Mécénat et ateliers dans les arts de l'Islam

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Chanfrein et protège-joues
Turquie ottomane ou Égypte, XVIIIe siècle
Fer ou acier forgé, cuir, appliques d’argent doré, cornaline, agate, verre coloré, jade et incrustations d’or
© Nour Foundation. Avec l'aimable autorisation de Khalili Family Trust
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Durant des siècles, les artistes avaient besoin de mécènes pour travailler. Ils s’attachaient généralement à un prince qui leur permettait de vivre en échange de leur art. Ce système s’organisa rapidement autour des grandes cours du monde musulman et se développa dans la plupart des capitales de ce grand territoire. Des ateliers divisés par spécialités se créèrent : la calligraphie, la peinture, la céramique, la verrerie, le métal, l’orfèvrerie… Une organisation très hiérarchisée entre le maître et ses apprentis régissait ces corporations. Seuls les artistes et artisans les plus talentueux travaillaient au service du prince. Ils créaient pour lui les plus belles pièces de l’époque, à la fois pour embellir son palais, mais aussi pour exporter leurs œuvres, en les vendant ou en les offrant comme cadeaux diplomatiques. Ces ateliers se déplaçaient au gré des conquêtes et les artisans voyageaient souvent beaucoup. Ces échanges nourrissaient aussi leur art qui ne cessait d’évoluer.
 

Trésors des palais

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Collier
Inde du Sud, probablement Tamil Nadu, XIXe siècle
Or serti de diamants, de zircon et de béryl incolores, de rubis et d’émeraudes en partie montés sur paillon en or selon la technique kundan, perles en pendant
© Nour Foundation. Avec l'aimable autorisation de Khalili Family Trust
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Arrivés sur des territoires aux traditions anciennes, les Arabes mettent rapidement en place un art de cour et un cérémonial princier fastueux. Pour asseoir leur légitimité, ils s’entourent de symboles forts : création de nouvelles villes comme Bagdad, palais gigantesques, jardins luxuriants. Ces lieux se meublent de ce qu’il existe de plus beau : tapis en soie, mobilier en bois incrusté d’ivoire, de nacre, chandelier en argent, lampe en verre doré…Les princes participent à cette démonstration de luxe en portant les vêtements les plus raffinés et des bijoux en or incrustés de pierres précieuses. Les voyageurs et les diplomates occidentaux qui découvrent ces coutumes sont alors émerveillés par tant de faste et d’élégance.
 

Sciences et ouverture au monde

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Astrolabe planisphérique
Inde, XVIIe siècle
Laiton coulé et en feuille, découpé et gravé, incrustations d’argent sur l’araignée
© Nour Foundation. Avec l'aimable autorisation de Khalili Family Trust
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Dès le VIIIe siècle, des scientifiques du monde arabo-islamique ont essayé de résoudre des problèmes du quotidien. Il fallait, entre autres, connaître la direction de La Mecque et connaître l’heure pour prier, s’orienter en mer, irriguer les champs... Des scientifiques ont su apporter des réponses concrètes à ces questions. Ils se sont basés sur des savoirs anciens et les ont approfondis, les scientifiques arabes devenant, du VIIIe au XIIe siècle, les meilleurs de la planète ! Ils travaillaient généralement en groupe, consultaient des bibliothèques, voyageaient afin d’enrichir leurs connaissances et des maîtres enseignaient à leurs élèves. Alors que l’Europe n’en était qu’au Moyen Âge, le monde arabe rayonnait grâce à la création d’observatoires astronomiques, d’écoles de médecine et d’hôpitaux. Le nombre d’ouvrages scientifiques écrit reste considérable et dans tous les domaines possibles : l’astronomie en tête, mais aussi la géographie, les mathématiques, la médecine, la botanique, l’architecture, la physique, la chimie et l’alchimie.
 

