Tout le pointillisme en une œuvre

 

 

 

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Cet article est extrait du n° 207 de la revue DADA.

Ce dimanche, la foule a envahi l’île de la Grande Jatte, un lieu de fête et de détente qu’affectionnent les Parisiens. À l’image de son créateur Georges Seurat, cette immense toile oscille entre ombre et lumière… 

Une « grande machine »

Exposée pour la première fois en 1886 au Salon des indépendants, la toile surprend par sa dimension : près de 3,50 m de long. Georges Seurat n’en est pourtant pas à son coup d’essai : deux ans plus tôt, le Salon officiel lui avait refusé une toile tout aussi immense, Une Baignade à Asnières (voir pages 10-15). Qu’importe ! Le jeune peintre l’avait présentée au Salon des indépendants, qu’il venait de fonder avec d’autres peintres dont son ami Signac. Dans Une Baignade à Asnières, un jeune garçon lance un appel vers l’île située face à lui : cette île, c’est justement… la Grande Jatte que l’on voit ici. Un Dimanche après-midi à la Grande Jatte est l’œuvre fondatrice du mouvement néo-impressionniste. Si cette « grande machine », qui a nécessité 33 études et 28 « croquetons » (de petites esquisses peintes sur des planchettes), est moquée par une partie du public — quelle idée, ce singe ! —, elle séduit également par la pureté des formes et la lumière qui en émane.

 

 

 

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Georges Seurat, Un Dimanche après-midi à la Grande Jatte, 1884-1886. Huile sur toile, 205,5 x 308,1 cm. Chicago, Art Institute of Chicago. © Photo : 2015 Art Institute of Chicago. Tous droits réservés.

 

À petites touches

Seurat est connu pour ses recherches sur les couleurs. Pourtant, entre 1880 et 1883, c’est le noir et blanc qui le passionne : il dessine des nourrices, des ouvriers, des couseuses, des peintres, des passants furtifs dans la pénombre d’une rue. Quand il introduit la couleur dans son œuvre, il peint des paysages de campagne, les faubourgs parisiens près de la Seine, magnifie la mer normande et ses bateaux échoués. Il lit avec passion divers travaux scientifiques sur la couleur. Ainsi, dans le tableau, Seurat fait naître la lumière en apposant des petites touches de couleurs pures et complémentaires. Le gazon ? Des points bleus et d’autres jaunes. Les tons orangé des corsages, des jupes et des ombrelles ? Des points rouges et d’autres jaunes. C’est le « pointillisme ». Malheureusement, certains pigments qu’utilisait Seurat contenaient du zinc : avec le temps, la couleur jaune s’est altérée, transformant certaines zones en une teinte presque marron, ou faisant du vert des feuillages une couleur olivâtre. 

Quelle parade !

L’atmosphère est sereine. À la fraîcheur de l’eau répond l’ombre des arbres et la douceur de l’herbe verte. Un léger courant d’air agite les fanions des bateaux. Une quarantaine de personnages étalés ou assis sur l’herbe savourent ce bel après-midi de repos bien mérité, après une semaine de travail. Chacun est perdu dans ses pensées et, comme figé, semble attendre quelque chose. L’ouvrier au premier plan et le dandy à la canne, juste derrière, regardent droit devant eux : personne ne discute, personne n’échange ici. Quant à la femme au singe accompagnée de cet homme élégant au monocle, le mystère persiste : s’agit-il d’une élégante et de son mari ou d’une « cocotte » et son souteneur ? Une mélancolie légère flotte dans l’air, comme dans tous les tableaux de Seurat. C’est aussi l’une de ses signatures.

Éléonore Nessmann

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Publié le - Mis à jour le 02-05-2018

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