Sunnites-chiites : frères ennemis ?

Decod'actu - saison 2

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Pour comprendre ce qui oppose aujourd'hui les musulmans chiites et les musulmans sunnites, il faut faire un peu d'histoire...

Derrière un schisme religieux, certes avéré, c'est un jeux d'échec qui se joue sur la carte du Moyen-Orient et à plus large échelle : du monde. L'histoire d'abord. C'est bien connu, les questions d'héritage scindent parfois certaines familles. L'islam ne déroge pas à ce constat.

Conflit chiites-sunnites : une origine religieuse

Tout commence en 632 par une question de succession à la mort du prophète Mahomet. Les chiites considèrent que le pouvoir légitime revenait de droit au descendant direct du prophète, Ali, époux de sa fille Fatima, alors que les sunnites ont jugé préférable de suivre Abou Bakr, l'un de ses fidèles compagnons. Bien évidemment, il existe des sous-courants du chiisme et du sunnisme, mais restons large pour mieux comprendre. Autre différence notoire : les chiites disposent d'un clergé structuré construit autour des mollahs qui participent à la vie religieuse de la communauté, prêchent et collectent des impôts. Il y a aussi, des mojtahed, autorisés à prononcer une interprétation personnelle des lois de l’islam. D’un motjahed à l’autre, les avis peuvent être très différents.  Et enfin les ayatollahs, qui sont eux qualifiés pour enseigner et donner leur avis sur des questions religieuses. 

Les sunnites se contentent des imams dans les mosquées pour diriger les prières communes, et, dans certains pays de l'avis des oulémas, savants de l'Islam, pour trancher les questions religieuses. Bien sûr, les us et coutumes entre les deux courants sont bien différents, mais ils s'accordent sur deux choses : tous ne croient qu'en un Dieu unique et respectent cinq piliers communs de l'Islam.

Voilà pour les idées. Tentons maintenant de situer un peu les choses : les sunnites, qui représentent environ 85 % des musulmans, sont majoritaires en Inde, au Maghreb, en Afrique subsaharienne, en Lybie, en Egypte, en Arabie saoudite et dans les pays du Golfe. Les chiites sont majoritaires en Iran, en Irak, au Bahreïn et de manière significative au Liban, au Yémen, en Syrie, en Afghanistan ou encore au Pakistan.

Une Escalade des conflits

Même si des tensions existent depuis longtemps entre sunnites et chiites, ce n'est vraiment qu'en 1979 que le conflit prend sa forme moderne, quand la révolution iranienne renverse le shah d'Iran au profit du meneur religieux chiite, l'ayatollah Khomeiny. La crise s'exporte ensuite dans les pays à majorité chiite exacerbant les deux camps. La guerre entre l'Iran et l'Irak de 1980 à 1988, construite sur un fond de conquête religieuse par l'ayatollah Khomeiny, ne fera que cristalliser les antagonismes. En 2003, l'intervention américaine en Irak, pays à majorité chiite dirigé par le sunnite Saddam Hussein, crée une véritable guerre civile entre les 2 camps. Appuyée par le régime en place, la branche irakienne d'Al-qaïda développe une lutte armée spécifiquement anti-chiite. C'est la matrice de l'état islamique.

Quelques années plus tard, en 2011, les printemps arabes secouent les pays du Maghreb notamment et se propagent à la Syrie qui bascule dans la guerre civile. La répression du régime de Bachar El Assad, chiite alaouite, dans un pays à majorité sunnite en colère contre le pouvoir, favorise la montée en puissance des extrémismes et des antagonismes entre sunnites et chiites. Le conflit se régionalise et s’internationalise et la Syrie devient alors le théâtre d’affrontements par blocs interposés. D'un côté l’Iran, dont les forces et les milices chiites internationales combattent aux côtés de la Russie ; de l'autre, les puissances sunnites qui appuient les groupes rebelles.

Au sein de tous ces conflits se jouent des jeux d'alliances qui sous une apparente complexité, révèlent une logique de blocs mus par la défense de leurs propres intérêts géostratégiques et économiques. Un jeu dangereux qui traduit des luttes d’influence et d’hégémonie. Une logique bien connue dans laquelle la religion est instrumentalisée à des fins politiques.

Réalisateur : Maxime Chappet

Producteur : Corner Prod

Production : 2017

Publié le - Mis à jour le 29-06-2018

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