Tout Niki de Saint Phalle en une œuvre

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Cet article est extrait du no 194 de la revue DADA.

Prêts pour une visite au Jardin des Tarots, en Italie ? Ce lieu extraordinaire rassemble toutes les influences et les travaux de Niki de Saint Phalle.


Projet hanté

Le spectre du Jardin des Tarots plane au-dessus de l’œuvre de Niki de Saint Phalle. Quand elle découvre le Parc Güell en 1955, c’est un choc : « J’ai eu l’impression qu’un rayon de lumière me frappait et m’ordonnait : […] Tu dois réaliser un jardin de joie où les gens se sentiront heureux. » Cette idée ne la quittera plus. D’abord, elle peint des jardins et colle des objets hétéroclites sur ses tableaux, à la manière de l’architecte espagnol, Gaudí. En 1965, c’est décidé : elle veut sculpter un parc entier. Il faudra cependant patienter jusqu’en 1978 pour que le Jardin des Tarots se concrétise. En attendant, répétition générale ! Ses œuvres se font de plus en plus grandes, jusqu’à devenir habitables : d’abord dans un musée (Hon en 1966), ensuite à l’air libre (Le Rêve de l’Oiseau, à partir de 1968, puis Le Dragon de Knokke en 1973). C’est sûr, le Jardin des Tarots sera le plus grand jardin de sculptures réalisé par une femme !
 

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Niki de Saint Phalle, vue du Jardin des Tarots, 1978-1998, Métal, béton, verre, miroir, mosaïque de céramique, pierres, sculptures en polyester peint.
Pescia Fiorentina, Capalbio. © Photo : Éva Bensard. cliquer pour agrandir l'image.


Bienvenue à Nikiland

Niki se jette corps et âme dans la réalisation de son jardin. Elle lui consacre presque 20 années, finance le projet elle-même, loge dans le ventre de ses personnages : « Le Jardin des Tarots était mon époux, mon amour, mon tout. Aucun sacrifice n’était trop grand pour lui. » Le projet s’articule autour des 22 cartes du tarot « de Marseille », avec une sculpture pour chacune. Niki en profite pour revisiter l’ensemble de son œuvre. Comme pour ses Tirs, elle invite le public à prendre part à son travail. Comment ? Simplement en pénétrant à l’intérieur de ses créations. Les Nanas, elles, colonisent les fontaines et les sculptures du parc, de même que ses animaux préférés : les branches de l’Arbre de vie se métamorphosent en une multitude de serpents tandis qu’un autre s’enroule autour d’une colonne de l’Empereur ou de l’œuf symbolisant le Monde. Ouvrez l’œil pour trouver dragon, oiseau, cheval ou éléphant… Quelle ménagerie ! On croise même ses collaborations avec Jean Tinguely, qui peuple le parc de ses drôles de machines. Plus qu’un jardin, c’est une rétrospective.
 

Patchwork d’influences

Le Jardin des Tarots est aussi un hommage à toutes les sources d’inspiration de Niki. La plus évidente ? Gaudí. Au dos de L’Impératrice, des bancs qui serpentent, presque identiques à ceux du Parc Güell, et partout des éclats de céramique ou de verre. Ce jardin, Niki l’a rêvé comme le Palais Idéal du Facteur Cheval ou les Watts Towers de Simon Rodia. L’artiste repense souvent à ces créations hétéroclites qu’elle a admirées. Son éducation religieuse refait également surface et certaines sculptures évoquent des épisodes de la Bible, à l’image de La Maison-Dieu transformée en tour de Babel déjà frappée par la colère divine. Mythes et divinités païennes s’y croisent aussi. L’Impératrice, avec son buste de femme et ses griffes, prend des airs de Sphinx, tandis que Le Soleil est incarné par un oiseau inspiré des légendes indiennes et mexicaines... Ainsi, ce jardin revisite son œuvre en même temps que l’histoire du monde.

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Publié le - Mis à jour le 08-09-2014

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