Pythéas, le premier explorateur polaire

Publié le - Mis à jour le 03-03-2016

Pythéas, astronome, physicien, géographe et hardi navigateur, entreprit, au IVe siècle avant JC, une expédition dans le nord de l'Europe alliant intérêt scientifique et mission commerciale, exploit sans précédent pour l'époque.

"C'est le pire des menteurs !" écrit Strabon, historien grec, trois siècles après le périple de Pythéas. Est-ce parce qu'il est marseillais qu'il subit cette réputation d'affabulateur ? Pythéas, comme ses contemporains, pense que la terre est sphérique et que la Méditerranée est le centre du monde. Sur son pourtour, les terres sont plus ou moins explorées, mais au-delà commence l'Océan inconnu et redoutable.

monde-pythéas

la représentation du monde à l'époque de Pythéas,
IVe siècle avant JC
Framset

Astronome à l'observatoire de Marseille, il utilise un gnomon, obélisque de 10 mètres de haut, pour mesurer les ombres du soleil, donner l'heure à ses concitoyens et repérer les changements de saison. Il a une obsession : mesurer la courbure de la Terre, évaluer sa circonférence et vérifier qu'au Nord, comme il le pressent, le soleil ne se couche plus. Et c'est là que germe son idée : partir au Nord ! Organiser une expédition quand on est pauvre ? Difficile ! Cependant, ses compétences scientifiques et sa connaissance des langues convainquent les autorités de la ville de débloquer le budget nécessaire. Le but officiel sera de trouver de l'étain et de l'ambre.

Pythéas lève l'ancre de Marseille vers l'an 330. Sachant que son voyage va durer plusieurs mois, il a préparé avec soin son navire mixte, à voile et à rames, d'environ 20 mètres de long. A son bord, une vingtaine de personnes se répartissent les tâches. Les marins, assis sur des "bancs de nage", glissent leurs rames par des orifices qui seront fermés en cas de tempête. Pythéas emporte de quoi nourrir l'équipage mais aussi tout ce qui pourra servir de monnaie d'échange avec les "barbares" : du vin dans des amphores, des vases, des cruches en bronze, des pièces en argent et en or, ainsi que du corail et des grenats. Ils franchissent les "Colonnes d'Hercule" (détroit de Gibraltar) et remontent vers le Nord, naviguant jour et nuit en se repérant aux astres que Pythéas connaît parfaitement. Il est fasciné par les fortes marées de cinq à six mètres d'amplitude, inconnues des méditerranéens. Il sera le premier à observer que leurs mouvements sont en phase avec la lune et à effectuer des mesures de latitude aussi loin dans le Nord avec son gnomon portatif. En observant le soleil de minuit, Pythéas est confronté à un problème temporel. A l'époque, le jour et la nuit sont chacun divisés en douze unités de temps, variables selon les saisons. Mais, depuis qu'il monte vers le Nord, il remarque que les douze unités de la nuit deviennent de plus en plus courtes jusqu'à disparaître ! Il n'y a plus de nuit ! Ce n'est pas possible ! Il en conclut qu'il faudrait des unités de temps fixes, introduisant ainsi le concept "d'heure" dans le système temporel de l'époque.

bateau-pytheas

Représentation artistique du bateau
de Pythéas dans les glaces

Au cours de l'expédition, soudain, angoisse : "La mer devient solide, le bateau n'avance plus !". Les marins sont stupéfaits. Leurs rames se heurtent à des blocs de glace, partout des zigzags noirs laissent apercevoir l'eau sombre... En scientifique, Pythéas est très intrigué, il veut poursuivre ses observations et observer cet état bizarre de la mer entre liquide et solide. Mais les glaces deviennent de plus en plus serrées, on ne peut ni naviguer, ni marcher sur ce support mouvant. La banquise forme une barrière infranchissable. L'équipage, effrayé, veut quitter ces lieux angoissants au plus vite, d'autant plus que les brouillards montent. Pythéas rebrousse chemin, ne réalisant pas qu'il est le premier méditerranéen à avoir découvert la banquise.

Il notera toutes ses observations dans ses ouvrages "De l'Océan" et "Périple autour de la Terre" qui disparaîtront malheureusement, empêchant de vérifier s'il a réellement "eu l'audace de falsifier son récit" comme l'accuse le sceptique Strabon, ou bien, si, comme Erastosthène l'affirme un siècle plus tard, on peut accorder crédit à ce voyage. Mais inventé ou effectivement réalisé, cet exploit étonne par la vision scientifique extraordinaire de Pythéas.

 

 

 

Tout est couleur de pluie tout est couleur d'hiver
Je suis ce fier bateau qu'on vit un jour partir
Et qui n'en finit plus de ne plus revenir
A regarder la mer, Alain Barrière

Recommandations