Ados et porno et si on en parlait ?

Decod'actu - Saison 3

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La pornographie n’a jamais été aussi facile d’accès, grâce à Internet et aux smartphones.

Et les mineurs y sont confrontés de plus en plus tôt. Selon un sondage de l’IFOP pour Le Figaro publié en mars 2017, la moitié des adolescents de 15 à 17 ans déclare avoir déjà surfé sur des sites pornographiques, contre 37 % en 2013. Sans compter « l'exposition accidentelle », ces fenêtres de pub qui surgissent quand on regarde des films sur des sites de streaming illégaux et qui sont à l'origine de 72% des expositions accidentelles d'enfants au porno selon l'association Ennocence. L’âge moyen du premier visionnage d’un film X, en principe interdit aux moins de 18 ans, se situe autour de 14 ans. C’est très jeune… et ce n’est pas sans conséquences.

Parce que les adolescents ont du mal à prendre de la distance avec ce qu'ils voient, les images pornographiques peuvent choquer et même créer des traumatismes durables. Pour le Docteur Laurent Karila, psychologue et spécialiste de l’addiction sexuelle : « Visionner une scène pornographique à un âge très précoce, sept-huit ans, est psychiquement similaire à un abus sexuel, à cause de la violence des images. »

La pornographie influence aussi la façon dont les adolescents vont construire leur sexualité. D’après le sondage de l’IFOP, près d’un ado sur deux a tenté de reproduire des scènes vues dans des films pornographiques. Et ça ne s’arrête pas aux pratiques. Les jeunes intériorisent des normes et des stéréotypes dégradants : « Le porno est désormais plus transgressif, plus violent. Les femmes y sont souvent présentées comme des objets qui disent non alors qu’elles pensent oui. C’est une non-éducation au consentement », selon le gynécologue obstétricien Israël Nisand. Bref, une sexualité déconnectée de la réalité.

Face à ces problématiques, le président de la République a réagi le 25 novembre 2017 : « La pornographie a franchi la porte des établissements scolaires. Nous ne pouvons ignorer ce genre qui fait de la femme un objet d’humiliation ». Il a donc promis pour 2018, d’étendre à internet notamment, les pouvoirs de régulation du Conseil supérieur de l’audiovisuel, l’autorité française de régulation de l’audiovisuel. L’objectif ? Que le CSA exerce ce « contrôle indispensable sur tous les contenus qui peuvent conduire à la violence contre les femmes ».

Au delà des violences faites aux femmes, les films X présentent aussi d’autres risques pour des adolescents en construction. Dans les cas les plus graves, des traumatismes psychologiques ainsi que le développement d'une véritable addiction aux films pornos. Et pour beaucoup, des complexes, que ce soit par rapport à la taille de leur sexe ou de leur poitrine par exemple.

Reste qu’il apparaît difficile pour l’instant de vraiment interdire l’accès aux films X pour les plus jeunes, puisque ceux-ci peuvent être visionnés gratuitement, sur n’importe quel téléphone connecté à Internet. 

Le combat à mener semble donc se jouer surtout du côté de l’éducation et de la prévention. Les parents doivent pouvoir dialoguer avec leurs enfants en leur expliquant notamment qu’un film est une représentation faussée des rapports hommes-femmes et de la sexualité. Mais aussi en les incitant à utiliser des plateformes légales de streaming pour éviter les expositions accidentelles. 

 Et il ne faut pas oublier le rôle de l’école. Depuis 2001, une loi préconise trois heures par an d’information à la vie affective et sexuelle. Et pourtant, au moins 25 % des écoles ne feraient rien en matière d'éducation à la sexualité. Il y a donc encore beaucoup à faire pour protéger les plus jeunes.

Réalisateur : Maxime Chappet

Producteur : France Télévisions

Auteur : Arnaud Aubry

Production : 2018

Publié le - Mis à jour le 04-01-2019

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