Amnesty International dénonce le sort réservé aux travailleurs étrangers au Qatar

Les travaux pour la Coupe du monde de football de 2022, qui aura lieu au Qatar, ont déjà commencé. De très nombreux travailleurs étrangers sont embauchés pour l’occasion. Mais leurs droits sont loin d’être respectés, comme le révèle un rapport d’Amnesty International, publié dimanche 17 novembre 2013.

 

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Des syndicalistes français et internationaux en visite sur un chantier de construction à Doha (Qatar), le 9 octobre 2013. (KARIM JAAFAR / AL-WATAN DOHA)

Ils viennent principalement de l’Inde, du Bengladesh, du Népal et des Philippines. Avec la prochaine Coupe du monde de football de 2022, ce n’est pas moins de vingt-deux travailleurs étrangers qui sont recrutés chaque heure par les entreprises du Qatar, afin de construire les futurs édifices sportifs. Les Qatariens étant peu nombreux, la main d’œuvre étrangère est essentielle au développement du pays. Ainsi, les migrants représentent aujourd’hui 94 % des travailleurs. Mais, un tout récent rapport d’Amnesty International montre que le secteur du bâtiment ne respecte pas les droits de ces ouvriers.

Conditions de vie inadmissibles

L’organisation a rencontré pendant un an des centaines de travailleurs migrants, visité des entreprises du bâtiment, dialogué avec des personnes chargées des projets de constructions au Qatar… « Il s’avère que les conditions de vie des salariés étrangers sont parfois inadmissibles, explique Jean-François Dubost, responsable des questions concernant les réfugiés et les migrants à Amnesty International. Certains sont privés d’eau alors qu’il fait très chaud, dorment à même le sol, manquent de nourriture ou vivent au milieu des ordures ». À cela s’ajoute une pratique qui engendre des abus. « Il est impossible de rentrer au Qatar sans le soutien d’un employeur, et il faut également son autorisation pour pouvoir sortir du pays. De plus, l’étranger doit lui remettre son passeport, qui n’est pas toujours rendu. Le migrant se retrouve ainsi en situation irrégulière et sujet à une forte amende, parfois à une peine de prison. Avec tout cela, le travailleur étranger est piégé… » Jean-François Dubost rappelle que le Qatar a pourtant un Code du travail qui protège le travailleur, mais est difficilement appliqué car long et coûteux.

Des règles mondiales

Dans le monde, les ouvriers sont protégés par plusieurs règles négociées dans le cadre de l’Organisation internationale du travail (OIT). Fondée en 1919, cette structure des Nations unies rassemble 183 États (dont le Qatar), liés par huit textes qui répondent aux besoins des travailleurs. Ces documents interdisent, par exemple, le travail forcé, le travail des enfants, les discriminations, les humiliations… Les États doivent faire un rapport régulier à l'OIT sur l’application des règles énoncées dans les textes qu’ils ont signés (ou non). Amnesty International se réjouit du fait que gouvernement qatarien a créé, en 2002, un comité d’experts pour examiner ce dossier. Mais à ce jour, ce dernier n’a pris aucune décision pour améliorer le sort de ses milliers de travailleurs étrangers.

 

Myriam Rembaut

 

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Publié le - Mis à jour le 15-05-2018

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