Interview de Abdou B., ancien directeur général de la télévision algérienne

Interview de Abdou B.

Journaliste, enseignant et réalisateur radio, Abdou B. a également été directeur général de la TV algérienne de 1990 à 1994 et conseiller à la Culture et à la Communication auprès du ministre gouverneur d’Alger. Il est un des membres fondateurs de la Fédération algérienne des ciné-clubs et des festivals cinématographiques de Constantine, Annaba et Bastia. Pour l’Année de l’Algérie en France, Abdou B. dirige le département Cinéma et audiovisuel. Il tient également deux chroniques régulières pour La Tribune et Le Quotidien d’Oran.

La cinématographie algérienne est née dans les maquis de la guerre de libération nationale. Quelles évolutions peut-on observer pour la création cinématographique algérienne d’aujourd’hui ?

Abdou B. : Juste après l’indépendance, la production de films en Algérie a suivi exactement l’évolution politique et les inclinaisons idéologiques de l’époque du socialisme. Les tâches d’édification nationale servaient de trame aux fictions tournées. Bien entendu, les regards des cinéastes n’étaient pas uniques. Certains ont été voir du côté des femmes, de la jeunesse, des difficultés sociales, du logement, des relations hommes – femmes… Mais l’idéologie dominante était que le socialisme était l’avenir, y compris dans les entreprises publiques cinématographiques. Les évolutions d’aujourd’hui ? La plupart des cinéastes algériens habitent en France. Leurs influences sont celles qu’impriment le box office, le mode de production, les acteurs sur lesquels ont peut construire un montage financier.

Quelles sont les difficultés financières et techniques des réalisateurs en Algérie ?

A. B. : Les difficultés sont telles que la machine est bloquée et ne tourne qu’à l’occasion d’évènements conjoncturels (millénaire d’Alger, Année de l’Algérie en France). Il manque des lois, un CNC, des sources de financement identifiées et durables, et surtout la chaîne d’industries et d’artisanats privés qui fait qu’un cinéma national existe.

Le court-métrage algérien témoigne d’une belle vitalité avec des films remarqués aux festivals de Clermont-Ferrand et d’Angers. La forme courte s’impose comme la forme de création privilégiée pour les réalisateurs algériens souffrant d’un cruel manque de moyens ?

A. B. : Le court-métrage est dû à l’initiative personnelle de quelques mordus. Il n’y a ni diffuseurs impliqués ni structure de production ni financement.

Quelles solutions devraient être prises pour soutenir d’une part, le développement du cinéma algérien, et d’autre part, la formation audiovisuelle ?

A. B. : On ne va pas réinventer le cinéma. Les pays producteurs ont créé les lois, les mécanismes, les industries, les circuits de salles, etc. Il faut adapter le tout dans le cadre d’un secteur privé qu’il faut aider à émerger.

Propos recueillis par Laetitia Sellam

Publié le - Mis à jour le 05-01-2017

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