Tout Marquet en une œuvre

 

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Cet article est extrait du n° 209 de la revue DADA.

De ses premières œuvres à la fin des années 1890 jusqu’à sa mort en 1947, Marquet reste fidèle à un style qu’il a mis en place très tôt. Son chef-d’œuvre ? Difficile à dire, tant ses toiles les plus réussies se ressemblent ! Focus sur l’une d’entre elles.

Au fil de l'eau

Même s’il s’essaye de temps en temps au portrait, le genre de prédilection de Marquet, c’est le paysage. Sous toute ses formes : paysages urbains, bord de mer, marines ou campagne, tout y passe. Qu’il pleuve, qu’il neige ou que le soleil brille, les pinceaux de notre artiste sont toujours prêts à saisir une vue, un instant. Mais certains sujets reviennent souvent dans son œuvre. Parmi eux, il y a les ports et les quais. De Paris à Venise en passant par Le Havre comme ici, il saisit par morceaux ces endroits où la nature et la ville se rencontrent. Dans la Vue du port du Havre, le quai occupe la moitié de la toile, sur la droite. Il est dans l’ombre des immeubles qui le bordent, tandis que le soleil frappe la surface de l’eau. Pourtant, on ne voit que lui. Avec ce cadrage resserré et plongeant, il occupe l’espace et domine visuellement la toile. Au point que c’est lui qui donne son titre à l’œuvre.

 

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Albert Marquet, Vue du port du Havre (Le Quai de Notre-Dame), vers 1911. Huile sur toile, 65 x 81 cm. Zurich, fondation collection E.G. Bührle.
© Photo : fondation collection E.G. Bührle, Zurich / ISEA. © ADAGP, Paris 2016.
 

Dans les grandes lignes

Si le quai occupe tant l’espace, c’est parce que Marquet a centré sa composition autour de cet élément finalement très banal. Il ne s’attache pas à représenter précisément les reflets colorés du soleil sur l’eau, l’architecture des immeubles, ou le profil des Havrais. De toute façon, hormis une figure indistincte au premier plan, il n’y a personne. Pas de récit, pas d’aventures ici. Chez Marquet, on va à l’essentiel, sans faire dans le détail. Il brosse rapidement la silhouette des bateaux et la physionomie du port. Les fenêtres ne sont que de simples tâches. Comme à son habitude, son tableau repose sur des grandes lignes simples : les verticales des immeubles, des mâts des bateaux. Celle qui compte surtout, c’est la diagonale du quai, marquée par un cerne noir, qui coupe la toile en deux. Avec la diagonale de l’autre quai et celle du trottoir à droite, elles filent vers l’horizon. Un peu comme si Marquet nous invitait à filer nous aussi vers l’océan, l’inconnu et le voyage.

Tout en tendresse

En général, on associe Marquet aux fauves. Pourtant, avec ses couleurs douces et ses paysages calmes, il fait plutôt figure d’agneau. Comme son grand ami Matisse, il simplifie énormément les formes, qu’il semble mettre en place rapidement sur sa toile. Derrière cette impression de spontanéité, Marquet se démarque en cherchant avant tout l’équilibre des formes comme des couleurs. Grâce aux grandes lignes, son paysage est équilibré et dynamique. Les couleurs quant à elles sont bien loin des envolées brutales qui ont fait le succès des fauves. Comme très souvent chez Marquet, on est plus proche du pastel. Le beige bleuté du quai contraste délicatement avec le vert bleuté de l’eau, qui se retrouve dans le ciel. Les nuances sont subtiles, et les couleurs réalistes s’harmonisent, au lieu de s’affronter. Voilà la recette d’un peintre tout en douceur.

Émilie Martin-Neute

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Publié le - Mis à jour le 03-05-2018

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