce fait, les inégalités ont fortement augmenté aux USA et Grande-Bretagne, sont restées stables en France et au Danemark ; le Brésil, grâce à des réformes sociales, a pu réduire ses inégalités avec une forte croissance durant les années 2000 . Comme quoi, les effets inégalitaires de la mondialisation ne sont pas une fatalité !

Réalisateur : Maxime Chappet

Producteur : francetv éducation

Auteur : Alexandre Delaigue

Production : 2017

Diffusion : 2017

Publié le - Mis à jour le 15-05-2018

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