Les oeuvres non figuratives

Tout au long du xxe siècle, les bouleversements artistiques ont modifié les méthodes d’analyse des oeuvres d’art, au niveau formel et sémantique. Née au début du siècle dernier, l’abstraction – qui abandonne par définition la mimesis, la figure et la narration – remet en question l’approche iconographique. Toutefois, on peut appliquer à une sculpture ou à un tableau abstraits certains des procédés déjà abordés.

Il est toujours pertinent de tenir compte du format :Im Grau (“Dans le gris”) de Wassily Kandinsky (1919) est ainsi une oeuvre de grande dimension. Le spectateur peut littéralement plonger dedans et cela fait partie de l’effet escompté. De même, on peut appliquer aux compositions abstraites l’“analyse de surface”. Ici, Kandinsky joue sur le contraste entre zones denses et zones vides : les bords de la toile sont couverts d’un gris uni qui sert de repoussoir à l’oeil du spectateur ; celui-là fait une pause avant de “se jeter” dans la partie centrale de l’oeuvre, grouillante de formes, de lignes et de couleurs.

L’artiste joue sur la variété des lignes, plus ou moins épaisses, courbes, horizontales, verticales, et guide le regard, diversifiant les effets plastiques et par conséquent les sensations. La notion de coloris est également applicable aux oeuvres abstraites. Les artistes continuent d’y expérimenter – c’est même l’un de leurs buts principaux – la juxtaposition de couleurs afin de créer des harmonies nouvelles et des effets inédits.


centre pompidou / kandinsky et l'art abstraitpar centrepompidou

Au-delà de cette approche phénoménologique, qui privilégie les effets plastiques à la narration, les artistes abstraits, surtout ceux du début du xxe siècle, ne voient pas leurs oeuvres uniquement comme des déclencheurs de sensations. Wassily Kandinsky, Kazimir Malevitch ou Piet Mondrian ont aussi beaucoup écrit. Le commentaire d’oeuvre doit tenir compte de leurs théories. Celles-ci, du moins chez les artistes mentionnés ci-dessus, envisagent l’art et l’artiste comme les messagers d’un monde meilleur et d’une harmonie universelle à venir. Ainsi, en 1912, Kandinsky écrit Du Spirituel dans l’art qui, tout en exposant sa théorie de la couleur et de la forme, proclame sa foi dans l’ère spirituelle nouvelle que l’art abstrait annonce.

Enfin, comme pour leurs prédécesseurs, le style des artistes abstraits évolue. L’historien de l’art doit donc procéder ici aussi par comparaison : Im Grau diffère largement des oeuvres que Kandinsky peint en 1900 ou en 1940. De plus, les sémantiques abstraites se sont diversifiées tout au long du siècle : certains privilégient le geste et la subjectivité (Jackson Pollock), d’autres le système et l’objectivité (François Morellet) ou encore l’expérience spatiale (Robert Morris).

Publié le - Mis à jour le 01-03-2013

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