Tout Picasso en une œuvre

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Cet article est extrait du n° 193 de la revue DADA.

Beautés antiques ou visages à facettes ? Courbes douces ou angles saillants ? Académisme ou inventivité ? Difficile de résumer la longue et prolifique carrière du señor Picasso… Sauf quand il s’en charge lui-même !

 

Formes et couleurs

Qu’importe votre période préférée dans l’œuvre de Picasso : dans Les Femmes d’Alger, il y en a pour tous les goûts ! Comme dans Les Demoiselles d’Avignon, le peintre nous fait entrer dans l’intimité des femmes qu’il représente. Une géante à la peau bleue nous fixe. Sa tête semble ridiculement petite et délicate par rapport à son corps, massif. Adieu la taille mannequin, bonjour la taille statue. C’est un clin d’œil aux femmes titanesques qu’il peint dans les années 1920. Mais le cubisme est aussi de la partie : des seins, des fesses, des jambes, des pieds… dans tous les sens ! Leurs corps sont aussi tranchants que les angles de la pièce. Quadrillages et lignes compliquent la compréhension du tableau. Ce mélange de motifs et de couleurs évoque le travail de Matisse, qui aime lui aussi les fonds décoratifs et les femmes odalisques. Ce dernier s’est éteint en novembre 1954 et Picasso veut ici lui rendre hommage… à lui, comme à d’autres.
 

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Pablo Picasso, Les Femmes d’Alger, 1955, huile sur toile, 114 × 146,4 cm. Collection particulière. © Photo : 2014. Photo Scala, Florence.
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Maîtres et maîtresses

« Qu’est-ce au fond qu’un peintre ? C’est un collectionneur qui veut se constituer une collection en faisant lui-même les tableaux qu’il aime chez les autres. C’est comme ça que je commence, et puis ça devient autre chose. » Voilà pourquoi, durant toute sa carrière, Picasso regarde l’histoire de l’art, la copie, la réinterprète. C’est même un serial copieur ! Il passe et repasse à la moulinette les œuvres de Delacroix, comme ici, mais aussi de Velázquez, Manet et bien d’autres. Des dizaines et des dizaines de versions et d’études différentes. Il faut dire que depuis longtemps, Picasso admire Les Femmes d’Alger au Louvre. Puis il rencontre sa nouvelle compagne, Jacqueline. Avec ses beaux cheveux noirs et ses yeux en amande, elle ressemble à l’une des femmes du tableau. Et justement, Picasso et les femmes, c’est toute une histoire ! À chaque idylle, un nouveau style de peinture.
 

Adieu luxe, calme et volupté

Picasso n’est pas qu’un Don Juan, c’est aussi un homme de conviction. Une cause l’interpelle, il en fait un tableau ! L’exemple le plus connu ? Guernica, bien entendu. Ici, ces femmes nous emportent en Orient. Beaucoup d’artistes ont été attirés par l’image sensuelle et mystérieuse des harems. Mais ce sont des événements historiques qui amènent Picasso à aborder ce thème. En effet, quand il entame la série des Femmes d’Alger, en 1954, l’insurrection vient de commencer en Algérie. Le pays est encore une colonie mais le Front de libération national veut se débarrasser des Français. La guerre durera huit ans. Alors, qui sont ces femmes ? Fantômes d’un âge antique idéal ou victimes contemporaines ? Se cachent-elles derrière des tentures multicolores pour oublier le conflit ? En une œuvre, Picasso nous plonge dans l’ambiance des Mille et Une Nuits aussi bien que dans les tourments de son époque.

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Publié le - Mis à jour le 02-05-2018

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