Toute la guerre en une œuvre

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Cet article est extrait du no 192 de la revue DADA.

Quel tumulte ! À première vue, pas facile de se retrouver dans cette mêlée de lances et de combattants… Mais grâce aux historiens de l’art, on sait tout ou presque de cette scène.

 

Alexandre : 1, Darius : 0

Cette œuvre représente très probablement la bataille d’Issos, qui a eu lieu en 333 avant J.-C. Elle oppose Alexandre le Grand à son plus farouche ennemi, le roi perse Darius III. Surgissant sur la gauche, un guerrier charge courageusement, et transperce un soldat de sa lance. Qui est-il ? Alexandre bien sûr ! Monté sur son fidèle cheval Bucéphale, rien ne peut l’arrêter. Il a tout du héros : les cheveux au vent, la superbe cuirasse, et surtout ce regard décidé, qui défie le roi perse. Dressé sur son char, Darius semble effrayé par la fougue de son adversaire. Il s’apprête même à prendre la fuite : regardez, son cocher fouette déjà les chevaux. C’est la débandade ! L’armée perse se disloque, les cavaliers sont pris de panique et fuient en ordre dispersé. Même leurs armes ne sont plus tenues correctement : le chaos des lances, à droite de l’image, fait penser à une partie de mikado.
 

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Mosaïque d’Alexandre, vers 100 avant J.-C., technique opus vermiculatum, 313 × 582 cm. Naples, Museo Archeologico Nazionale. © Photo : Naples, Museo Archeologico Nazionale.
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Michele Mastracchio, Reproduction de la Mosaïque d’Alexandre, vers 1830, huile sur toile, 183 × 105 cm. Naples, Museo Archeologico Nazionale. © Photo : Naples, Museo Archeologico Nazionale.
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À la conquête de l’Est

Exagérée, cette manière de présenter les faits ? Sans doute un peu. Car même si Alexandre a remporté cette bataille et mis en déroute la cavalerie perse, il apparaît ici très à son avantage, alors que Darius passe pour un lâche… De son vivant déjà, le jeune roi grec entre dans la légende. Parti de Macédoine, une région du nord de la Grèce, il parvient à s’emparer du gigantesque Empire perse et à étendre son royaume jusqu’en Inde, là où aucun Grec n’a encore jamais mis les pieds. Son destin fulgurant a fasciné les Romains, qui ont eux aussi été de grands conquérants. Environ 150 ans après la mort d’Alexandre, ils deviennent les nouveaux maîtres de la Grèce. Mais ils admiraient ses héros et sa culture. C’est ce que rappelle cette scène, réalisée pour un riche habitant de Pompéi, au sud de Rome, au IIe siècle avant J.-C.
 

Deux millions de tesselles !

Aujourd’hui conservée au musée archéologique de Naples, cette composition ornait dans l’Antiquité le sol de l’une des plus belles demeures de l’ancienne cité. Sur la gauche, certains endroits ont été très abîmés. Mais on peut avoir une vision d’ensemble de la bataille grâce à une copie, réalisée par un peintre au XIXe siècle. L’œuvre originale, elle, n’est pas un tableau, mais une immense mosaïque. Elle est composée de petits cubes de pierre, appelés tesselles. Un travail de titan, car il a fallu deux millions de tesselles pour la réaliser ! L’artiste antique a voulu montrer qu’il pouvait faire aussi bien que les peintres. Avec son équipe, il est parvenu à créer des effets très difficiles à obtenir avec des cubes de pierre : ces minuscules touches de lumière par exemple, qui éclairent le visage d’Alexandre. Mais cette œuvre n’est pas seulement une prouesse technique. Elle est aussi très dynamique. En une seule image, elle raconte toute la bataille d’Issos, de l’assaut d’Alexandre à la débâcle finale de Darius. Plus de 2 000 ans avant l’invention du cinéma, c’est déjà un vrai film d’action !

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Publié le - Mis à jour le 02-05-2018

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