Couleurs et « gouaches découpées » chez Henri Matisse

Lorsque Matisse s’attelle, en 1929, à la décoration murale du palais que vient d’ériger le collectionneur américain Albert Barnes à Philadelphie, il choisit le thème de la danse pour en faire une fresque.

Il bute sur la couleur et sur l’agencement des formes. Insatisfait, il a l’idée de prendre des papiers de couleurs découpés qu’il peut placer et déplacer à volonté sur les 52 m2 de surface que doit prendre la fresque, jusqu’à ce qu’il arrive au résultat voulu. C’est ainsi que Matisse invente la « gouache découpée ». La fresque sera terminée en 1933, cette méthode de travail deviendra une technique personnelle de peinture : « il n’y a pas de rupture entre mes anciens tableaux et mes découpages » précise-t-il.

Les Deux Danseurs, réalisés en 1937-1938 lorsqu’il travaille sur les décors du ballet de Massine Rouge et Noir, est une « gouache découpée ». Cette technique facilite le travail de Matisse, sorti physiquement affaibli d’une opération du cancer en 1941. Ses derniers chefs d’œuvre procéderont également de la « gouache découpée » : les trois compositions pour la chapelle de Vence Saint Dominique, La Vierge et l’Enfant et Le Chemin de Croix, sa série de Nus bleus et La Tristesse du roi.

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Henri Matisse. Jazz – le cheval, l'écuyère et le clown (pl. V). Planche au pochoir d'après les gouaches et sur les découpages d’Henri Matisse.
Paris, Tériade Éditeur, 1947. Musée Matisse, Nice. Don des héritiers de l'artiste, 1963.
Photo : Archives Henri Matisse. © Succession H. Matisse. cliquer pour agrandir l'image.


L’éditeur et critique d’art Tériade, ami de Matisse, le convainc de développer cette technique pour la réalisation d’un « manuscrit à peintures moderne, le plus beau livre qu'on ait jamais fait sur la couleur. » Cela donnera Jazz (1947), le livre du peintre le plus abouti : un ensemble de vingt planches de couleurs, accompagné de réflexions manuscrites et calligraphiées de Matisse. On y retrouve le motif du corps aérien en suspension (Le Clown, Planche I), les improvisations chromatiques et la vitalité des couleurs (Le Lagon, Planche XVIII).

La découpe pénètre physiquement et directement dans la masse colorée : à partir de papiers préalablement gouachés, chacun de couleur unie, Matisse dessine des formes avec une paire de ciseaux, puis les agence sur la surface de la toile. On assiste à l’art de Matisse dans sa plus simple expression, l’association de la forme et de la couleur.

Crédits du bandeau

Henri Matisse. Photo de Carl Van Vechten, 1933, source Library of Congress, USA.

Musée Matisse, Nice. Salle des papiers gouachés découpés. © Succession H. Matisse pour les œuvres de l'artiste.
Crédit photographique : Ville de Nice - Musée Matisse/N. Lavarenne.

Publié le - Mis à jour le 02-05-2018

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