Tout Van Gogh en une œuvre

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Cet article est extrait du n° 179 de la revue DADA.

Lorsque Van Gogh s’installe à Arles, il ne lui reste que deux ans à vivre. Pourtant, cette courte période lui suffira pour peindre trois fois un sujet simple mais emblématique de son œuvre : sa chambre.

 

Un repos tourmenté

Même dans le sud, Van Gogh ne cherche pas le Midi à 14h ! Pour les sujets de ses toiles, il s’inspire de ce qui l’entoure. En 1888, il jette son dévolu sur sa chambre à coucher. Sa santé physique et mentale se détériore, il veut peindre ici la tranquillité et le calme dont il a tant besoin. Il le dit, la vue du tableau « doit reposer la vue ou l’imagination ». Pas d’histoire à raconter donc, comme toujours chez lui, mais laisser la toile parler d’elle-même. Comment ? Le secret, c’est le jeu des couleurs. Voilà donc un sujet simple, presque banal, tiré du quotidien auquel Van Gogh nous a habitués. Ajoutez-y tout son désir de donner aux couleurs une signification symbolique. Vous obtenez avec ce tableau du pur Van Gogh.
 

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Vincent van Gogh, La Chambre, 1888, huile sur toile, 72 × 90 cm. Amsterdam, Van Gogh Museum, Vincent van Gogh Foundation.
© Photo : Van Gogh Museum, Amsterdam (Vincent van Gogh Foundation). F482.
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La symbolique des couleurs

Dans une lettre adressée à son frère Théo, Van Gogh écrit : « Les murs sont d’un violet pâle. Le sol est à carreaux rouges. Le bois du lit et les chaises sont jaune beurre frais. Le drap et les oreillers citron vert très clair. La couverture rouge écarlate. La fenêtre verte. La table à toilette orangée, la cuvette bleue. Les portes lilas. » Tout est dit dans cette description pointilleuse des couleurs, à la manière de Delacroix. Les teintes claires, et parfois pastel, traduisent le calme. Les contrastes colorés rythment la toile, mais sans violence. Même la couverture rouge au centre de la toile ne parvient pas à perturber l’harmonie atteinte par Van Gogh. Le jaune du lit parcourt la toile passant par la table et les chaises, et se retrouve sur les volets. Le vert des tableaux au mur atterrit sur les lattes du parquet. Le lilas de la porte répond au bleu de la cuvette sur la table. Malgré la perspective quelque peu instable, quel équilibre ! C’est ce qui donne cette sensation d’harmonie.
 

Occident / Orient

Une chambre simple avec quelques meubles, un lit et deux chaises. Voilà comment Vincent présente l’œuvre à Théo et Gauguin. Pour lui, cette simplicité renvoie à celle des intérieurs japonais qu’il connaît grâce à la gravure. Le dépouillement se trouve davantage dans les lignes du tableau que dans l’absence de meubles. Regardez bien : il n’y a ici que des verticales, ou presque. Cette sobriété lui permet de mettre en valeur son sujet banal, qui en sort grandi. De l’estampe japonaise, on retrouve aussi l’absence d’ombres, ainsi que les aplats colorés comme ceux de la couverture, de la porte ou des murs. Pour Van Gogh, cet « intérieur sans rien » fait aussi penser aux œuvres de son ami Bernard. Bref, il s’agit d’une œuvre-carrefour entre le Japon et Paris. La première version se trouve à Amsterdam. Travailleur acharné, Van Gogh en réalisera deux autres, aujourd’hui à Paris et à Chicago.

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Publié le - Mis à jour le 02-05-2018

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