Tout Bosch en une œuvre

 
Image Contenu

Cet article est extrait du n° 207 de la revue DADA.

Des anges, des monstres, des petites gens et beaucoup de morale : voilà les principaux ingrédients d’un tableau de Bosch, tous réunis ici. Décryptage d’un style qui va traverser les frontières, et les époques.

Anges et démons

Dans Le Chariot de foin, ne vous y trompez pas : derrière ce titre anodin se cache un triptyque dédié à la religion, sujet de prédilection pour Bosch. On aperçoit un immense chariot de foin jaune. Tiré d’un proverbe flamand, il symbolise l’avidité : Bosch cherche à mettre en garde ses contemporains contre la tentation de vouloir accumuler trop de richesses. Il construit son triptyque comme un livre, qui se lit de gauche à droite. D’abord, le péché originel, Adam et Ève chassés du paradis, et les anges déchus qui tombent du ciel sous la forme d’insectes. Au centre, une longue procession humaine accompagne le chariot. Emmené par des figures monstrueuses, le cortège se dirige vers la droite, en enfer. Des femmes et des hommes nus sous un ciel en feu, torturés par des monstres : c’est le sort de l’humanité si elle se détourne du Christ, qui trône au-dessus de la scène principale dans son nuage doré. La morale derrière tout cela ? Les biens terrestres sont inutiles, et éloignent l’homme de la parole de Dieu. Méfiance !

Image Contenu

Jérôme Bosch, Le Chariot de foin, vers 1510-1516. Triptyque, huile sur bois, 136,1 x 195,3 cm.
Madrid, Museo del Prado. © Bosch Research and Conservation Project / Photo Rik Klein Gotink / Traitement d’images Robert G. Erdmann.

La vie moderne

Le Chariot de foin est une scène religieuse et pourtant, le panneau central est peuplé de gens ordinaires. Autour du chariot, on aperçoit des personnages qui se battent pour attraper du foin. À gauche du convoi, les grands de ce monde, comme le pape, suivent à cheval. Au premier plan, on trouve les « parasites » de la société, comme ce mendiant, coiffé d’un chapeau noir, accompagné d’un enfant. Entre misère et famine, ils sont nombreux au Moyen Âge. À côté, une diseuse de bonne aventure et plus loin, un arracheur de dents, véritable charlatan. Autre menace, les brigands. Regardez devant le chariot : une scène de meurtre et personne ne bouge. Si cette vie moderne est si fascinante, c’est parce que Bosch la représente dans les moindres détails, de façon très soignée. Il utilise des tons fins et subtils, notamment dans la perspective du ciel. Voilà une scène de genre dans une scène religieuse. Peintre moral, Bosch est aussi le portraitiste de son époque.

Dimension(s) parallèle(s)

Partout, Bosch mêle le terrestre et le céleste, le quotidien et le fantastique. Il crée un monde à part où les humains croisent le chemin de monstres effrayants, comme ceux qui emmènent les pécheurs vers l’enfer : animaux disproportionnés, grylles, êtres hybrides ou humains informes. Il les façonne grâce à de nombreuses sources d’inspiration, et à son imagination débordante. Ce monde étrange et bizarre, c’est à la fois sa marque de fabrique et la raison de son succès. Il est pourtant aidé par son atelier, au point qu’ici, difficile de savoir ce qu’il a peint exactement. Souvent copié, jamais égalé, Bosch a des imitateurs dans l’Europe entière tant sa renommée est grande. En 1570, le roi Philippe II d’Espagne lui-même achète Le Chariot de foin qui, depuis, n’a plus quitté l’Espagne. Avec son univers unique, il influencera de nombreux artistes, jusqu’aux surréalistes au début du XXe siècle...

Émilie Martin-Neute

EN PARTENARIAT AVEC REVUE DADArevue dada

Dada est la première revue pour s'initier à l'art, accessible aux jeunes mais lue aussi par les plus grands.
Prenez l'histoire des arts au sérieux... tout en vous amusant.

Publié le - Mis à jour le 02-05-2018

Recommandations