Les observations astronomiques dans les résidences royales de Versailles

Publié le - Mis à jour le 03-03-2016

L’engouement de la Cour pour l’observation desphénomènes célestes ne faiblit pas d’un règne à l’autre, du XVIIe au XVIIIe siècle. Ces observations s’inscrivent dans le perfectionnement des techniques et de l’instrumentation sous l’impulsion des membres de l’Académie, au sein même de la résidence royale perçue comme un lieu d’expérimentation et de démonstration.

telescope

Télescope de type grégorien de Madame Sophie de France
Inscription et armoiries sur le gainage : « Fait par Mme Sophie de France »
2e moitié du XVIIIe siècle. Doré par Boismare
Télescope : laiton, cuir et verre ; trépied : bois et laiton
H. totale : 163 cm. Lunette : L. 110 cm ; Ø 15 cm / Trépied : H. 120 cm ; L. base 88 cm
Paris, musée national de la Marine, © musée national de la Marine / S. Dondain

Aux académiciens, le pouvoir royal confère une protection et s’approprie, en retour, le prestige symbolique des découvertes. Les représentations de la terre et du ciel ne sont pas seulement des cartes de repérages, hautement stratégiques, elles déclinent également les figurations d’un espace stylisé et symbolique, lieu d’affirmation du pouvoir. Au-delà du contexte institutionnel, militaire ou politique, les rois de France s’intéressent aux observations astronomiques.

Louis XIV a assisté à l’éclipse partielle de soleil du 23 septembre 1699 alors que la Cour est à Fontainebleau. Après avoir examiné le phénomène derrière un verre fumé, il a demandé à Jean-Dominique Cassini (1625-1712) de lui exposer un plan de la trajectoire de l’éclipse dans le monde.

Louis XV naît le 15 février 1710. Orphelin à l’âge de 2 ans, il succède à son arrière-grand-père à cinq ans, année où se produit l’éclipse partielle du 3 mai 1715. Cette éclipse de grandeur 0,94 à Paris, est totale à Londres où elle est prédite avec une précision remarquable et observée par Edmund Halley.

 

La grandeur d’une éclipse (fraction du soleil cachée par la lune) est notée en « doigts » divisés en soixante minutes. Douze doigts correspondent à un soleil complètement éclipsé. L’observation se fait par projection sur un dessin gradué (papier millimétré) à l’aide d’une lunette astronomique. La précaution à noter la grandeur, qui paraît aujourd’hui désuète, est à replacer dans le contexte stratégique des XVIIe et XVIIIe siècles pour la mesure des longitudes.

Le temps vrai des « doigts éclipsés » est ainsi soigneusement noté par les Académiciens : « Pour avoir la différence de deux Méridiens, il faut dans le Ciel un spectacle commun à deux Observateurs placés sous les deux Méridiens, pour que de la différence des heures où ils auront vu ce phénomène, ils puissent conclure la distance des lieux ou Méridiens sous lesquels ils sont. » Le 24 octobre 1723, âgé de 13 ans, le jeune roi est conduit par Giacomo Maraldi (1665-1729), dans les jardins, afin d’observer la nuit tombée, après le crépuscule du soir, la comète de 1723. Maraldi en suit les déplacements et variations d’éclat depuis le 18 octobre. Dans les Mémoires de l’Académie royale des Sciences de 1724, on trouve un rapport circonstancié par Jacques Cassini de l’observation de l’éclipse totale du 22 mai 1724 à Trianon en présence du jeune roi, alors âgé de 14 ans

 

Le 10 juin 1761, le premier passage de Vénus devant le soleil du XVIIIe siècle est observé au château de Saint-Hubert par l’académicien Pierre-Charles Lemonnier (1715-1799), en présence du roi âgé alors de cinquante-et-un ans. Ces passages très rares (en moyenne deux par siècle) permettent alors, selon une méthode suggérée par Halley à la Royal Society, de mesurer la distance de la terre au soleil et suscitent nombre d’expéditions scientifiques.

Cet engouement royal se poursuit à titre plus personnel et continu avec Louis XVI.

Thomas Widemann

En partenariat avec Château de Versailleschâteau de versailles

résidence officielle des rois de france, le château de versailles et ses jardins comptent parmi les plus illustres monuments du patrimoine mondial et constituent la plus complète réalisation de l'art français du XVIIe siècle.

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