Le bac en chansons

Publié le - Mis à jour le 15-02-2016

Directeur du hall de la chanson¹, Serge Hureau a participé au choix des sept titres retenus² pour le baccalauréat. Il en explique la logique et donne des conseils pour préparer l'examen.

Quelle ligne directrice a prévalu au choix des sept titres étudiés cette année ?

Avec l'inspecteur général Vincent Maestracci et les gens qui ont travaillé avec nous, nous avons souhaité arracher la chanson au phénomène du vedettariat, qui dresse parfois un écran entre le public et les œuvres. Nous avons malgré tout reconnu une grande personnalité, Léo Ferré. Mais si nous en proposons un titre très connu, « Avec le temps », il a fait l'objet de nombreuses versions différentes qui permettent une approche historique de la chanson. De la même façon, le deuxième de ses trois morceaux, « Green » est un poème de Verlaine, qui avait déjà été mis en musique par Fauré ou Debussy. Ces études comparées permettent de s'interroger sur la spécificité d'une chanson, sur ce qu'elle peut avoir de différent. La chanson constitue un pont extraordinaire entre ce qui est actuel et le passé, un merveilleux objet de sensibilisation à la musique et au texte.

Les autres œuvres retenues illustrent aussi cette volonté de relier histoire, langue et musique...

Exactement. Deux chansons ont été choisies pour évoquer le thème du timbre, de l'air de la chanson . Pendant des siècles, les chansons ont été écrites de cette façon, « sur l'air de... », par des auteurs qui ne maîtrisaient pas la musique et collaient des paroles sur des thèmes existant déjà. Le troisième sujet, le bourdon, est très technique. Le bourdon est une note tenue, sur laquelle presque toutes les chansons traditionnelles ont été écrites. Mais nous avons également sélectionné une œuvre récente, de la chanteuse Camille dont le disque « Le fil » est parcouru du début à la fin par une seule note.

En quoi cet aspect technique vous importait-il ?

Il fallait en effet, à nos yeux, que les chansons retenues pour le baccalauréat tournent autour de questions techniques, sans pour autant en arriver à dire que tel genre de chansons vaut mieux que tel autre. Nous nous intéressons au rock autant qu'au rap, à la romance ou aux complaintes du Moyen-Âge. Mais nous voulons apprendre des choses aux élèves, ce qui est quand même la fonction essentielle du lycée ! Parallèlement, nous souhaitons détruire un présupposé de légèreté sur la chanson, et sa présence au programme du baccalauréat a un côté légitimant.

Quel conseil donneriez-vous aux candidats qui préparent l'épreuve ?

De se fabriquer leur propre enseignement en allant puiser dans les documents et les nombreux outils que nous avons mis à leur disposition. Il y a un site de téléchargement légal des titres étudiés. Nous proposons également un site d'accompagnement, réalisé avec le CNDP, avec des entretiens vidéo, des ateliers, des leçons de musique... Nous avons également collaboré à la publication de l'ouvrage « Sept chansons / Baccalauréat musique », où des spécialistes traitent, de façon très fouillée et parfois plus intellectuelle, les différents thèmes retenus. Enfin, nous avons conçu et produit un spectacle, « le Vaudeville du bac », qui se produit dans certaines académies et explore les chansons au programme de l'examen à travers le regard de deux lycéens qui le préparent.

Il faut donc se laisser guider par la curiosité...

Non, en tout cas pas seulement. Il ne suffit pas d'être curieux. Que vous vous intéressiez à ces sujets ou pas, puisqu'ils sont au programme, allez fouiller dans les ressources qui vous sont offertes. La chanson véhicule toujours les mêmes clichés : laissez parler votre désir, votre curiosité... Oui, c'est sûr... Un des grands avantages de la chanson est d'éveiller le désir des gens. Mais le plaisir n'est pas suffisant. Allons dans le désir d'apprendre et creusons !

La musique au bac

Les élèves de terminale L peuvent choisir la musique comme enseignement de spécialité. Ils travaillent alors sur quatre thématiques. Pour toutes les séries, la musique peut également constituer une option facultative. Outre les 7 chansons, les élèves étudient cette année la symphonie n°41 de Mozart et « Fanfare for the common man » d'Aaron Copland.

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¹ Voir à ce sujet le site du Hall de la chanson
² Les sept titres sont : Léo Ferré, « Avec le temps », « Green » (Paul Verlaine) et « Requiem » - Une technique entre tradition et modernité : le bourdon : « La pluie tombe sur nous », chanson traditionnelle française dans l'interprétation d'Évelyne Girardon et « Quand je marche », Camille - Un procédé au service de la transmission orale : le timbre : « La liberté des Nègres » du citoyen Piis, sur le timbre de « Dans cette maison à quinze ans », dans l'interprétation de Marc Ogeret et « Les cinq étages » de Pierre-Jean de Béranger, sur le timbre de « Dans cette maison à quinze ans », dans l'interprétation de Germaine Montéro