Dalí, sa femme et Portlligat : attaches et muses

L’extraordinaire fécondité de l’œuvre de Dalí n’eut probablement pas été possible sans sa femme Gala. Elena Ivanovna Diakonova, dite Gala, née à Kazan (Russie) en 1894, est de dix ans l’aînée de Dalí.

Image ContenuPortrait de Gala aux symptômes rhinocérontiques, peinture (huile sur toile) de Salvador Dali, 1954, collection privée © Aisa/Leemage  © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Adagp, Paris 2012. cliquer pour agrandir l'image.

Soignée pour tuberculose dans un sanatorium en Suisse, elle y rencontre Paul Éluard qu’elle épouse religieusement en 1917 et avec qui elle participe aux débuts du Surréalisme. Dotée de beaucoup d’intuition, elle sait reconnaître le génie artistique et créateur et se lie d’une grande amitié avec André Breton, René Char, René Crevel, tandis qu’elle a une liaison avec Max Ernst de 1922 à 1924. Sa rencontre avec Dalí à Cadaqués en 1929, et le coup de foudre qui s’en suit, vont créer un tournant dans leur vie : ils ne se quitteront plus. Cette liaison a pour conséquence une rupture entre Dalí, son père et sa famille, déjà blessés par ses positions provocatrices d’inspiration surréaliste. De l’aveu de Dalí, Gala est la première et seule femme qu’il ait aimée physiquement. Elle le sauve de la folie qui le guettait par son érotisme et son intelligence salvatrice : « Elle me guérit, grâce à la puissance indomptable et insondable de son amour dont la profondeur de pensée et l’adresse pratique dépassèrent les plus ambitieuses méthodes psychanalytiques. » Elle est sa muse et figure dans un très grand nombre de portraits ou de scènes directement inspirés par elle. Son jugement artistique lui est nécessaire.

Elle fait écran entre lui et le réel, que Dalí affronte difficilement, et résout tous les problèmes matériels du quotidien en lui permettant de consacrer l’essentiel de son temps à son travail. Elle tient une part essentielle dans sa réussite mondaine et la conquête des mécènes indispensables au développement de son œuvre. Ayant joué un rôle clé dans son intégration au groupe surréaliste, Gala soutient Dalí aussi lors de son exclusion du mouvement. Elle est son manager et l’artisan de la fortune colossale qu’il réussit à amasser, répondant peut être plus que lui au célèbre anagramme de Breton : « Avida Dollars ». Même si leurs rapports se sont distendus à la fin de leur vie, Dalí ne cessera d’élever sa femme au rang de perfection intouchable et célèbrera son amour dans ses écrits, ses poèmes et de très nombreuses œuvres parfois même signées DalíGala.

Avec Gala, Portlligat et ses environs – le Cap de Creus et Figueres –, restent tout au long de son existence le point d’ancrage qu’il ne quitte qu’en apparence et qui resurgit dans presque toutes ses œuvres. « Je suis inséparable de ce ciel, de cette mer, de ces rochers : lié à jamais à ce Portlligat – qui veut dire port lié – où j’ai défini toutes mes vérités crues et mes racines. Je ne suis chez moi qu’en ce lieu; ailleurs je campe. Il ne s’agit pas seulement de sentiment mais de réalité psychique, biologique – surréaliste. Je me sens relié par un véritable cordon ombilical à la totalité vivante de cette terre.». Portlligat et la baie de Creus constituent le cadre favori de ses peintures. On les retrouve dans Chair de poule inaugurale, Jeu lugubre, La Persistance de la mémoire, Le Christ de Saint-Jean de la Croix, La Madone de Portlligat ou Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade une seconde avant l’éveil. « La lumière éternelle et ultra analytique » de la baie baigne quasiment tous ses tableaux et les rochers qui sont souvent présents, par exemple dans Le Grand Masturbateur, ont été les premiers matériaux utilisés pour les images doubles.

Crédits du bandeau

La Persistance de la mémoire (Montres molles), peinture (huile sur toile) de Salvador Dali (détail), 1931, Museum of Modern Art (MOMA) - New York ©Luisa Ricciarini/Leemage © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dali / ADAGP, Paris 2012

Publié le - Mis à jour le 01-06-2018

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