Henri Matisse, le premier des fauves

En 1905, le Salon d’automne veut ouvrir pour sa troisième édition les portes des nouvelles tendances de l’art pictural de ce début du XXe siècle à un public jusqu’ici plus habitué à arpenter les deux grandes manifestations parisiennes du printemps : le Salon de la Société nationale des beaux-arts et celui des Artistes français.

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Affiche, catalogue du salon d’automne 1905

Pour sa première édition, en automne 1903, il avait fait la part belle aux impressionnistes. Le Salon de 1905 veut marquer par son modernisme. Il restera le Salon qui cristallisa les regards sur une poignée de peintres, jouant de manière inédite de couleurs pures et violentes. Il fallait les qualifier, on les appela les fauves.

Un tableau interpelle particulièrement les visiteurs : La Femme au chapeau. Il s’agit de l’une des œuvres que Matisse a choisi d’exposer : le portrait de sa femme agrémentée d’un chapeau fleuri. On est loin d’un portrait académique cherchant à rivaliser avec la photographie. Les couleurs, leur juxtaposition, font le portrait. De l’orange, du bleu, du jaune, du rouge… Le nez fin d’Amélie Matisse s’exprime dans la couleur verte, avec à sa pointe une goutte de jaune.

Qui sont les autres fauves de ce salon d’automne, ces briseurs des codes de la représentation aux aplats de couleurs arbitraires ? Ceux qui occupent la salle VII du Salon de 1905 avec Matisse – Manguin, Derain, de Vlaminck, Camoin et Albert Marquet – sont tous de plusieurs années plus jeunes que lui. Quelques autres sont installés dans d’autres salles, comme Van Dongen, Dufy, et aussi Georges Rouault. Ce n’est pas un hasard : pour la plupart, ils se connaissent depuis l’époque de l’atelier de Gustave Moreau, dès 1896. Ils sont animés d’une même recherche autour de la couleur, que Matisse résumera ainsi dans ses Écrits et propos sur l’Art : « Le fauvisme est venu du fait que nous nous placions tout à fait loin des couleurs d’imitation et qu’avec des couleurs pures nous obtenions des réactions plus fortes ».
Cette perception de Matisse par le public comme chef de file des fauves clôt en 1905 une première période de recherche dans la carrière de l’artiste, période placée sous l’influence de Van Gogh et Gauguin. Il s’éloigne également de Signac, théoricien de la méthode divisionniste inaugurée par Seurat. L’été qui précède le salon d’automne de 1905, Matisse et Derain séjournent à Collioure où ils exécutent leurs toiles les plus vigoureuses, placées sous le sceau de l’ivresse de la couleur.

Très vite, les fauves se dispersent, chacun suivant son propre chemin. Mais le mouvement garde une empreinte forte. Ainsi, quand, à partir de 1920, Auguste Chabaud, classé parmi les fauves, dédiera sa peinture à sa Provence, ce sera sa « période bleue », le bleu de Prusse à l’état pur.

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Le Mas Martin d’Auguste Chabaud, 1930 Graveson (Bouches-du-Rhône), collection privée ©DR
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Henri Matisse. Photo de Carl Van Vechten, 1933, source Library of Congress, USA.

Musée Matisse, Nice. Salle des papiers gouachés découpés. © Succession H. Matisse pour les œuvres de l'artiste. Crédit photographique : Ville de Nice - Musée Matisse/N. Lavarenne.

Publié le - Mis à jour le 02-05-2018

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