Une grande figure de l'Islam - IBN KHALDOUN

IBN KHALDOUN

L’historien « génial et aberrant », 1332-1406

Wâli al-dîn ‘Abd al-Rahmân ibn Muhammad Ibn Khaldûn est né à Tunis d’une grande famille de notables émigrés d’Andalousie. Tout jeune il est plongé dans les dramatiques soubresauts d’un siècle maghrébin en plein déclin.

En 1348, il a quinze ans et la Grande Peste Noire, dont l’horreur le marquera toute sa vie, le rend doublement orphelin. Elle emporte ses parents et ses maîtres, avec lesquels il avait commencé à assimiler l’essentiel du savoir de son temps : poétique, historiographie, théologie, jurisprudence et philosophie.

Toute sa vie se passera en succession de charges honorifiques dans la diplomatie, la magistrature, la chancellerie, et de disgrâces – prison y compris – au service de princes usurpateurs, envahisseurs, en proie aux rivalités de clans, aux assassinats, forfaitures, et guerres intestines. Il vivra successivement en Tunisie, au Maroc, en Algérie, en Andalousie et en Orient.

Mais de ce chaos, cet esprit génial saura lire l’ordre caché. De cette anarchie il fera émerger les lois de l’ Histoire comme science, les principes de son étude à travers l’analyse de l’ensemble des phénomènes sociaux.

C’est au château d’ Ibn Salâma, dans le district d’Oran, où il vécut quatre années de sérénité, qu’il pose les bases de la « Muqaddima » ou « prolégomènes » à son « Histoire universelle » et amorce d’une réflexion ethnologique. L’ étude est ambitieuse : « M’introduisant, par la porte des causes générales, dans l’étude des faits particuliers, j’embrassai, dans un récit exhaustif, l’histoire du genre humain. » D’après Gaston Bouthoul la Muqaddima « …constitue un des moments solennels de la pensée humaine ». Il y développe l’analyse de « açabbiyya » : « esprit de clan, de parti », et de « umran » : « civilisation » dont les deux pôles, bédouinité et citadinité s’opposent de manière récurrente. « Les arts ne se perfectionnent qu’en fonction du raffinement et de l’ampleur atteints par la civilisation urbaine.. »

Sa réflexion le conduit à analyser la critique historique, l’incertitude des chiffres, les causes des erreurs, l’homme comme animal politique, les sept climats de la géographie humaine, l’influence de l’air sur le comportement humain, les classes sociales, l’aptitude aux arts, les langages et les sociétés… bref sa pensée embrasse l’ensemble des phénomènes sociaux, et sa lucidité devant les drames de son temps est sans ambages. « ..En réalité, l’Histoire se caractérise par l’examen et la vérification des faits, la recherche précise des causes et des origines des choses existantes, la connaissance profonde de la manière dont les évènements se sont passés. L’Histoire forme donc une branche importante de la philosophie et mérité d’être comptée au nombre de ses sciences ».

La sociologie est pour lui auxiliaire de l’histoire, cette « science nouvelle ». Sa pensée est éminemment réaliste, logique, il se méfie de la raison spéculative. Il étudie l’étiologie des déclins, les symptômes et maux dont meurent les civilisations : il est clair, pour lui, que la sienne vit ses derniers jours et que l’avenir appartient à d’autres bords…

Plusieurs chercheurs, dont Yves Lacoste, n’ont pas manqué de rapprocher sa pensée de celle de Marx : en effet il parle de « classes sociales », et du mouvement dialectique de la bédouinité et de la citadinité. Il est d’une étonnante modernité lorsqu’il utilise les notions de contradictoire, antithétique, opposition, complémentarité des contraires, ambiguité et complexité des sociétés.

Deux extraits illustrent cette proximité d’analyse : Ibn Khaldoun : « Les différences que l’on remarque entre les générations dans leurs manières d’être ne sont que la traduction des différences qui les séparent dans leur mode de vie économique. » Marx : « Le mode de production de la vie matérielle détermine, en général, le processus social, politique et intellectuel de la vie ». En outre, Ibn Khaldoun développe un concept de psychologie sociale très riche et nuancée, se divisant en psychologie politique, économique, éthique, tout ceci formant une psychologie générale inscrite dans l’Histoire.

Ses nombreuses volte-faces politiques, mouvementées, l’ont fait accuser par certains de carriérisme et d’opportunisme. Sa vie entière, véritable reflet de son temps, fut parsemée de drames - il a perdu sa femme et tous ses enfants dans un naufrage. En outre, ni son enseignement ni sa « Muqaddima » ne firent d’émules ou de successeurs. Sa pensée se perd dans les convulsions des siècles de déclin du monde arabo-musulman pour n’être redécouverte qu’en 1697 par d’Herbelot, puis Silvestre de Sacy en 1806.

Pour aller plus loin : Chaddadi : coll. La Pléiade – Gallimard.

 

 

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Publié le - Mis à jour le 05-01-2017

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