Dalí, homme excentrique, individualiste et mondain

Dans le Journal d’un génie (1964), Dalí affirme : « Je suis l’être le plus paradoxal, le plus excentrique et le plus concentrique du monde. »

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Jeu lugubre, peinture et collage de Salvador Dalí, 1929, collection privée © Luisa Ricciarini/Leemage © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dalí / Adagp, Paris 2012. .
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Excentrique, il l’est par son apparence extérieure — moustaches en cornes de taureau à partir des années 1950 et roulements d’yeux assortis aux roulements d’ « r » —, par ses déclarations extravagantes et excessives, par ses interventions publiques spectaculaires et décalées. Soif inextinguible d’être vu propre à l’enfant qui a dû lutter pour exister au travers de l’ombre de son frère mort et opportunisme très calculé s’expriment dans une mise en scène soigneusement élaborée où l’importance de son image est capitale. Toujours dans le Journal d’un génie, Dalí déclare : « La tenue est essentielle pour vaincre. Très rares sont les occasions où dans ma vie, je me suis avili en civil. Je suis toujours habillé en Dalí. » Très astucieusement, il brouille les cartes en mélangeant les notions de folie et de génie et, comme il le dit lui-même, « la seule différence entre moi et un fou, c’est que je ne suis pas fou. » Le « Divin Dalí » est souvent irrésistible de drôlerie et sait sourire de lui-même : « Il y a des jours où je pense que je vais mourir d’une overdose d’autosatisfaction… »

À trente ans, sa personnalité s’est imposée comme profondément originale. Il a rencontré et s’est fait reconnaître par tous les artistes importants de son époque, conquérant les milieux mondains parisiens ou américains. À la question qui lui est posée : Comment fait-on pour réussir ? Sa réponse est éclairante : « Soyez snob (…) Le snobisme consiste à pouvoir se placer toujours dans les endroits où les autres n'ont pas accès, ce qui crée chez ces autres un sentiment d'infériorité. » Grâce à cette aisance, il rencontrera à Paris des mécènes généreux dont il fera les portraits comme Charles et Marie-Laure de Noailles, qui lui achèteront de nombreux tableaux, dont le Jeu lugubre. Aux États-Unis, où il s’établit en 1939, il est accueilli par l’avant-gardiste et amie des intellectuels européens, Caresse Crosby, et soutenu par Mr et Mrs Reynolds Moss, collectionneurs qui construiront le musée Dalí de St. Petersburg en Floride pour abriter les très nombreuses œuvres qu’ils lui ont achetées.

Cette facilité à intégrer les milieux les plus brillants n’empêche pas Dalí d’être très individualiste. Enfant timide et solitaire en butte aux taquineries de ses camarades, étudiant soucieux de ne pas se soumettre à l’autorité de ses professeurs, il multipliera les ruptures dans sa vie, chacune lui permettant de nouveaux champs d’exploration. Il se reconnaît lui-même comme quelqu’un d’essentiellement subversif avec une démarche profondément introvertie : « Moi, Dalí, qui suis plongé dans une constante introspection et une analyse méticuleuse de mes moindres pensées… »

Crédits du bandeau

La Persistance de la mémoire (Montres molles), peinture (huile sur toile) de Salvador Dali (détail), 1931, Museum of Modern Art (MOMA) - New York ©Luisa Ricciarini/Leemage © Salvador Dalí, Fundació Gala-Salvador Dali / ADAGP, Paris 2012

Publié le - Mis à jour le 01-06-2018

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