Les hydroglisseurs

Publié le - Mis à jour le 03-03-2016

Les hydroglisseurs ou quand les pionniers de l'aviation se lançaient à l'eau. Dans la première moitié du vingtième siècle, quelques pionniers de l'aviation, inventifs et obstinés, ont construit des bateaux à fond plat propulsés par des moteurs d'avion. Une belle aventure... de courte durée.

Pour qu'un bateau navigue, il faut bien sûr que la profondeur de l'eau soit supérieure à son tirant d'eau - la hauteur de coque immergée. Près du littoral, dans les détroits, les deltas ou sur les fleuves, les bateaux à faible tirant d'eau sont donc utiles, parfois indispensables. Au début du XXe siècle, l'intérêt pour ce type de bateau, parfois appelés "glisseurs", et l'inventivité des ingénieurs et des pionniers de l'aviation se sont conjugués pour donner naissance aux hydroglisseurs. Ces embarcations étaient constituées d'une coque à fond plat au-dessus de laquelle était solidement arrimé un moteur d'avion et son hélice. Cette propulsion aérienne était séduisante car l'hélice "marine" classique risque toujours de s'enliser ou de se briser sur des rochers. Par contre, la manœuvre était délicate en raison du fond plat et du gouvernail très court. Le moteur très puissant devait donc être contrôlé avec doigté...

Le développement des prototypes de bateaux à propulsion aérienne a été couplé à l'essor de l'aviation. Le brésilien Alberto Santos Dumont, le premier à avoir quitté le sol à bord d'un aéronef plus lourd que l'air, en 1906, testait ses moteurs d'avion en les installant sur des barques navigant sur la Seine. Un autre "fou volant" le Comte Charles Alexandre de Lambert, concurrent malheureux de Blériot pour la traversée de la Manche, mais le premier à survoler Paris en avion, voulait faire planer une coque sur l'eau depuis 1891. Dès 1907, il participe à une compétition motonautique à Monaco aux commandes d'un "hydroplane" à hélice aérienne de sa construction. Plusieurs prototypes voient le jour, avec des coques en bois, légères et rigides, munies de "patins prismatiques" qui réduisent les frottements.

hydroglisseur

Hydroglisseur de Charles de Lambert, en Afrique, dans les années 1920

Les conditions économiques du développement des hydroglisseurs ont été réunies après la Première Guerre mondiale. Celle-ci a fait progresser les moteurs, devenus plus puissants et plus légers. En outre, des débouchés sont offerts avec l'exploitation coloniale, réactivée, de l'Indochine et de l'Afrique. Les hydroglisseurs permettent en effet d'acheminer des marchandises ou des équipements vers des régions peu accessibles, à des fins commerciales ou militaires (par exemple dans le détroit du Mékong, en Indochine, ou en remontant des fleuves africains tels que le Congo ou le Niger). À partir de 1920, la "Société Anonyme des Hydroglisseurs de Lambert", installée à Nanterre, construit d'imposants hydroglisseurs et les propose aux pouvoirs publics et aux armées. Certains sont équipés de cabines qui auraient été confortables sans le bruit assourdissant d'un moteur de 200 chevaux !

hydrofoil

Exemple de navire hydrofoil
le Jetfoil construit par Boeing

La prospérité relative de cette aventure industrielle originale est cependant peu durable. Son déclin sera lié à celui de l'empire colonial. Après la seconde guerre mondiale, un autre aventurier de l'aviation, l'ingénieur René Couzinet construisit et tenta de lancer de nouveaux modèles d'hydroglisseurs. Malheureusement, le coût élevé de construction et de maintenance de ces embarcations conduisit l'entreprise à l'échec.

Sous d'autres formes, le rêve du Comte de Lambert - faire planer une coque sur l'eau - s'est concrétisé dans les dernières décennies avec différents types de navires assurant le transport rapide de passagers sur de courts trajets. Exemples : les aéroglisseurs portés par un coussin d'air, les hydrofoils munis de sortes d'ailes immergées et toutes sortes de combinaisons hybrides. Le mode de propulsion est varié lui aussi : hydrojets, turbines, hélices aériennes...

Pour en savoir plus : "Sur la mer comme au ciel" de Gérard Guétat issu de l'ouvrage "Mémoires de la Mer", Editions L'Iconoclaste, Paris 2005.

Oh mon bateau
Te es le plus beau des bateaux
Et tu me guides sur les flots
Vers ce qu'il y a de plus beau
Tu es le plus beau des bateaux
Oh mon bateau, Eric Morena

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