Questions à un spécialiste de l'Islam - Zuhair Mahmood

« Chacun peut venir dans une mosquée dès lors qu’il se montre respectueux des lieux et de ses fidèles. »

Zuhair Mahmood est imam de la mosquée de Nevers et membre de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF). Il dirige actuellement l’Institut Européen des Sciences Humaines (IESH) et est co-auteur du livre Le moine, l’imam et le rabbin (2002).


Quelle est la place de la mosquée dans la vie des musulmans ? 


La mosquée est le lieu où les musulmans effectuent leurs prières. Celle du vendredi doit être collective, pratiquée dans un lieu commun à tous les croyants du quartier, du village ou de la ville.
C’est là qu’est dite la prière mortuaire, si possible en présence du corps. Dans les pays arabes, la mosquée est aussi un lieu d’enseignement : on y donne parfois des cours d’alphabétisation. Par contre, la cérémonie du mariage se déroule en dehors de l’enceinte religieuse. Dans le monde arabe, cette union s’apparente à un contrat entre deux parties signé devant un juge, religieux ou pas. Ce dernier se déplace parfois chez les particuliers, à moins que les mariés ne se rendent au tribunal.


Quelles sont les origines de la mosquée ? 


Toutes les mosquées ont pour origine l’enceinte construite à Médine par Mahomet. On y priait et on s’y réunissait souvent. Là étaient prises les décisions qui concernaient l’ensemble de la communauté. Le prophète s’adressait aux fidèles et des émissaires étaient envoyés dans les rues de la ville pour informer les absents. 
Le mot « mosquée » vient de l’arabe « masjid », qui signifie littéralement, « poser son front sur la terre ». C’est un lieu de prosternation et de prière. Dans le monde musulman, il existe de petites et de grandes mosquées. Les plus importantes sont les « masjid djama » qui permettent d’accueillir un grand nombre de fidèles.


Qui décide de construire une mosquée et comment fonctionne-t-elle ? 


Tout dépend du pays dans lequel elle se trouve. Dans le monde arabo-musulman, des mosquées sont souvent construites par des croyants fortunés. Ils la complètent de bâtiments adjacents exploités dans le cadre d’une waqf, une fondation abritant des boutiques, des restaurants… Le profit de cet investissement est utilisé pour entretenir la mosquée, payer ses salariés et aider les pauvres. La waqf rend l’institution financièrement indépendante.


Comment sont-elles financées et gérées en France ? 


En France, la laïcité empêche les collectivités locales de financer ces constructions. Les croyants doivent alors se réunir en association loi 1901, collecter les fonds et, après l’édification, gérer eux-mêmes la mosquée. Il arrive aussi que de riches étrangers financent complètement l’établissement. La famille royale saoudienne a ainsi offert de nombreux lieux de culte, à Lyon par exemple. La gestion est généralement cédée aux musulmans locaux sans plus d’exigence. Mais édifier une mosquée en France n’est pas facile. En 30 ans, nous avons fait face à de nombreuses tracasseries administratives. Les choses semblent s’améliorer aujourd’hui. 


Sachant qu’il n’existe pas dans l’islam de clergé unifié et structuré, qui nomme les imams dans les mosquées ? 


En général, celui qui construit une mosquée nomme - et parfois rémunère – son imam. Traditionnellement cette fonction est assurée à titre gratuit, ce qui donne une liberté de conscience et de parole vis-à-vis de la communauté. Dans d’autres cas, ce sont les Etats musulmans qui emploient les imams, comme en Turquie, en Irak ou en Egypte, via les ministères du waqf.
Aujourd’hui en France, de grandes organisations tentent de constituer une caisse centrale pour payer les imams car la plupart sont bénévoles. Cette prise en charge permettrait d’avoir un droit de regard sur le sermon du vendredi et d’éviter les dérapages. 


Tout le monde peut-il entrer dans une mosquée ? 


Il existe certaines règles limitant l’accès de la mosquée aux croyants. Par exemple, hommes et femmes doivent avoir effectué leurs grandes ablutions pour entrer et prier. Ceci dit, chacun peut venir dans une mosquée dès lors qu’il se montre respectueux des lieux et de ses fidèles. 


Propos recueillis par Vincent Montigny, le 22 janvier 2004.

 

 

en partenariat avec institut du monde arabe (ima)institut du monde arabe (ima)

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Publié le - Mis à jour le 05-01-2017

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