Henri Matisse voyage et fréquente ses contemporains

Devenu peintre moderne recherché, Matisse fréquente ceux qui occupent le devant de la scène artistique. Il voyage en Europe, au Maghreb, en Russie et aux Etats-Unis. Mais au regard de son œuvre, deux voyages — au Maroc et à Tahiti — et une amitié — son amitié avec Picasso — sont particulièrement essentiels.

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Henri Matisse. Papeete – Tahiti Nice, 1935. Huile sur toile, 225 x 172 cm.
Musée Matisse, Nice. Legs de Madame Henri Matisse, 1960.
Photo : François Fernandez. © Succession H. Matisse
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En 1906, Matisse part pour l’Algérie, à la recherche d’un Orient, comme le fit près de 70 ans plus tôt l’un de ses peintres « référent », Delacroix, en se posant au Maroc. Lors d’une exposition à Munich en 1910, il reçoit le choc de l’art islamique. Dans la foulée il se rend en Andalousie, fleuron de l’art arabo-islamique en Europe. Début 1912, puis durant l’hiver 1912-1913, Matisse voyage au Maroc. Il en ramène croquis et dessins. Plusieurs de ses toiles seront directement inspirées de ces séjours, notamment la Porte de casbah, les Iris et mimosas, et bien sûr sa série des Odalisques. Mais il a trouvé autre chose dans la lumière de Tanger : un nouvel essor à sa recherche permanente par la couleur.

Matisse est un peintre de maturation. En 1905, il avait découvert la Polynésie à travers Gauguin, les grandes surfaces de couleurs vives, l’innocence primitive associée à Tahiti… En 1930, alors qu’il a dépassé la soixantaine, il passe trois mois à Tahiti et aux Tuamotu. Au-delà des œuvres directement reliées à ce voyage, Polynésie le ciel, Polynésie la mer ou Souvenirs d'Océanie, Matisse y ressource son art. La lumière a une autre densité, la vie approche le paradis. « En travaillant depuis quarante ans dans la lumière et l'espace européens, je rêvais toujours à d'autres proportions qui pouvaient se trouver dans l'autre hémisphère. J'ai toujours eu conscience d'un autre espace dans lequel évoluaient les objets de ma rêverie » se remémore-t-il dans son entretien avec Tériade de 1952.
Tériade, critique d’art et éditeur, est à l’origine de l’édition du Jazz de Matisse. Ils ont échangé pas moins de 1200 lettres qui constituent un dense et précieux témoignage.

Autre amitié, « instrument de mesure » entre deux monuments de la peinture du XXe siècle : celle avec Picasso. Ils se rencontrent en 1906 chez Gertrude Stein, qui vient d’acheter à Matisse pour 500 francs (une belle affaire !) La Femme au chapeau. Picasso, de douze ans son cadet, arrive juste d’Espagne. Il est curieux de la toute puissance des couleurs chez les fauves ; il en est encore à sa période rose, le cubisme est encore loin. Commence une relation qui durera jusqu’à la fin de la vie de Matisse. Chacun à sa façon soulignera l’intensité de leurs échanges : « Personne n'a jamais regardé plus attentivement que moi les peintures de Matisse. Et personne n'a jamais regardé les miennes avec plus d'attention que lui » dira Picasso. Nous sommes « aussi différents que le Pôle Nord l'est du Pôle Sud » dira Matisse.

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Henri Matisse. Photo de Carl Van Vechten, 1933, source Library of Congress, USA.

Musée Matisse, Nice. Salle des papiers gouachés découpés. © Succession H. Matisse pour les œuvres de l'artiste. Crédit photographique : Ville de Nice - Musée Matisse/N. Lavarenne.

 

Publié le - Mis à jour le 02-05-2018

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