Les "heures rompues" de Louis XIV

Publié le - Mis à jour le 28-08-2017

Louis XIV a vécu toute sa vie en public, respectant la tradition de la monarchie française qui voulait que son souverain fût accessible. Dans cet emploi du temps très chargé, où le prince vit pour et à travers son public, le monarque dispose cependant de quelques heures de libres qui rompent cet agenda exigeant. Elles prennent pour cela naturellement le nom d’« heures rompues » dans le vocabulaire du temps. Ces quelques moments de libres permettent à Louis XIV de vivre un peu plus simplement dans ses intérieurs et de s’adonner à plus de liberté. Il consacre généralement ces instants à ses maîtresses – du temps où il en a –, à ses « bâtards » ou encore à ses valets.

Le temps des maîtresses

Après son dîner (notre déjeuner), Louis XIV dispose généralement d’une heure avant de se rendre à la chasse où à la promenade. Il peut consacrer ce temps à ses maîtresses. 
En acceptant d’épouser l’infante Marie-Thérèse d’Autriche (sa cousine doublement germaine), mettant ainsi fin à la longue guerre opposant la France à l’Espagne, Louis XIV a dû mettre de côté ses goûts personnels au profit de la raison d’État. Ainsi les sujets acceptent, et l’Église (plus difficilement), de fermer les yeux sur les aventures extraconjugales de leur monarque, vision dans laquelle la maîtresse est vue comme une compensation.

 

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Françoise-Athénaïs de Rochechouart, marquise de Montespan, Louis Elle le Jeune

La liste des favorites déclarées de Louis XIV est assez longue : après les nièces du cardinal Mazarin, les sœurs Mancini, qui ont précédé son mariage, on peut aussi mentionner, parmi les principales favorites, Henriette d’Angleterre, duchesse d’Orléans et belle-sœur du roi dont la liaison n’est pas totalement avérée, la duchesse de La Vallière, la marquise de Montespan, la princesse de Soubise, Mme de Ludres, la duchesse de Fontanges ou encore la marquise de Maintenon avant qu’elle ne devienne sa deuxième épouse, auxquelles il convient d’ajouter plusieurs « mouches » comme les surnomme la marquise de Sévigné. S’il peut les voir la nuit après son coucher, des « heures rompues » par excellence, le roi termine toujours sa nuit chez la reine où vient le chercher le matin son premier valet de chambre pour le ramener dans la chambre officielle pour le lever public, Louis XIV aime aussi beaucoup à se rendre en début d’après-midi chez ses maîtresses.

Ces rencontres sont parfois publiques et officielles : Louis XIV entend marquer clairement les faveurs qu’il donne à ses favorites ou ex-favorites. Ainsi, même après sa disgrâce, le souverain continue d’aller voir Mme de Montespan dans son appartement et à l’entretenir galamment. 

Le temps des « bâtards »

Louis XIV, outre sa descendance légitime avec la reine Marie-Thérèse, a eu de nombreux enfants avec ses maîtresses officielles ou non. Pour les plus chanceux, ceux-ci ont été légitimés. Il en est ainsi de deux des quatre enfants de Mlle de La Vallière (les deux autres étant morts trop jeunes) avec Marie-Anne de Bourbon (1666-1739), titrée demoiselle de Blois et future princesse de Conti, et de Louis de Bourbon (1667-1683), titré comte de Vermandois.

 

 

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La Famille de Louis XIV, Jean Nocret

Quant aux enfants de la marquise de Montespan, six d’entre eux ont aussi bénéficié de cette largesse, les deux autres étant morts bien trop jeunes : Louis-Auguste de Bourbon (1670-1736), titré duc du Maine, Louis-César de Bourbon (1672-1683), titré comte de Vexin, Louise-Françoise de Bourbon (1673-1743), titrée demoiselle de Nantes et future princesse de Condé, Louise-Marie-Anne de Bourbon (1674-1681), titrée demoiselle de Tours, Françoise-Marie de Bourbon (1677-1749), titrée seconde demoiselle de Blois et future duchesse d’Orléans, et Louis-Alexandre de Bourbon (1678-1737), titré comte de Toulouse.

Avec sa famille légitime qu’il aime sans doute, Louis XIV reste le roi, le maître du pouvoir et se méfie de leur aspiration et de leurs éventuelles conspirations pour obtenir un supplément de pouvoir. Avec sa seconde famille, il se comporte en revanche tout autrement, possédant entre ses mains l’avenir de ses enfants naturels. Leur bâtardise, tant qu’ils ne sont pas légitimés, ne leur permet pas d’exister comme de grands puissants. Seule la volonté royale commande cependant leur légitimation. 

C’est donc une seconde famille que se constitue Louis XIV et qu’il reçoit dans ses petits cabinets de Versailles, lors de ses temps libres, bien plus souvent que sa propre famille d’ailleurs. Il se plaît à leur contact, est bien plus détendu qu’en compagnie de sa famille légitime et n’hésite pas à transgresser les règles de l’étiquette la plus élémentaire pour les convier à des temps de cour bien plus officiels, comme celui des repas où il a peur de s’ennuyer dès lors que son frère, Monsieur, ou sa belle-sœur, sont à Paris ou à Saint-Cloud.

Le temps des valets

Ces hommes discrets hantaient les cabinets intérieurs du souverain et participaient à toutes les « heures rompues » dans la mesure où leur rôle consistait principalement à être en permanence avec le roi. Ils appartiennent aux fameux détenteurs du droit d’entrées « par les derrières », c’est-à-dire le dauphin, les fils et petit-fils de France, les légitimés, les premiers valets de chambre et leurs subordonnés que l’on peut appeler de façon générique les garçons bleus et quelques rares intimes du roi. C’est ce qu’on appelle la « privance » du roi, ce pouvoir d’entrer à tout moment, sans avoir à le demander, dans les cabinets les plus privés du monarque.

Personnages discrets et hommes de confiance, les valets de chambre étaient comme des secrétaires particuliers du souverain, le préfix « secret » reprenant ici tout son sens, faisant écran entre le prince et le reste de ses sujets. Leurs fonctions officieuses ont fait de ces hommes des personnages incontournables de la cour que l’on craint et que l’on respecte. En effet, ce sont eux notamment qui conduisent le roi à ses maîtresses, eux qui interceptent parfois les placets que l’on adresse au souverain ou encore eux qui, par une parole, peuvent faire pencher une décision du roi dans un sens ou dans l’autre en appuyant une requête. 

 

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