Conjurer le mauvais sort

Depuis la nuit des temps, les hommes ont cherché, à titre individuel ou collectif, à se protéger contre les aléas de la vie. Croire en un Dieu unique n’empêche pas de porter sur soi des amulettes et des talismans (objets avec des inscriptions) afin de rester en bonne santé, voyager sans accident ou encore ne pas se faire tuer sur le champ de bataille. C’est ainsi que pour les musulmans, certains versets ou des chapitres entiers – les sourates – du Coran ont une valeur protectrice particulière. Des corans étaient copiés soit sur des bandes de papier de plusieurs mètres de long, ensuite roulées et mises dans un étui, soit sur un cahier d’à peine 5 centimètres de côté : on les portait à la ceinture ou même attachés au turban. Sous leurs armures, les soldats revêtaient une chemise talismanique, coupée dans une pièce de coton et couverte de formules pieuses et magiques. . Pour éloigner le mauvais œil, la main ouverte protectrice, antérieure à l’islam, est connue sous le nom de main de Fâtima, la fille du Prophète, a servi de modèle pour façonner des bijoux ; on la plaçait également au sommet des étendards qui guidaient les armées.

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Amulettes
Inde, Hyderabad (?), Deccan, fin du XVIIIe siècle ou début du XIXe siècle
Or sur âme en gomme-laque, rubis, émeraudes et diamants montés sur paillon en or avec la technique kundan, bordure de perles
© Nour Foundation. Avec l'aimable autorisation de Khalili Family Trust
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Des savants ont même rédigé des traités donnant des explications pour fabriquer ces amulettes et talismans mais aussi élaborer des carrés magiques avec des suites de nombres. Afin d’éviter que les princes ne soient empoisonnés en mangeant ou en buvant, on leur a fabriqué des coupes et des bols, en métal et en céramique, avec des inscriptions mêlant versets du Coran, prières contre les démons (les fameux djinns des contes arabes) et des diagrammes avec des chiffres et des lettres.
 

Festoyer est aussi un art

Quand on parcourt les collections d’art islamique, dans les musées ou celles des particuliers, on est frappé par la nature des pièces qui les constituent. Une majorité est en rapport avec les plaisirs du boire et du manger, même si certains interdits religieux frappent telle boisson fermentée ou telle chair animale. Souvent, ces pièces appartiennent également à ce que l’on appelle « les arts de cour », c’est-à-dire qu’elles ont été exécutées pour des princes et leur entourage et se distinguent par une grande qualité de fabrication.

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Aiguière
Iran, Khurasân, fin du XIIe ou début du XIIIe
Alliage quaternaire de cuivre,
feuille de métal martelée,
décor gravé et incrustations d’argent,
anse coulée et rapportée
© Nour Foundation.
Avec l'aimable autorisation de Khalili Family Trust
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Les artisans musulmans ont excellé dans les arts du feu : le verre, le métal – généralement un alliage de cuivre rehaussé d’incrustations d’or et d’argent – et la céramique sont diversement employés pour façonner des plats, écuelles, bols et présentoirs à épices ou à friandises ; des pots à eau, bouteilles, aiguières et verseuses.

Le décor, qui fait des plus belles pièces de véritables chefs-d’œuvre, recourt aussi bien à la calligraphie, avec des bons vœux à leur propriétaire, qu’à des scènes de banquets réunissant convives, musiciens et danseurs. Autant d’images des plaisirs de la vie qui annoncent ceux du Paradis.

À cet inventaire, il convient d’ajouter les bassins pour se laver les mains – avant et après le repas – et les aspersoirs d’eaux parfumées – rose ou fleur d’oranger – utilisés en signe de bienvenue.

La technique de l’incrustation d’or et d’argent prend un véritable essor en Syrie pendant la période des croisades (XIe-XIIe), sous l’impulsion des graveurs et incrusteurs de Mossoul (Irak). Une iconographie de scènes de cour couvre plateaux, bassins, aiguières, chandeliers…

© francetv éducation / Institut du monde Arabe – Crédits

 

En partenariat avec Institut du Monde Arabe (IMA)institut du monde arabe (ima)

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Publié le - Mis à jour le 05-01-2017

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